BDS / Boycott
Une fiche de lecture pour identifier le mécanisme, vérifier sa frontière et répondre sans automatisme.
Définition
Appeler au boycott d’Israël, c’est demander à des individus, des institutions, des entreprises ou des États de suspendre des achats, des investissements, des partenariats ou des relations afin d’obtenir un changement politique. Cette tactique peut être juste ou injuste, cohérente ou contradictoire, efficace ou vaine. Son nom ne décide pas de son contenu.
Le mouvement BDS se réfère à un appel lancé en 2005 par des organisations palestiniennes. Celui-ci formule trois revendications : la fin de l’occupation et de la colonisation des territoires arabes et le démantèlement du mur ; l’égalité des citoyens palestino-arabes d’Israël ; le respect des droits des réfugiés palestiniens, notamment au retour. Il ne choisit pas explicitement entre un ou deux États. PACBI organise le versant académique et culturel ; le Palestinian BDS National Committee, ou BNC, publie des orientations centrales ; BDS France se présente comme une campagne ou coalition française constituée autour de cet appel. Ces entités coopèrent. Elles ne sont pas un seul locuteur.
Un texte signé par le BNC établit une position du BNC, pas celle de chaque membre, partenaire ou militant. Une déclaration de PACBI ne remonte pas automatiquement au BNC. L’entretien d’une personne reste son propos, même si une fonction est établie. Un document hébergé sur un site ne devient pas une doctrine par voisinage de serveur.
La catégorie BDS / Boycott décrit donc la présence du boycott dans une occurrence. Elle ne constitue jamais, seule, un verdict d’antisémitisme. Mais cette règle ne procure aucune immunité. Un appel au boycott peut aussi contenir une analogie nazie, une responsabilité collective, une conspiration, une négation de toute vie politique juive, un éloge de la violence ou une causalité délirante. Ces propositions doivent être prouvées séparément.
La frontière
Les textes réels permettent de voir où passe cette ligne.
| Proposition documentée | Qualification et limite |
|---|---|
| L’appel de 2005 demande boycott, désinvestissement et sanctions autour de trois revendications politiques. | Le boycott est établi. Aucun autre concept ne se déduit de ces seules revendications. |
| Les directives PACBI définissent un boycott institutionnel et refusent de viser une personne pour sa seule identité, son opinion ou son affiliation. | C’est un vrai contre-exemple à l’idée que toute application de BDS serait un boycott individuel des Israéliens ou des Juifs. Une conduite personnelle distincte peut néanmoins être examinée. |
| Le 7 octobre 2023, le BNC décrit l’attaque comme une « powerful armed reaction », affirme que la violence commence avec l’oppression et ne nomme ni les meurtres de civils ni les enlèvements. | Le passage exige une revue propre de la valorisation de la violence et de la culpabilité exclusive. Le mot boycott ne l’aggrave ni ne l’absout. |
| En 2025, PACBI affirme un quasi-consensus de soutien au génocide parmi les Israéliens juifs à partir d’un sondage demandant si l’armée employait trop, assez ou trop peu de puissance de feu. | Le sondage ne mesure pas l’adhésion à une intention génocidaire. Le glissement vers une disposition collective doit être documenté comme tel et testé séparément au titre de la responsabilité collective. |
| En 2026, une analyse du BNC affirme qu’Israël aurait agi directement ou par des groupes de lobbying et des relais au moyen de coercition, d’extorsion et de corruption. Elle cite séparément Jeffrey Sachs sur la domination de la politique américaine par le lobby israélien, attribue plusieurs guerres à un agenda « Israel First », puis précise qu’Israël ne serait pas le seul facteur. | La rhétorique de domination et d’extorsion est explicite, mais ses sujets ne doivent pas être fusionnés. Les cibles nommées sont Israël, des services, des groupes et des personnes, pas les Juifs comme totalité : influence, conspiration et culpabilité exclusive doivent être instruites proposition par proposition. |
| En 2017, le BNC rejette explicitement l’antisémitisme et les autres racismes ; en 2023, il recommande d’éviter les généralisations qui évoquent des tropes antisémites. | Ces textes sont nécessaires à un portrait loyal. Ils n’annulent ni les passages antérieurs, ni les passages ultérieurs. Une profession de foi n’est pas un sauf-conduit. |
Les deux premiers cas protègent une tactique politique légitime. On peut refuser d’acheter, demander un désinvestissement ou défendre des sanctions sans nourrir aucune haine des Juifs. Le boycott a été un outil de luttes syndicales, anticoloniales et antiracistes ; le soustraire par principe au débat politique reviendrait à interdire un moyen d’action plutôt qu’à examiner son usage.
Les trois cas suivants empêchent l’erreur inverse. Un mouvement peut se dire non violent et décrire une attaque armée comme une réaction puissante, ce qui oblige à instruire sa valorisation. Il peut se dire antiraciste et transformer les réponses à une question militaire en disposition génocidaire d’un groupe national juif. Il peut produire une enquête pleine de noms et de liens, puis laisser la chaîne associative se changer en machine qui explique la politique américaine sur ce dossier. La contradiction n’est pas un verdict sur chaque militant.
Le dernier cas donne la règle de probité. Les textes antiracistes comptent comme preuves de la ligne revendiquée ; les textes qui la contredisent comptent comme preuves de ses ruptures. Garder les deux n’est pas renvoyer tout le monde dos à dos.
Dans notre corpus
Corpus en consolidation
Notre corpus sépare huit niveaux d’attribution : BNC, PACBI, campagne BDS, BDS France, partenaire, signataire, personne et simple utilisateur du label. Cette granularité évite deux trucages symétriques. Le premier consiste à charger toute la campagne avec la phrase d’un individu. Le second consiste à présenter chaque texte institutionnel gênant comme l’écart solitaire de quelqu’un d’extérieur.
Pour savoir ce que cette prudence couvre réellement, nous avons figé les 4 926 pages du sitemap officiel, recherché les 4 923 pages qui portent un texte éditorial, puis suivi 1 236 documents liés. Le résultat n’est pas une prétention à l’omniscience : 609 objets restent sans contenu exploitable, principalement des sources tierces mortes, des pages vides et des liens cassés. Les anciens documents identifiés comme productions propres de PACBI, du BNC ou de BDS ont en revanche été retrouvés ou recherchés, y compris par archives et reconnaissance optique. Nous pouvons donc documenter une chronologie institutionnelle ; nous ne pouvons pas transformer un silence technique en preuve d’absence.
Cette chronologie corrige un raccourci important. La première qualification propre de génocide retrouvée n’apparaît pas après 2023 : dans une lettre ouverte à l’UNESCO du 18 février 2008, PACBI parle d’un « slow genocide », un génocide lent, à Gaza. L’attribution reste bornée à PACBI. Deux occurrences antérieures repérées sur le même site étaient une citation d’Étienne Balibar sur le génocide des Juifs d’Europe et des textes signés par une association universitaire de Gaza. Les compter comme paroles propres aurait artificiellement vieilli la doctrine. Les ignorer aurait artificiellement rajeuni son vocabulaire. L’archive oblige à tenir les deux bouts.
L’archive institutionnelle fournit déjà plusieurs familles de cas. Le document préparé pour Durban en 2008 présente l’antisémitisme comme historiquement étranger au monde arabe. Cette généralisation doit être confrontée à l’histoire de l’antisémitisme dans des sociétés arabes, plutôt que retenue ou rejetée par convenance. Le même texte critique des usages précis de l’accusation d’antisémitisme et rejette explicitement cette haine. Ici, une critique argumentée d’une accusation ne suffit pas à établir que l’antisémitisme serait toujours un instrument ou un tabou.
Le texte d’anti-normalisation traduit par BDS France en 2022 vise les Israéliens juifs et les institutions israélo-juives, tout en excluant les citoyens palestiniens d’Israël et en prévoyant des conditions de co-résistance. L’asymétrie identitaire et nationale est réelle ; elle mérite un débat politique propre. Elle ne devient pas mécaniquement une insulte, une menace ou une responsabilité collective au sens de nos critères.
Les déclarations d’octobre 2023 forment un cas plus grave. Parler d’une « réaction armée puissante » le jour où des civils sont tués et enlevés, puis réduire la violence à une réaction de l’opprimé, ne se résume pas à soutenir le droit des Palestiniens. La déclaration efface des victimes et amenuise l’agence des auteurs. Une trace Wayback du 8 octobre existe pour un ancien slug distinct. Un rapport déposé auprès de la Chambre des représentants des États-Unis renvoie à cette capture et à une copie conservée qui attribue au texte la justification d’une résistance armée visant les militaires et les civils de l’oppresseur. L’authenticité de la copie et sa relation exacte avec les deux pages doivent encore être vérifiées avant d’en faire un verbatim canonique. Elle interdit en revanche d’affirmer qu’aucune version antérieure n’existe. Le mot « héroïque », parfois attribué au BNC, n’est toujours pas établi par cette pièce.
Deux guides plus récents montrent pourquoi toute source favorable doit elle aussi être ouverte. Le guide BNC de novembre 2024 affirme que la Cour internationale de Justice aurait jugé plausible la commission d’un génocide. La Cour a reconnu plausibles des droits protégés par la Convention et un risque de préjudice irréparable ; elle n’a pas statué au fond. Le guide PACBI de juin 2025 transforme ensuite une question sur la puissance de feu en soutien collectif au génocide. Dans les deux cas, le mot génocide peut être défendu par d’autres enquêtes. Ce n’est pas une raison pour lui prêter le contenu d’une décision ou d’un sondage qui ne le mesure pas.
Enfin, l’analyse Epstein publiée par le BNC en février 2026 dépasse de loin un appel à choisir ses achats. Elle allègue qu’Israël agit directement ou par des groupes et relais au moyen de coercition, d’extorsion et de corruption ; elle rapporte séparément la formule de Jeffrey Sachs sur le lobby israélien ; elle rattache plusieurs guerres à un agenda « Israel First » ; elle précise enfin qu’Israël ne serait pas le seul facteur, mais un facteur directeur. Certaines pièces citées peuvent être exactes ; l’architecture qui les relie doit encore être prouvée. Le problème commence précisément lorsque l’accumulation des noms remplace la démonstration du mécanisme.
Ce corpus interdit donc deux phrases faciles : « BDS est antisémite » et « BDS n’a rien à voir avec l’antisémitisme ». La première transforme une tactique et des milliers de personnes en essence. La seconde ferme les yeux sur des productions institutionnelles bien réelles. Entre le procès global et le certificat d’innocence, il reste le travail d’établir, campagne par campagne, ce qui est visé et selon quel critère.
Généalogie
PACBI lance en 2004 un appel au boycott académique et culturel. Une révision publiée en 2006 retire une exception personnelle qui rendait, selon ses auteurs, le dispositif incohérent, tout en refusant les listes noires et les tests idéologiques. L’appel palestinien plus large de 2005 étend boycott, désinvestissement et sanctions à plusieurs secteurs. BDS France situe sa constitution à la fin du mois de juin 2009 autour d’une charte et de cet appel.
Le mouvement emprunte explicitement au répertoire international du boycott et à la campagne contre l’apartheid sud-africain. La comparaison fournit une stratégie : déplacer le coût politique par la société civile lorsque les institutions paraissent bloquées. Elle fournit aussi un récit : si le cas sud-africain donne la carte entière, chaque relation avec une institution israélienne peut être lue comme complicité et chaque coopération comme normalisation.
Cette extension explique les controverses internes. Faut-il viser une entreprise pour une activité déterminée ou toute entreprise israélienne ? Une université pour une politique précise ou toutes les institutions académiques ? Un événement financé par l’État ou toute présence culturelle ? Une personne pour sa conduite ou jamais pour son affiliation ? Les directives répondent souvent « institution, pas individu ». Les campagnes concrètes déplacent parfois la frontière.
Après le 7 octobre 2023 et la destruction de Gaza, le vocabulaire du boycott s’est mêlé à celui des crimes internationaux, des mandats d’arrêt et du génocide. Ce déplacement n’est pas artificiel : des ONG, des experts et des mécanismes d’enquête ont documenté des crimes d’une gravité extrême. Mais plus l’accusation est grave, moins elle supporte les raccourcis. Une ordonnance de mesures conservatoires n’est pas un jugement au fond ; une réponse sur la puissance de feu n’est pas une adhésion au génocide ; un service militaire ne prouve pas à lui seul une participation criminelle. La nécessité d’agir ne suspend pas la nécessité de penser.
Ce que ce récit fait
Dans sa forme la plus sobre, le boycott désigne une cible, formule une demande et organise un rapport de force. Il permet à des personnes éloignées du conflit de ne pas contribuer à une institution ou une politique qu’elles jugent injuste. On peut contester la cible ou l’efficacité, mais le raisonnement reste politique : voici l’acteur, voici la conduite, voici le levier, voici la demande.
Le récit change de nature lorsque le mécanisme disparaît. Israël devient alors moins un État doté d’institutions contradictoires qu’un principe qui contamine tout ce qu’il touche. L’affiliation remplace la conduite ; la coopération devient trahison ; la nationalité devient preuve ; le réseau de relations devient réseau de contrôle. Le boycott ne fait plus pression sur le monde. Il sert à partager le monde entre souillés et innocents.
Il peut aussi produire une causalité confortable. Si toute violence commence avec un seul acteur, les autres n’ont plus d’agence ; si le lobby explique le Congrès, les guerres et le silence des médias, les institutions américaines n’ont plus d’intérêts propres ; si une population juive soutient presque unanimement un génocide, il n’est plus nécessaire d’étudier opinions, contraintes, désaccords et responsabilités individuelles. Une politique d’émancipation se met alors à désigner des coupables sans examiner aucune conduite.
Cette dérive est dépolitisante avant même d’être classifiée. Elle remplace rapports de force, institutions et choix par une essence qui circule partout. Lorsqu’elle vise les Juifs ou reprend les structures anciennes du pouvoir caché, de la culpabilité collective ou du mal total, les concepts correspondants doivent être ajoutés sur preuve. Lorsqu’elle vise un État, un lobby ou des personnes nommées sans atteindre encore ce seuil, elle reste une obsession manichéenne qu’il faut critiquer pour ce qu’elle fait au réel.
Comment répondre
La réponse la moins utile consiste à interdire le boycott en le déclarant antisémite par nature. Elle transforme une question de cible, de moyens et de droits en test d’allégeance. Elle permet aussi aux textes les plus faibles de se présenter comme censurés plutôt que de répondre de leurs faits.
En France, cette réponse ne correspond plus à l’état du droit. Le 11 juin 2020, dans l’affaire Baldassi et autres contre France, devenue définitive le 11 septembre 2020, la Cour européenne des droits de l’homme a jugé contraire à l’article 10 de la Convention la condamnation de militants qui avaient appelé, dans un hypermarché du Haut-Rhin, au boycott de produits importés d’Israël : les juges internes avaient tenu cet appel pour une provocation à la discrimination sans examiner sa teneur, ses motifs ni ses circonstances. La Cour n’a pas pour autant déclaré licite tout appel au boycott. L’appel à la haine, à la violence et à l’intolérance reste la limite, et elle a relevé que les requérants n’avaient été condamnés ni pour des propos racistes ou antisémites, ni pour des violences. Le droit interne a suivi, dans deux affaires qu’il ne faut pas confondre. Dans celle de ces militants, la cour de révision et de réexamen a annulé le 7 avril 2022 l’arrêt de condamnation de 2013 et renvoyé le dossier à Paris, où la cour d’appel les a relaxés le 14 mars 2024 ; la Cour de cassation a rejeté le 4 novembre 2025 les pourvois des parties civiles, ce qui rend cette relaxe définitive. Dans une affaire distincte, la chambre criminelle avait confirmé le 17 octobre 2023 une relaxe parce que l’appel visait une société « en raison de son soutien financier supposé aux choix politiques des dirigeants de ce pays », et non en raison de son appartenance à la nation israélienne.
L’autre réponse paresseuse consiste à dire : « BDS est antiraciste, donc ce texte ne peut pas être antisémite. » Une organisation n’est pas la moyenne morale de ses chartes. Elle parle par des documents datés, parfois rigoureux, parfois contradictoires, parfois franchement mauvais. C’est à ce niveau qu’on peut discuter sans fabriquer une identité collective de plus.
Pour instruire un appel, sept questions suffisent souvent :
- Qui parle exactement : BNC, PACBI, BDS France, un partenaire, un signataire ou une personne ?
- Quelle cible est visée, pour quelle conduite et avec quelle demande vérifiable ?
- Le boycott vise-t-il une institution et une conduite, ou l’identité juive y sert-elle de substitut à une conduite démontrée ?
- Les faits invoqués sont-ils soutenus par les décisions, sondages et sources effectivement cités ?
- Le texte reconnaît-il l’agence des autres acteurs et les droits des personnes qu’il place dans son champ ?
- Sur quel critère une entité ou une personne entre-t-elle dans le champ du boycott : une conduite, un mandat, un financement, ou une appartenance ?
- Le texte démontre-t-il le mécanisme causal qu’il allègue, ou l’accumulation de noms et de liens y tient-elle lieu de démonstration ?
On peut ensuite tester chaque proposition sans raccourci. Une comparaison nazie exige une comparaison nazie. Une conspiration exige un plan caché et coordonné. La responsabilité collective exige une faute transférée à des Juifs parce que Juifs. La culpabilité exclusive exige que les autres causes et agences soient effacées. Le refus d’existence exige une proposition sur l’État, l’autodétermination ou la continuité collective. Aucun de ces seuils ne se cache dans les trois lettres BDS.
Le boycott peut rester un outil de pression sur des institutions et des politiques nommées. Il cesse d’en être un lorsqu’il désigne des personnes par leur appartenance. Une solidarité qui veut transformer des structures n’a rien à gagner à recycler les raccourcis qui cherchent des peuples coupables.
Sources et crédit
Concepts liés
- Responsabilité collective des Juifs pour Israël : responsabilité d’actions israéliennes transférée aux Juifs comme groupe.
- Responsabilité exclusive d’Israël dans le conflit : Israël tenu pour cause unique du conflit ou de toute violence.
- Influence sur l’opinion/politique/économie : influence juive ou israélienne exagérée jusqu’au contrôle, selon une cible propre et résolue.
- Complot : plan caché et coordonné attribué aux Juifs.
- Négation du droit d’Israël à exister : refus explicite de l’existence étatique ou de toute continuité collective juive.
- Analogie nazie et Inversion victime-bourreau : comparaisons propres avec le nazisme et inversion des positions historiques.
- Génocide, Analogie apartheid / État raciste et Analogies coloniales : accusations ou cadres qui ne deviennent pas antisémites par leur seul emploi.
- Appel à la violence / Glorification : approbation, justification ou appel à la violence selon sa cible et son acte propres.
Textes institutionnels et cas examinés
- Appel palestinien du 9 juillet 2005. https://bdsmovement.net/call
- PACBI, révision de l’appel académique, 2006. https://electronicintifada.net/content/palestinian-call-academic-boycott-revised-adjusting-parameters-debate/5851
- PACBI, lettre ouverte à la direction générale de l’UNESCO, 18 février 2008. https://bdsmovement.net/news/open-letter-unesco-director-general
- BNC, document pour la conférence de Durban, 2008. https://bdsmovement.net/files/English-BNC_Position_Paper-Durban_Review.pdf
- BDS France, histoire de la campagne française. https://www.bdsfrance.org/trois-ans-du-mouvement-bds-en-france-2/2/
- BNC, déclaration contre le racisme et l’antisémitisme, 2017. https://bdsmovement.net/news/racism-and-racial-discrimination-are-antithesis-freedom-justice-equality
- BNC, explication des directives d’anti-normalisation, traduction BDS France, 2022. https://www.bdsfrance.org/explication-des-directives-anti-normalisation-du-mouvement-bds/
- BNC, déclaration du 7 octobre 2023. https://bdsmovement.net/news/western-complicity-apartheid-israels-brutal-violence-heightens-palestinian-resistance
- Chambre des représentants des États-Unis, pièce documentaire référençant une capture Wayback du 8 octobre 2023 et une copie conservée de l’ancien slug BDS. https://docs.house.gov/meetings/II/II15/20241210/117646/HHRG-118-II15-20241210-SD009.pdf
- Copie conservée par le Capital Research Center, à traiter comme pièce secondaire dont l’authenticité doit être recoupée. https://capitalresearch.org/app/uploads/BDS-Movement-Deleted-Statement-Endorsing-Hamas-Oct-7.pdf
- BNC, guide de ciblage, 30 novembre 2024. https://www.bdsmovement.net/sites/default/files/2024-12/Guide%20to%20BDS%20Boycott%20%26%20Pressure%20Corporate%20Priority%20Targeting-30%20Nov%202024-Submitted%20by%20BDS%20movement.pdf
- PACBI, guide du 18 juin 2025. https://www.bdsmovement.net/sites/default/files/2025-07/ICC%20Arrest%20Warrants%20against%20Israeli%20Leaders%20-%20Time%20to%20Escalate%20Academic%20and%20Cultural%20Boycotts%20-%2018-06-2025.pdf
- BNC, analyse sur Jeffrey Epstein, 16 février 2026. https://bdsmovement.net/news/Was-Epstein-Weapon-Of-Mass-Extortion
Contre-vérifications
- Cour internationale de Justice, ordonnance du 26 janvier 2024 et explication de sa portée. https://www.icj-cij.org/node/203447 https://www.icj-cij.org/node/203454
- PACBI, directives académiques, miroir d’une campagne affiliée. https://usacbi.org/guidelines-for-applying-the-international-academic-boycott-of-israel/
- BNC, analyse de mars 2023 demandant d’éviter les généralisations antisémites. https://www.bdsmovement.net/sites/default/files/2025-02/EN.pdf
- Cour européenne des droits de l’homme, Baldassi et autres c. France, 11 juin 2020, requêtes n° 15271/16 et six autres, définitif le 11 septembre 2020. https://hudoc.echr.coe.int/eng?i=001-202756
- Cour de cassation, chambre criminelle, 17 octobre 2023, pourvoi n° 22-83.197, publié au bulletin, affaire distincte de la précédente. https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000048242133
- Cour de cassation, chambre criminelle, 4 novembre 2025, pourvoi n° 24-82.420, rejet des pourvois des parties civiles contre la relaxe prononcée par la cour d’appel de Paris le 14 mars 2024. https://juricaf.org/arret/FRANCE-COURDECASSATION-20251104-2482420
Crédit et adaptation
Cette fiche s’appuie sur une catégorie publiée sous licence CC BY 4.0 et s’en écarte sur un point central. Le chapitre 35 pose comme caractéristiques d’identification de l’antisémitisme le soutien au mouvement BDS comme tel, ses buts et ses stratégies, ainsi que l’appel au boycott d’Israël en termes généraux, biens, culture, sport, universités (p. 463) ; il soutient que « the goals of BDS, the justifications and the decision to support it all contain antisemitic aspects » (p. 463) ; il classe comme antisémites des slogans nus tels que « The solution is #BDS » (p. 464). Il excepte le boycott limité aux colonies (p. 463 et 466), sauf s’il est intégré à BDS, ce qui selon lui en changerait la nature. Il tire enfin du droit au retour étendu aux descendants la conclusion que les deux demandes de BDS « would amount to nothing less than a denial of israel’s right to exist » (p. 460). Doykayt tient ces éléments pour non qualifiants et refuse cette inférence : l’appel de 2005 ne choisit pas explicitement entre un ou deux États, la neutralité d’une revendication ne se convertit pas en programme, et une conséquence démographique alléguée n’est pas une proposition endossée. Le désaccord est frontal et assumé. Doykayt distingue tactique, organisation, auteur et proposition ; ajoute les textes institutionnels de 2004 à 2026, leurs contradictions, les cas français, le cadre juridique applicable en France et une matrice séparée des concepts voisins.
- Hagen Troschke, « Calls for Boycott of Israel and Support for BDS », dans Matthias J. Becker, Hagen Troschke, Matthew Bolton et Alexis Chapelan, dir., Decoding Antisemitism: A Guide to Identifying Antisemitism Online, Springer, 2024, p. 459 à 468. https://doi.org/10.1007/978-3-031-49238-9_35
- Livre complet : https://doi.org/10.1007/978-3-031-49238-9
- Licence : https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/
Observatoire
Pièces liées à ce concept
Ces éléments documentent des usages. Ils ne remplacent jamais le seuil expliqué dans la fiche.« « D'AMSTERDAM / A PARIS / PAS DE GENOCIDAIRES / DANS NOS STADES ! » »
« « Cette organisation de normalisation israélienne est intellectuellement malhonnête et cherche à blanchir le génocide israélien en cours à Gaza. La Campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d'Israël (PACBI), membre fondateur du mouvement BDS, appelle les personnes, les organisations et les syndicats consciencieux du monde entier à ne pas s'engager dans Standing Together, une entreprise de normalisation israélienne qui cherche à détourner l'attention du génocide israélien en cours à Gaza et à le blanchir. » »
Soirée soutien aux Palestinien·ne·s avec Tsedek, Ujfp, PdH, BDS, PM, Elias d’Imzalène, ….
« Soirée en soutien aux Palestinien·ne·s - Avec Nathan Atlan (Tsedek), Yazid Arifi (PNOI), Géraldine Hornberger (UJFP-BDS), Elias d'Imzalène (Perspectives Musulmanes)… »
« inauguration-chateau-deau de Khuza' Coup sur coup, l’UJFP est attaquée par des gens qui se disent « de gauche », « progressistes », « laïques », « antiracistes ». L’UJRE (Union Juive pour la Résistance et l’Entraide) accuse l’UJFP de tenir des discours intolérables, de soutenir le Hamas et de méconnaître l’histoire des FTP-MOI. Dans un blog de Médiapart , une cinquantaine de personnes qui affirment « avoir une solidarité et un soutien tourné vers les Gazaoui.es » (???) accusent *Urgence Palestine* d’abriter des antisémites, de faire l’apologie du terrorisme et de reprendre le protocole des Sages de Sion. Au passage, l’UJFP est accusée de comparer les Israéliens aux nazis. Nos détracteurs, largement absents du mouvement antiraciste et totalement absents du mouvement de solidarité avec la Palestine, n’ont rien trouvé de mieux à faire en plein génocide à Gaza que de diffamer des juifs antisionistes et des associations de solidarité internationale. D’où cette mise au point : 1. Un génocide d’une ampleur inouïe se déroule depuis le 7 octobre contre la population de Gaza. Il y a plus de 40 000 mort.es ou disparu.es. À l’échelle de la France, ça représenterait plus d’un million de personnes. Face à cette horreur, une mobilisation soutenue est indispensable pour aider le peuple palestinien à survivre et pour forcer, par nos manifestations et nos actions, les gouvernements complices d’Israël à prendre leurs responsabilités et à sanctionner les génocidaires. Nos détracteurs, totalement absents des mobilisations en soutien au peuple palestinien, ont d’autres préoccupations : dénigrer les Palestinien.nes, le mouvement de solidarité et les rares partis politiques qui ne hurlent pas avec les loups, mais rappellent la nécessité de l’application du droit international. 2. L’antijudaïsme chrétien, puis l’antisémitisme racial et le génocide nazi font partie de l’histoire européenne. Les Palestinien.nes ont payé et continuent de payer pour un crime européen. Ces derniers étant considérés comme « des animaux humains », des « nazis », des « antisémites », alors bien sûr tout est permis : les assassiner, y compris les femmes et les enfants comme l’ont théorisé de nombreux dirigeants israéliens, épinglés par la Cour Internationale de Justice. Les Palestinien.nes n’amalgament pas Israéliens et juifs. Nous pouvons assurer que, quand on est juif et qu’on va en Palestine, la réponse quasi-unanime est : « nous sommes contre l’occupation, nous n’avons rien contre les Juifs ». Nos détracteurs y sont-ils allés ? 3. Les ¾ des habitant.es de la bande de Gaza sont des réfugié.es. Ils sont les descendant.es de ceux qui ont été victimes d’un nettoyage ethnique prémédité en 1948. Gaza est occupé depuis 1967. Le territoire est bouclé par terre, par mer et par air depuis 17 ans. L’occupant y organise la pénurie d’eau et d’électricité comme il organise aujourd’hui la famine. Le territoire a subi une dizaine de bombardements et d’attaques meurtrières depuis 2008. Les marches du retour, pourtant totalement pacifiques ont été attaquées avec férocité : 350 mort.es et 10 000 estropié.es. Nos détracteurs n’ont pas hurlé au racisme lors de cette répression féroce. 4. Alors oui, nous le répétons, le 7 octobre la cocotte-minute a explosé (la phrase est de Michel Warschawski) comme elle avait explosé en Algérie le 1er novembre 1954. C’est l’occupant qui a été attaqué le 7 octobre, pas les Juifs. Et nous faisons nôtres ce qu’ont dit et répété les anticolonialistes israéliens : « nous avons des ami.es parmi les mort.es et les personnes enlevé.es. Le responsable, c’est le régime colonial et suprémaciste israélien, c’est l’occupation ». Mais nos détracteurs ne citent pas une seule fois les mots « colonialisme », « occupation », « suprémacisme ». 5. Nos détracteurs reprennent le récit des autorités israéliennes sur le 7 octobre. Croire sur parole ce que dit la « Hasbara » est un peu étrange chez des gens qui se disent de gauche. Ce récit a été remis en cause à plusieurs reprises, notamment par les enquêtes de *Haaretz* et de *Libération*. Personne ne connaît la réalité de ce qui s’est déroulé. Amnesty International dénonce des crimes de guerre, nous nous en tiendrons là. Et, comme les Palestinien.nes, nous sommes demandeurs d’une enquête internationale pour savoir réellement ce qui s’est passé et condamner les coupables. Mais mettre sur un même plan l’occupant et l’occupé, le colonisé et le colonisateur, est indigne de la gauche. Israël n’a pas « riposté » après le 7 octobre. La Palestine est attaquée en permanence par l’occupation sioniste depuis 1948 : vols de terres, exécutions sans jugement, emprisonnement massif, bombardements … L’État d’Israël coche les cases : « crimes de guerre », « crimes contre l’humanité », « apartheid », « génocide ». Diaboliser le Hamas et accuser l’UJFP et le mouvement de solidarité d’être les complices du Hamas rejoint le discours des médias dominants qui soutiennent les génocidaires. Israël ne mène pas une guerre contre le « terrorisme du Hamas ». Il s’agit d’une guerre de destruction totale de la société palestinienne, attaquée par l’occupation sioniste depuis 1948. Les dirigeants israéliens ne veulent pas de « partenaire pour la paix ». Ils veulent un maximum de terre et un minimum de Palestinien.nes. Quand les principaux mouvements de résistance étaient le Fatah et le FPLP, ils ont favorisé la montée du Hamas. Les accords d’Oslo se sont révélés être une vaste supercherie. La division palestinienne avec deux gouvernements rivaux a été voulue par l’occupant. La victoire électorale du Hamas en 2006 est une conséquence de l’occupation et de la colonisation. Qualifier le Hamas « d’extrême droite » montre une ignorance totale de ce qu’est la Palestine. Les assimiler à Daesh aussi. L’ONU ne qualifie pas le Hamas de terroriste. La société gazaouie était, avant le 7 octobre, pluraliste, vivante, critique, animée par une multitude d’associations de la société civile. L’UJFP, comme Urgence Palestine, soutient le peuple palestinien, victime d’un génocide. Instrumentaliser l’antisémitisme (qui est l’histoire intime de beaucoup de membres de l’UJFP) pour faire taire le mouvement de solidarité est vital pour les dirigeants israéliens. Nétanyahou, reprenant les propos de Ben Gourion, au moment du procès Eichmann, a expliqué en 2015 « qu’Hitler ne voulait pas tuer les Juifs » et que c’est le grand mufti qui lui a soufflé l’idée. Cette affirmation, de l’ordre du négationnisme, vient appuyer les considérations selon lesquelles les musulmans sont antisémites, pas l’extrême droite européenne ou les chrétiens sionistes. Dans le même temps, Israël est soutenu par l’extrême droite raciste, partout dans le monde. En Allemagne, tout soutien à la Palestine est criminalisé et les « Antideutsche », qui se prétendent révolutionnaires, participent activement à cette criminalisation. L’UJRE et les pétitionnaires dans Médiapart aspirent visiblement à jouer le même rôle. Dénigrer le mouvement de solidarité, le diffamer et s’autoproclamer en même temps défenseurs du peuple palestinien. À l’UJFP, nous continuerons à lier la lutte contre le racisme avec celle pour les droits du peuple palestinien. Quand les paysans de Gaza inscrivent « UJFP » sur le château d’eau (détruit par l’armée israélienne le 6 février), quand des équipes gazaouies avec des logos UJFP distribuent des repas à une population affamée, nous ne faisons pas que soutenir activement la population palestinienne. Nous luttons aussi contre l’antisémitisme. Dans les faits. Enfin, l’UJRE n’a pas apprécié notre communiqué sur Manouchian. L’UJFP n’est pas la seule association à estimer qu’il y avait un côté obscène à voir un gouvernement légalisant la préférence nationale et annonçant la fin du droit du sol s’autoproclamer garant de la mémoire de la MOI. En plus, il a osé faire porter les cercueils par la Légion Étrangère. Lors de la cérémonie à la mémoire des 4 FTP-MOI d’Arcueil, le maire de cette ville a développé les mêmes arguments que l’UJFP. L’UJRE écrit que les FTP-MOI étaient des « patriotes ». Non, ils étaient des internationalistes. Ces étranger.es pensaient que leur émancipation passait par celle de l’humanité. Nous aussi, c’est tout le sens de notre engagement. Les antinazis ont juré après 1945 : « plus jamais cela ». Nous sommes fidèles à leur mémoire en combattant les auteurs du génocide actuel et leurs complices. En considérant que le sionisme n’est pas seulement criminel contre les Palestinien.nes, mais est suicidaire pour les Juifs.ves et est aussi une injure à leur histoire et à leur identité, nous sommes fidèles à la mémoire des FTP-MOI. La Coordination nationale de l’UJFP, le 27 février 2024 **Les narratifs autour des crimes perpétrés le 7 octobre par le Hamas ne font plus débat : de l’extrême droite à une partie non négligeable de la gauche, ils seraient le produit de l’antisémitisme.** “*Le plus grand massacre antisémite de notre siècle*”. C’est ainsi qu’Emmanuel Macron définit les attaques du 7 octobre menées par le Hamas contre les kibboutz du sud d’Israël, lors de la cérémonie d’hommage aux victimes françaises de l’attaque organisée le 7 février dernier. Cette lecture des événements constitue un pas de plus dans l’institutionnalisation de la théorie du nouvel antisémitisme, et a depuis déjà permis au Ministère des affaires étrangères d’attaquer l’ONU ou à des islamophobes de promouvoir leur agenda raciste. Avant d’être officialisée par le président en personne, cette interprétation des faits avait été validée par une multitude d’acteurs politiques. Dimanche 28 janvier, sur *BFM TV *et à une heure de grande écoute, le journaliste Benjamin Duhamel affirme face à Jean-Luc Mélenchon que l’antisémitisme aurait motivé l’opération du Hamas. Quelques semaines auparavant, le 3 janvier, la professeure de droit international Rafaëlle Maison est confrontée sur France Culture aux questions de Guillaume Erner. Alors qu’elle essaie d’expliquer pourquoi, d’après elle, la notion de génocide n’est pas pertinente pour caractériser les actes du Hamas, le journaliste lui reproche d’être “*biaisée*”, considérant “*qu’il y a déjà suffisamment d’éléments pour considérer que c’étaient les Juif·ves qui étaient visé·es*”. Enfin, dans un entretien accordé à *K La Revue**, *Tal Bruttmann, historien spécialiste de la Shoah affirme que le 7 octobre “*des Juifs sont attaqués en tant que Juifs*” et explique que les objectifs de cette opération étaient *“de tuer des Juifs, d’en capturer pour en faire des otages et les ramener dans la bande de Gaza comme monnaie d’échange, moyen de pression et de marchandage*”. Cette lecture est ainsi largement partagée et relayée, à commencer par le gouvernement israélien d’extrême-droite à travers ses dispositifs de communication. En France, elle a pu être reprise de différentes manières par le gouvernement, des partis politiques de tous bords1, des chercheurs 2 et des organisations juives3, certaines s’identifiant comme antiracistes ou se revendiquant de la gauche radicale4. Ce récit, devenu hégémonique, doit être caractérisé pour ce qu’il est : une manipulation crasse de l’histoire qui devrait indigner toutes celles et tous ceux qui entendent lutter sincèrement contre le racisme. La convocation de la mémoire du judéocide, afin d’invisibiliser un contexte de domination coloniale et de justifier une guerre de destruction à portée génocidaire, ne peut qu’abîmer les idées de justice et d’égalité pour tous·tes, et entraver l’horizon d’une paix juste sur le territoire. ## Une opération militaire Faire des événements du 7 octobre un “massacre antisémite” conduit à invisibiliser une partie de la réalité du 7 octobre. Vouloir la regarder en face ne revient ni à minimiser, nier, ou légitimer les horreurs qui ont été commises ce jour-là, ni à manquer d’empathie vis-à-vis des victimes qui les ont subies. Au contraire, c’est par respect envers ces victimes et leurs proches, mais également envers les Palestinien·nes qui subissent une explosion de violence inédite depuis, qu’un devoir de vérité s’impose. Quatre mois plus tard, il est possible d’avoir une vision plus claire des faits. Ce jour-là, plusieurs infrastructures militaires israéliennes ont été ciblées. En premier lieu, des portions de la barrière cernant Gaza, dont la construction par l’État israélien a été achevée en 2021, bordant une zone tampon où des centaines de manifestant·es palestinien·nes ont été tué·es par balles et des milliers d’autres blessé·es, lors des “marches du retour” de 2018-2019. Cette barrière, enfermant les Gazaoui·es dans une prison à ciel ouvert, est constituée de plusieurs couches de barbelés et de murs de béton aux fondations profondes, et intègre des systèmes de télécommunication, des tours de guets, des capteurs radar et des mitrailleuses télécommandées. Par la suite, en plus des sept kibboutz, au moins six bases militaires israéliennes ont été attaquées, et environ un tiers des 1139 victimes recensées, soit 373 d’entre elles, faisait partie des forces de sécurité en poste ce jour-là. En occultant ces cibles, et la dimension militaire de l’attaque du Hamas, on contribue au même brouillage qu’entretient depuis des décennies l’État israélien entre le civil et le militaire, notamment lorsqu’il s’agit des kibboutz et de leurs fonctions autour de Gaza ; une hybridation qui a précisément fait de ses habitant·es les composant·es d’un mur humain, les condamnant à une position intenable. Faire des attaques du 7 octobre un acte antisémite revient, en plus d’invisibiliser ses nombreuses victimes non-juives et palestiniennes, à dissimuler les structures à l’origine de cette explosion de violence, celles sur lesquelles s’appuie la colonisation et le siège de Gaza. ## Masquer l’histoire et le contexte colonial Appréhender le 7 octobre strictement comme une attaque antisémite s’inscrit dans l’effort de la propagande israélienne visant à gommer la réalité coloniale sur place et à renforcer la légitimité de l’État israélien. Comme l’explique Antony Lerman, écrivain spécialiste de l’antisémitisme, cet effort se matérialise au lendemain de la guerre des Six jours par la volonté des organisations sionistes et des gouvernements israéliens successifs à construire un “nouvel antisémitisme”, faisant de l’État d’Israël “le Juif parmi les nations”. Une redéfinition de l’antisémitisme qui émerge en réaction au changement de climat politique consécutif à l’occupation israélienne en 1967, puis à la résolution 3379 des Nations Unies, adoptée en novembre 1975. Celle-ci désignait le sionisme comme “une forme de racisme » et a depuis été révoquée. La réalité coloniale, que la propagande israélienne vise à masquer, est aussi celle des kibboutz situés autour de la bande de Gaza, largement construits sur les terres de villages palestiniens vidés de leurs habitant·es en 1948, et dont certains sont nés d’opérations coloniales visant à créer des faits accomplis et à assurer une présence sioniste dans ce territoire avant la partition de la Palestine. La sidération devant l’ampleur des violences auxquelles a été confrontée la population israélienne, puis celles subies par les otages, a rapidement cédé la place à une instrumentalisation de celle-ci par Tel Aviv, relayée dans la foulée par ses soutiens à l’étranger. Elle s’appuie sur les recoins les plus sombres de la conscience collective juive, tout en faisant des appels du pied aux traumatismes des Occidentaux provoqués par les attentats djihadistes, et à leur culpabilité liée à la Shoah. L’ancien premier ministre israélien Naftali Bennett a ouvert la voie dès le 9 octobre, mettant en équivalence le Hamas et le nazisme. Cette rhétorique connaît depuis un succès non démenti dans le Nord global dont témoignent les propos tenus le 10 octobre par Olivier Véran, alors porte-parole du gouvernement : *« Israël a vécu son 11 septembre. J’étais à la manifestation *(rassemblement en soutien à Israël organisé par le CRIF, ndlr) *hier avec le directeur du Mémorial de la Shoah qui me disait, qu’à sa connaissance, il n’y avait pas eu autant de victimes juives sur une journée depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. » *Solution finale et djihadisme, voilà les bornes du cadre légitime dans lequel doit être analysée l’attaque du Hamas. Tout ce qui en dévie d’un iota est considéré comme une apologie antisémite du terrorisme. Dès lors, le fil de l’antisémitisme a pu être déroulé au point de convoquer la mémoire des pogroms, un écart du cadre d’interprétation légitime toléré qui, *in fine*, contribue à le renforcer. Tout ce qui fait écho aux massacres de Juif·ves parce que Juif·ves est bon à prendre en ce que cela contribue à disqualifier davantage l’approche partant du contexte colonial. Pourtant, une analyse rigoureuse du 7 octobre ne permet pas de corroborer ce choix sémantique très politique. Les victimes israéliennes ne vivaient pas sans protection militaire ni capacité à exercer une souveraineté dans un État hostile, caractéristiques premières des pogroms qui désignent les massacres de Juif·ves dans la Russie tsariste, par les populations avoisinantes avec la bénédiction des autorités. Mais peu importe, cette rhétorique permet de rallier l’opinion publique occidentale et de fabriquer le consentement de nos sociétés vis-à-vis des massacres israéliens commis à Gaza, notamment au nom d’une prétendue lutte contre l’antisémitisme. Elle permet également de délégitimer et réduire au silence toute revendication politique palestinienne, ou toute critique du sionisme, en la qualifiant d’antisémite. Détourner de la sorte le signifiant “antisémite” nuit à une bonne compréhension des dynamiques de lutte des Palestiniens et Palestiniennes pour leurs droits, mais aussi au combat contre l’antisémitisme, et donc à l’antiracisme en général. Faire de l’attaque du 7 octobre une attaque antisémite, c’est ne pas tenir compte du contexte dans lequel ces attaques ont eu lieu ; cela revient à signifier que lorsqu’un·e Palestinien·ne attaque un Israélien·ne – qu’il ou elle soit soldat·e, habitant·e de Tel-Aviv ou d’un avant-poste en Cisjordanie – il ou elle commet de fait un acte antisémite. On en vient ainsi à désigner tout acte de résistance, qu’elle soit armée ou pacifique, comme une agression antisémite. Ainsi, la campagne BDS est désignée comme antisémite, les rapports des ONG qualifiant Israël d’État d’apartheid, antisémite. La Cour Internationale de Justice, antisémite. Les marches du retour des réfugié·es palestinien·nes, antisémites. Les soulèvements spontanés et la grève générale palestinienne de 2021 contre l’épuration ethnique à Jérusalem-Est, antisémites. L’antisionisme, antisémite. ## ***“Yahoud” *****ou *****“Israili”? *****Un flou sémantique entretenu par le sionisme** Et parce que le Hamas a tué des Juif·ves, nous avons même entendu les commentateur·rices, journalistes et acteur·rices politiques répéter en cœur les éléments de langage des autorités israéliennes assimilant le Hamas, quand ce n’est pas tout simplement les Palestinien·nes, aux nazis. C’est une bien curieuse lecture, négationniste, qui évacue de nouveau la réalité de la colonisation, et vise à légitimer les tapis de bombes déversés quotidiennement par Israël sur les habitant·es de Gaza. On a ainsi pu entendre l’ambassadrice israélienne à Londres, Tzipi Hotovely, une négationniste de la Nakba, comparer les bombardements israéliens sur Gaza aux bombardements des alliés sur Dresde. Ou encore le député LR Meyer Habib déclarer sur RMC, *“le Hamas, c’est Hitler*”. Il faut dire qu’en affirmant, toute honte bue, que c’était le grand mufti de Jérusalem qui avait soufflé à Hitler la solution finale, Netanyahou avait préparé le terrain. Du point de vue palestinien, et donc aussi d’une organisation tel que le Hamas, “Juif·ve” est avant tout le terme par lequel est désigné·e le Juif·ve israélien – l’individu·e qui bénéficie du régime de suprémacie juive mis en place entre la Mer et le Jourdain. Nous le disions dans notre communiqué du 4 novembre 2023 intitulé “L’antisémitisme doit être combattu, son instrumentalisation aussi” : *“Si l’idéologie du Hamas est bien pétrie d’éléments antijuifs et de représentations antisémites, l’idée qu’ils seraient les “nouveaux nazis” et que les massacres du 7 octobre soient comparables à la Shoah doit être combattue. Ce narratif, qui vise surtout à diaboliser les Palestinien·ne·s, n’offre aucune clé de compréhension des violences terribles qui ont visé les civil·es israélien·nes. Le Juif persécuté par le nazi est-il le même que le Juif ciblé par le Hamas ? Si la rhétorique du Hamas emprunte volontiers des références à l’antisémitisme européen, son antijudaïsme est surtout adossé à l’association de l’identité juive au statut de colon dans le cadre des rapports sociaux engendrés par la colonisation israélienne. En contexte palestinien, les catégories “Juif” et “Arabe” renvoient d’abord à des rapports de pouvoir et de domination.”* On peut regretter la mobilisation d’un tel discours, mais comment pourrait-il en être autrement, alors que la colonisation de la Palestine se fait au nom du judaïsme ? Ou que depuis 2006, la bande de Gaza est assiégée au nom de la sécurité de “l’État juif” ? Que les dirigeant·es israélien·nes convoquent la tradition juive pour légitimer leurs opérations génocidaires avec le soutien des dirigeant·es occidentaux·ales ? Que des policiers israéliens gravent une étoile de David sur la peau d’un Palestinien, ou qu’après avoir rasé des quartiers de Gaza, une Hanoukia géante est installée sur les ruines pour Hanouka ? Les partisan·es de l’analyse selon laquelle les Israélien·nes auraient été assassiné·es le 7 octobre parce que Juif·ves restent bien silencieux·ses lorsqu’il s’agit de dénoncer l’État d’Israël, principal pourvoyeur de la confusion Juif·ve = sioniste = israélien·ne. N’est-ce pas lui qui s’accapare les symboles juifs depuis sa création en 1948 ? N’est-il pas officiellement “l’État nation du peuple juif” depuis 2018 ? Ainsi, la judéophobie, voire l’antisémitisme, qui peuvent circuler au sein de la population palestinienne, sont très largement motivés et cultivés par l’expérience de la colonisation israélienne faite au nom des Juif·ves et du judaïsme, par un État qui se revendique “État juif” et avec l’approbation des puissances occidentales. Expliquer la violence en Israël-Palestine à travers le prisme de la haine des Juif·ves revient à ignorer les structures matérielles qui la produisent ; notamment la violence systématique du fait colonial israélien, qui instaure d’impossibles rapports sociaux entre Palestinien·nes et Israélien·nes, qui les abîment et qui affectent également les minorités vivants hors d’Israël. Des actes en réaction à un système politique oppressif et criminel nous sont ainsi présentés comme étant de même nature que les actes haineux racistes qui ciblent des personnes juives parce que juives, chez nous, en Occident, aujourd’hui comme hier. « *De Sderot* (ville régulièrement ciblée par les roquettes du Hamas, ndlr.) *à Pittsburgh *(ville étasunienne où a eu lieu une attaque antisémite dans une synagogue, ndlr.*), la main qui tire les missiles est la même main qui tire sur les fidèles* » résume l’ancien premier ministre israélien, Naftali Bennett, en 2018. Comment ne pas faire le lien entre le discours de l’ultra-nationaliste Bennett et les propos de Macron, lorsqu’il déclare lors de la cérémonie d’hommage aux victimes du 7 octobre qu’il ne faut *« rien céder à un antisémitisme rampant, désinhibé, ici comme là-bas[…] ».* ## Pour une reconnaissance du fait colonial israélien Dans un article rédigé après le 7 octobre, Eyal Weizman revient sur l’histoire de l’un des kibboutz qui a le plus souffert des attaques, Nahal Oz, implanté par l’unité militaire “Nahal” spécialisée dans l’établissement de colonies frontalières en 1951, adossé à une base militaire construite à la frontière avec Gaza pour surveiller sa population. En 1956, des Fedayins de Gaza, où vivent alors 300 000 Palestinien·nes dont 200 000 réfugié·es de 1948, tuent un des jeunes membres de Nahal Oz, Roy Rotberg, et emportent son corps de l’autre côté de la frontière. Moshe Dayan, alors chef d’État major, se trouvait par hasard dans le kibboutz pour un mariage, et a lui-même fini par prononcer un discours lors des funérailles, le lendemain de l’attaque : *« N’accusons pas aujourd’hui les tueurs. Pourquoi devrions-nous nous plaindre de leur haine brûlante envers nous ? Voici huit ans maintenant, que depuis les camps de réfugiés de Gaza, ils nous voient construire notre patrie de la terre et des villages où ils vivaient, où leurs ancêtres vivaient. Ce n’est pas parmi les Arabes de Gaza, mais au sein de notre propre communauté que nous devons chercher le sang de Roy. Comment avons-nous pu fermer les yeux et refuser de regarder notre vocation et le destin de notre génération en face, dans toute sa cruauté ? Avons-nous oublié que ce groupe de jeunes, résidant à Nahal Oz, porte sur ses épaules les lourdes portes de Gaza ? Portes au-delà desquelles, des centaines de milliers d’yeux et de mains prient pour qu’advienne notre faiblesse, et pour pouvoir nous réduire en pièces – l’avons-nous oublié ? Nous savons que pour que s’éteigne l’espoir de notre destruction, nous devons être, matin et soir, armés et préparés. Nous sommes une génération de colons, et sans le casque d’acier et le ventre du canon nous ne pourrions planter d’arbres ni construire de maisons.[…] Par delà le sillon de la frontière, une mer de haine et de désir de vengeance gronde, attendant le jour où la sérénité émoussera notre vigilance, le jour où nous écouterons les ambassadeurs de l’hypocrisie qui nous appellent à déposer les armes.”* Loin d’être un militant décolonial, Dayan était un criminel de guerre. Il ne plaide pas pour les droits des Palestinien·nes, au contraire, il met en garde les Israélien·nes contre le danger d’une guerre permanente, qui perdure clairement aujourd’hui. Il assume aussi l’histoire coloniale israélienne, ne feint pas d’ignorer ce que les Palestinien·nes ont perdu, ce qu’Israël leur a pris. Son discours éclaire les racines de la violence dans cette région et le changement de discours opéré par les officiel·les israélien·nes et leurs allié·es, qui se cachent désormais derrière l’accusation d’antisémitisme, quitte à jeter sous le bus les Juif·ves du monde entier. Les dirigeant·es sionistes espéraient que l’histoire serait oubliée par les jeunes générations de Palestinien·nes – “les vieux mourront et les jeunes oublieront” selon l’adage communement attribué à Ben Gourion. Si ces dernier·es n’ont pas oublié, on doit déplorer et condamner qu’au sein de nos sociétés occidentales, et même dans nos espaces militants, cette histoire peine à être reconnue pour ce qu’elle est : une injustice coloniale qui perdure et qui produit son lot de violences. Laisser croire que les attaques du 7 sont motivées par l’antisémitisme contrevient à un horizon de justice et ainsi de paix, qui doit nécessairement passer par la reconnaissance du fait colonial israélien. Cette lecture alimente aussi un amalgame que nous considérons comme dangereux en tant que militant·es antiracistes, et que nous combattons. Derrière l’amalgame qui assimile les Juif·ves au sionisme, et la critique d’Israël à l’antisémitisme, se cache la rhétorique raciste qui fait des Palestinien·nes, et des Musulman·nes, un danger pour les Juif·ves. Toute personne un minimum sensible à la question raciale et à sa permanence dans les rapports sociaux doit refuser cette lecture et la confusion qu’elle alimente dans une situation déjà sensible. Dans la période que nous traversons, que traversent les Palestinien·nes et les Israélien·nes, mais aussi les minorités en France, nous avons impérativement besoin de clarifications, d’explications, de contextualisation, de débats fondés et argumentés. La place prépondérante que prend, dans le débat public, la conception de l’attaque du Hamas vidée de sa substance coloniale est alarmante et témoigne de l’acceptation généralisée de la théorie du nouvel antisémitisme. Nous affirmons que la contextualisation est la première condition d’un débat sur les violences qui s’abattent sur les Palestinien·nes et sur les Israélien·nes, et le seul chemin pour qu’ils et elles puissent un jour vivre dans la dignité, l’égalité et la sécurité sur ce territoire. C’est aussi une condition pour que la lutte contre l’antisémitisme cesse d’être détournée pour servir un agenda autoritaire et raciste isolant les Juif·ves et Juif·ves des autres minorités. *Maxime Benatouil et Nadav Joffe* ### Note 1. Voir l’appel à la manifestation “Pour la République et contre l’antisémitisme” émanant des partis LR et Renaissance : ou encore un communiqué d’EELV dans lequel est souligné que le 7 octobre, “le nombre de personnes juives tuées est le plus important depuis la Seconde Guerre mondiale” 1. Johann Chapoutot, dans un message adressé à Tsedek! qu’il a choisi de communiquer à divers journalistes en guise d’explication quant à l’annulation de sa participation à notre ciné-club, explique que les attaques du 7 constituent “un massacre dont la dimension antisémite [lui] semble difficilement pouvoir être niée” 1. Jonathan Arfi, le président du CRIF, a déclaré que « l’attaque du Hamas n’est pas qu’une attaque terroriste contre Israël, c’est un pogrom contre le peuple juif » Ou encore l’Union des étudiants juifs de France, qui a tweeté le 19 octobre : “Depuis le pogrom du 7 octobre, le Hamas n’attend qu’une chose : la riposte violente contre sa population civile.” 1. Voir la déclaration de Jonas Pardo au micro de France Culture : “Tous·tes les Juif·ves ont très vite compris que c’était un massacre antisémite” . Les JJR parlent elles et eux aussi des “massacres antisémites du 7 octobre” Golem, du Hamas comme d’“une organisation fondamentalement antisémite” Ou encore la présentation d’un débat organisé par le RAAR le 28 janvier, évoquant “l’attaque du Hamas le 7 octobre” comme “ la tuerie, accompagnée de viols, la plus massive de Juif*·*ves depuis la Shoah. Elle fait partie de la longue histoire de l’antisémitisme.” »
Index dynamique
Personnalités documentées
Fiche issue du référentiel éditorial Doykayt et publiée avec l'ensemble des 44 préjugés documentés.