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Mission, méthode, positionnement, gouvernance — et pourquoi on fait ça.
L'Observatoire du préjugé antisémite et de ses conséquences documente, analyse et rend visible les manifestations contemporaines de l'antisémitisme en France. Notre travail repose sur la collecte systématique de propos publics, leur mise en contexte historique et argumentative, et la production de ressources pédagogiques.
Nous ne produisons ni listes noires, ni procès d'intention. Nous documentons des discours publics en les reliant aux mécanismes rhétoriques et idéologiques qui les sous-tendent.
Depuis octobre 2023, la France connaît une accélération documentée : +284 % d'actes antisémites en un an (CNCDH/SPCJ), dont les trois quarts au dernier trimestre. Ce schéma se reproduit à chaque escalade au Moyen-Orient (+101 % en 2014, +78 % en 2009). Au Royaume-Uni, 2023 constitue un record historique. Plus insidieux encore : des formulations autrefois confinées à l'extrême droite circulent désormais dans des espaces se réclamant du progressisme. C'est cette porosité qui a motivé la création de l'Observatoire.
Les mots ne déclenchent pas mécaniquement les actes, mais ils créent un climat rendant certains passages à l'acte statistiquement plus probables. Avant chaque escalade historique de violences antisémites, un terreau discursif s'est constitué — stéréotypes, accusations, vocabulaire. Documenter ce terreau, c'est rendre visible ce qui se prépare pour permettre d'intervenir en amont.
Pour les modèles de recherche sur le continuum discours-violences (Allport, Stanton, Benesch), voir notre article Des mots aux poings.
Notre cadre d'analyse repose sur deux piliers complémentaires :
Chaque item documenté est lié à sa source originale. Les sources sont archivées pour garantir la pérennité des références. L'intelligence artificielle est utilisée pour l'analyse argumentative et la détection de patterns, sous supervision humaine systématique.
Notre travail s'appuie sur deux constats complémentaires. D'une part, l'historien Moishe Postone a montré que l'antisémitisme moderne fonctionne comme une critique fétichisée du capitalisme : on personnifie le système au lieu de l'analyser, on s'attaque à la finance (abstraite, « juive ») en épargnant la production (concrète, « nationale »). D'autre part, le confusionnisme contemporain permet à ces schémas de circuler entre extrême droite et gauche radicale, portés par des biais cognitifs documentés — confirmation, disponibilité, raisonnement motivé — qui en font des grilles de lecture séduisantes indépendamment de l'orientation politique (voir notre parcours Pourquoi ça marche).
Le même mécanisme opère avec l'anti-impérialisme. La critique — légitime — de l'impérialisme glisse parfois vers une vision conspirationniste : Israël devient l'avant-poste de l'Empire, le « lobby sioniste » contrôle la politique étrangère. Une analyse géopolitique légitime est fétichisée en désignation d'un agent caché — qui emprunte les traits du Juif cosmopolite et manipulateur.
Pour l'analyse complète de ces mécanismes, voir Le confusionnisme, section 5.
Robert Fine et Philip Spencer, dans Antisemitism and the Left (2017), montrent comment un universalisme émancipateur peut devenir excluant : sa face émancipatrice inclut l'Autre, mais sa face répressive exclut ceux qui « échouent au test » de l'humanité. Les Juifs, perçus comme particularistes ou complices d'un État jugé illégitime, deviennent les exclus de l'universalisme.
Hannah Arendt, dans Les origines du totalitarisme, montre que l'antisémitisme n'est jamais resté un préjugé ordinaire — il a toujours été le symptôme d'une pathologie sociale plus large. Les structures discursives qui préparent les violences contre les Juifs ne restent jamais cantonnées aux Juifs : elles sont recyclées contre d'autres groupes — musulmans, migrants, LGBTQ+. Documenter l'antisémitisme, c'est aussi surveiller un indicateur de santé démocratique.
David Hirsh (Goldsmiths) a identifié ce qu'il appelle la formule de Livingstone : signaler l'antisémitisme revient à se faire accuser de l'inventer pour faire taire la critique d'Israël. Si chaque signalement est par définition suspect d'instrumentalisation, l'antisémitisme devient le seul racisme qu'on ne peut pas documenter. C'est cette impasse logique que l'Observatoire entend dépasser par un travail factuel, sourcé, vérifiable.
Nous nous appuyons sur la Déclaration de Jérusalem sur l'antisémitisme (2021), rédigée par environ 370 universitaires spécialistes de l'antisémitisme, de l'histoire juive et du Moyen-Orient. Elle fournit des lignes directrices détaillées sur la frontière entre critique d'Israël et antisémitisme.
Nous sommes d'autant plus à l'aise avec la critique d'Israël que nous ne nous reconnaissons aucun attachement particulier à cet État. Nous dénonçons les gouvernements droitiers puis fascistes d'Israël qui contraignent et massacrent les Palestiniens, et les colons intégristes qui tuent en Cisjordanie — comme nous dénonçons tout fascisme.
La question n'est donc pas de savoir si l'on a le droit de critiquer Israël — évidemment. La question est de distinguer une critique politique d'un discours qui mobilise des structures antisémites.
En pratique, nous distinguons ce qui relève de la critique politique légitime (critiquer le gouvernement israélien, soutenir les droits des Palestiniens, qualifier la situation d'apartheid) de ce qui mobilise des structures antisémites (conspiration juive mondiale, responsabilité collective, déshumanisation).
Pour la matrice détaillée de nos garde-fous, voir la section Garde-fous JDA de notre méthodologie.
Un « cas isolé » qui se répète à chaque conflit au Moyen-Orient, utilise les mêmes formulations depuis des siècles, et cible les mêmes lieux prévisibles — c'est un schéma récurrent. Quand les actes suivent des patterns prévisibles (timing, formulations, cibles), ce n'est pas de l'isolement mais de la récurrence. Et la récurrence, ça se documente.
Les chiffres (voir Mission) montrent un phénomène structurel, pas conjoncturel. L'antisémitisme ne se mesure pas en comparant les victimes entre elles : une hiérarchie des racismes est une impasse intellectuelle et politique.
L'accusation d'instrumentalisation a un nom : la formule de Livingstone. L'instrumentalisation existe — la réponse est l'examen factuel, pas le rejet a priori.
Les structures discursives visant les Juifs sont recyclées contre d'autres groupes (voir Cadre intellectuel). L'antisémitisme est un indicateur de santé démocratique — quand il monte, c'est rarement bon signe pour le reste.
Voir notre section Critique d'Israël : nos garde-fous ci-dessus. La question n'est pas le droit de critiquer — c'est la distinction entre critique politique et mobilisation de structures antisémites.
L'Observatoire est une initiative du collectif Doykayt, dont le nom reprend le concept bundiste de doykayt (דאָיִקײַט, « ici-même ») : l'affirmation d'une existence juive pleine et entière dans la société où l'on vit, sans attendre un ailleurs.
Le Bund — mouvement ouvrier juif socialiste fondé en 1897 — a combattu l'antisémitisme comme partie intégrante de la lutte des classes, sans considérer que ce combat devait passer par l'émigration ou le repli communautaire. Le principe doykayt signifie : on vit ici, on reste ici, on se bat ici.
Cette position nous distingue de deux impasses symétriques : d'un côté, l'instrumentalisation qui transforme chaque acte antisémite en argument pour l'émigration ou en carburant géopolitique ; de l'autre, l'aveuglement militant qui refuse de voir le problème quand il vient de son propre camp. Combattre l'antisémitisme n'est pas un réflexe communautaire mais un impératif partagé.
Documenter l'antisémitisme, y compris quand il vient de notre camp, c'est refuser la dérive confusionniste. C'est maintenir la possibilité d'une gauche qui analyse au lieu de fétichiser, qui construit au lieu de désigner — à l'heure où le péril fasciste exige une opposition lucide, pas une radicalité de façade.
L'Observatoire ne reçoit aucun financement de parti politique, d'État étranger ou d'organisation communautaire. C'est un projet indépendant et bénévole.
L'Observatoire est accompagné par un comité scientifique pluridisciplinaire qui valide les méthodes, oriente les recherches et garantit la rigueur des analyses. Ce comité réunit des chercheurs en histoire, sciences politiques, linguistique et sociologie.
Un droit de réponse est garanti à toute personne mentionnée dans nos travaux. Chaque signalement d'erreur fait l'objet d'un examen et, le cas échéant, d'une correction publiée.
L'Observatoire est un projet contributif. Toute personne peut signaler un propos public, proposer une source, contester une analyse. Les signalements sont examinés selon nos critères d'inclusion ; les corrections sont publiées. Cet ancrage citoyen est constitutif du projet : documenter l'antisémitisme n'est pas un monopole — c'est un travail collectif.
Pour les sources académiques et institutionnelles, voir notre Bibliographie.
Les mots ne tuent pas. Mais les tueurs ont des mots qui les précèdent — des stéréotypes, des slogans, des théories, un vocabulaire.
Nous ne prédisons pas l'avenir. Nous rendons visible ce qui, sans documentation, resterait dispersé, minimisé, oublié — jusqu'à ce qu'il soit trop tard.
On prend des notes.
Observatoire Doykayt
Documenter l'antisémitisme, ici et maintenant.