Le confusionnisme
Qui a mis de l'extrême droite dans ma gauche ?
Circulations discursives entre extrêmes
« L'antisémitisme, c'est le socialisme des imbéciles. »
Formule attribuée à August Bebel, mais plus probablement due au social-démocrate autrichien Ferdinand Kronawetter, dans un discours au Reichsrat en 1889.
1. Ce qu'est le confusionnisme (et ce qu'il n'est pas)
Le confusionnisme, ce n'est pas « des gens bizarres qui se croisent » ou « des alliances contre-nature ». C'est plus précis : ce sont des glissements — parfois assumés, souvent non — où des critiques légitimes (du capitalisme, des médias, des élites, de l'Occident, de la police, des guerres) se retrouvent recadrées par des schémas d'extrême droite : complotisme, essentialisation, obsession de « l'ennemi intérieur », haine de l'égalité, fantasme d'un ordre viril, homogène, autoritaire.
Philippe Corcuff, dans La grande confusion (Textuel, 2021, 672 pages), définit le phénomène comme « le développement d'interférences entre des postures et des thèmes d'extrême droite, de droite, de centre, de gauche modérée ou de gauche radicale ». Le mot clé est interférences : on ne parle pas d'alliance, mais de contamination thématique.
Le mécanisme central
Corcuff identifie une dynamique décisive : la dissociation entre critique sociale et émancipation. Quand la critique se détache de son horizon émancipateur (égalité, liberté, solidarité), elle dérive vers le ressentiment, la victimisation, l'amalgame. On sait contre quoi on est, plus pour quoi. Et cette vacance est remplie par des schémas qui n'ont rien d'émancipateurs — l'ordre, la pureté, le chef, le bouc émissaire.
C'est exactement ce qui distingue une critique de gauche d'une critique récupérable par l'extrême droite : la première vise des structures à transformer, la seconde désigne des coupables à éliminer.
Ce que le confusionnisme n'est pas
- Le débat. On peut s'engueuler à gauche sans être « rouge-brun ».
- La critique d'Israël. Elle est non seulement possible, mais nécessaire.
- L'analyse des rapports de force. C'est même le point de départ de toute pensée critique.
Le problème commence quand on remplace l'analyse par une dramaturgie : un « eux » tout-puissant, un « nous » pur, et une explication totale qui dispense de vérifier.
2. Trois étages à distinguer (sinon on tape à côté)
On confond souvent tout. Pour être utile, il faut séparer trois niveaux.
A) La convergence organisée (rare, mais réelle)
Là, c'est du « rouge-brun » au sens strict : réseaux, canaux, événements, logiques de captation. Alain Soral et son mouvement Égalité & Réconciliation (fondé en 2007) incarnent cette convergence explicite : le slogan « Gauche du travail, droite des valeurs » assume le mélange. Soral s'est lui-même défini comme partisan d'un « national-socialisme à la française » (condamné plus de vingt fois pour antisémitisme, injures raciales et incitation à la haine).
On n'est pas dans « l'influence diffuse » : on est dans des circuits organisés, avec une stratégie de recrutement ciblant des publics déçus de la gauche.
B) Les adhérences idéologiques (le gros du sujet)
Ici, ce n'est pas forcément de la mauvaise foi. Corcuff parle d'« adhérences confusionnistes » : des positions sincèrement de gauche qui, par certaines pentes argumentatives, deviennent récupérables par l'extrême droite — sans que leurs promoteurs s'en rendent compte.
On garde un langage de gauche… mais on importe des réflexes :
- le « peuple » pur vs « les traîtres »
- l'obsession de la « décadence »
- l'ennemi désigné comme essence (banquier, cosmopolite, lobby, médias…)
- le culte du chef, de l'ordre, de la force
La « trumpisation » des gauches
L'élection de Trump en 2016 a été un révélateur et un accélérateur. Corcuff identifie trois énoncés idéaux-typiques partagés, à des degrés divers, par des figures de gauche :
- « La victoire du Peuple contre les élites » — Mais le « Peuple » fantasmé par les ultraconservateurs (homogénéisé, national, fermé) n'a rien à voir avec un peuple en marche vers l'émancipation.
- « Les ennemis des médias sont (presque) mes amis » — Mais la critique conspirationniste des médias (manipulations cachées, il suffit d'être « contre » pour être dans le vrai) n'est pas une critique émancipatrice visant à transformer les structures.
- « Le national, c'est le Bien ; le mondial, c'est le Mal » — Mais la focalisation sur le national, dans un contexte où les usages ultraconservateurs de « la nation » sont puissants, risque de leur ajouter de la force.
Ces énoncés ne sont pas intrinsèquement d'extrême droite. Mais dans le contexte actuel d'extrême-droitisation, ils créent des interférences risquées : confusion entre usages essentialistes et usages émancipateurs du « peuple », entre critique obscurantiste et critique progressiste des médias.
Quelques cas emblématiques :
Michel Onfray illustre une trajectoire complète. Philosophe libertaire et hédoniste dans les années 2000, il glisse vers un souverainisme de plus en plus marqué. En 2020, il fonde la revue Front Populaire, dont le titre évoque la gauche antifasciste mais dont les contributeurs mêlent gauche et droite souverainistes. En 2021, il déclare envisager un soutien à Éric Zemmour. Le parcours montre comment une critique de la « gauche morale » peut dériver vers des positions indiscernables de la droite réactionnaire.
Jean-Claude Michéa fait l'objet chez Corcuff d'un « diagnostic balancé ». D'un côté, ses travaux sont « stimulants » : sa critique de « la religion du Progrès » et son exploration de la common decency orwellienne (la décence ordinaire des milieux populaires) enrichissent la réflexion émancipatrice. De l'autre, sa thèse centrale — l'« unité logique » entre libéralisme économique et libéralisme politique — est « historiquement fragile » et constitue une porte d'entrée vers des positions conservatrices. En fustigeant globalement « le libéralisme » (y compris les droits individuels), Michéa fournit des arguments circulables vers la droite. Ses textes sont lus et valorisés aussi bien dans l'anarchisme et les gauches radicales que par Élisabeth Lévy, Éric Zemmour ou Alain Soral. Une « génération Michéa » désigne même, selon l'essayiste ultraconservateur Alexandre Devecchio, les jeunes catholiques traditionnalistes mobilisés avec la Manif pour tous. Corcuff conclut néanmoins que Michéa « ne mérite pas l'étiquette infamante de "rouge-brun" » que lui a accolée Jean-Loup Amselle — mais l'inquiétude reste « légitime ».
Frédéric Lordon incarne un cas plus complexe — et plus troublant. Figure intellectuelle majeure de la gauche radicale, économiste devenu philosophe, blogueur au Monde diplomatique depuis 2008, il bénéficie d'une audience considérable et d'une légitimité de gauche rarement questionnée. C'est précisément ce qui rend ses glissements efficaces.
Le logiciel national. Dans Imperium (2015), Lordon développe une théorie spinoziste du politique où l'« affect commun » crée l'« appartenance » et où « l'homogène et l'hétérogène s'agencent dans un rapport hiérarchique ». Son architecture conceptuelle valorise systématiquement l'appartenance, l'identité, le national, les « inscriptions territoriales » — et dénigre symétriquement l'hétérogène, l'internationalisme « abstrait », la « désaffiliation ». Dans La Malfaçon (2014), l'Europe est déclarée « constitutionnellement de droite ». La solution ? Nationale. Il s'agit, écrit-il en 2013, de « faucher la nation au FN ».
Le problème : cette stratégie de compétition attractive avec l'extrême droite sur son propre terrain ne l'affaiblit pas — elle la renforce. La relégitimation élargie du référent national profite à ceux qui en ont fait leur fonds de commerce. On ne gagne pas contre l'extrême droite en jouant sur son terrain. Les proximités deviennent d'ailleurs troublantes : Lordon cosigne avec Emmanuel Todd (qui essentialise les différences culturelles franco-allemandes), travaille dans les mêmes cercles que Jacques Sapir — lequel finira par envisager publiquement, en 2015, une alliance allant de la gauche radicale au Front national.
La dissolution de l'extrême droite. En 2018, Lordon écrit que le « macronisme » est « par essence » un « illibéralisme », qu'il contient une « part d'extrême droite », et que ceux qui ont fait « barrage » en 2017 se sont « chié dessus ». Si le néolibéralisme et l'extrême droite sont fondamentalement la même chose, alors l'extrême droite n'est plus une menace spécifique. Les digues conceptuelles qui permettent de situer les discours — et donc de combattre efficacement le fascisme — sont précisément ce que Lordon s'efforce de dissoudre.
La relativisation de l'antisémitisme. En octobre 2017, Lordon publie un article où il présente la mise en cause de l'antisémitisme comme une « bombe atomique » utilisée pour disqualifier « toute critique du capitalisme ou des médias ». L'antisémitisme aurait été important hier — aujourd'hui, l'invoquer relèverait surtout d'un « procédé » de disqualification. Et « l'ignominie de principe », dans sa phrase, ce n'est pas l'antisémitisme : c'est le fait de l'invoquer. Ce texte paraît au moment même où s'ouvre le procès d'Abdelkader Merah.
Sa pensée, pour des raisons qui lui appartiennent (nous ne sommes pas là pour psychanalyser les cuistres), contient sous la discursivité volubile ses contradictions, et exalte sous couvert d'amoralité une morale qu'il assène depuis son surplomb — donnant un blanc-seing à qui voudra manger dans la même gamelle lorsqu'elle sera servie par l'extrême droite. Et puis, comme les autres, il relègue l'antisémitisme au passé et présente sa dénonciation comme un procédé de disqualification — ce qui revient au même.
À force d'affaiblir les digues avec l'extrême droite, il a contracté le goût de la négation et le transmet à l'envi, à la Fabrique et dans le Diplo, depuis plus de dix ans. L'antisémitisme est grave oui, mais il ne mord plus. Mais imaginons un instant qu'il morde encore, voire qu'il déferle : ne serait-il pas transgressif, celui qui claironnerait son déni ? La transgression pour la transgression, la radicalité des saillies et la confusion des idées, Frédéric Lordon est edgy.
Précision importante
La question n'est pas de savoir si Lordon ou Michéa sont « d'extrême droite » — ils ne le sont pas. La question est : que produit leur discours ? Quand on dissout les catégories qui permettent de situer l'extrême droite, quand on présente la vigilance contre l'antisémitisme comme un procédé de disqualification, quand on joue sur le terrain national en espérant le « faucher » à l'adversaire — on ne combat pas l'extrême droite, on lui prépare le terrain. Les intentions n'y changent rien. Soral assume ; eux construisent des passerelles sans le vouloir. Et quand on tombe dans le ravin, c'est souvent par le complotisme — et ça commence souvent avec les Juifs. Présenter la vigilance contre l'antisémitisme comme une « bombe atomique » entre leurs mains, arrêter de penser « système », « continuum », « dominant/dominé », « rapports de force », « poids de l'histoire », bref parler des Juifs en refusant de commencer à penser les Juifs, c'est déjà en être là.
Quant à la question pourquoi font-ils ça ? Ca les regarde. Mais quel que soit l'angle par lequel on analyse la situation, l'un inspire la droite, l'autre assène des contre-vérités.
Étienne Chouard incarne une version « cool », bon enfant et citoyenne du confusionnisme — celle qui mène pourtant aux zones les plus sombres. Révélé en 2005 par son opposition au Traité constitutionnel européen, promoteur infatigable du référendum d'initiative citoyenne (RIC), Chouard a longtemps bénéficié d'une image de démocrate radical inoffensif. Mais son œcuménisme revendiqué (« je m'alimente en idées partout où il y a des humains qui réfléchissent ») l'a conduit vers Soral, vers la complaisance envers le négationnisme, vers des propos sur Faurisson. Le trajet est complet : de la critique des institutions à l'antisémitisme, en passant par la case « on peut discuter avec tout le monde ».
Le plus troublant : Chouard a eu des échos jusque dans la gauche radicale. François Ruffin lui a rendu hommage en décembre 2018 à l'Assemblée nationale, le qualifiant d'« homme de conviction » ayant « semé » l'idée du RIC « depuis la trahison de Lisbonne ». Quand un député Insoumis célèbre publiquement quelqu'un qui flirte avec le négationnisme, les digues ne sont plus poreuses — elles sont percées.
On se retrouve avec des militants de gauche politisés par Chouard en 2005 ou par Usul dans les années 2010 — lequel a fait découvrir Chouard aux plus jeunes par une vidéo laudative, avant de publier un texte mou quand on lui a rappelé les accointances avec Soral — persuadés que l'antisémitisme qu'on leur signale est une manipulation. Et avec des militants plus jeunes pour qui Chouard n'est pas un camarade, mais pour qui l'antisémitisme reste un procédé de disqualification, et pas une oppression systémique bimillénaire. Tout pousse pourtant à dire qu'il faudrait s'y mettre.
Jean-Luc Mélenchon incarne la « trumpisation » de la gauche radicale française. Corcuff identifie chez lui trois « tuyaux rhétoriques confusionnistes » : la victoire du peuple contre les élites, l'hostilité systématique aux médias (« 93 % de couverture négative ! »), et la valorisation du cadre national. Mélenchon va jusqu'à tracer une parenté entre Trump et Sanders sous le concept d'« ère du peuple » — fascination révélatrice pour ce qui, chez l'adversaire, « performe ».
Le logiciel national-républicain. Mélenchon construit un identitarisme d'inspiration hobbesienne où l'unité nationale prime sur la pluralité. En 2018, face au manifeste de Mediapart sur les migrants, il affirme « croire au bon usage des frontières » — formule qui le rapproche des positions souverainistes. Cette logique nationale-républicaine le conduit vers des positions ambiguës : ses interventions sur le burkini (qualifié d'« étendard d'un projet politique ») témoignent d'une méconnaissance des pratiques musulmanes ordinaires et véhiculent des amalgames proches de l'islamophobie républicaine.
Les dérapages conspirationnistes. Lors des perquisitions au siège de LFI en octobre 2018, Mélenchon dénonce une « police politique » et un « coup monté », devant les caméras, dans une mise en scène victimaire qui rappelle les pires habitudes trumpiennes. Plus grave : il construit publiquement un « complot » s'étendant « du grand rabbin d'Angleterre aux réseaux du Likoud » pour expliquer la campagne d'accusations d'antisémitisme contre lui. Cette rhétorique — qui fait des organisations juives les agents d'une cabale — emprunte une pente savonneuse.
L'équivalence Macron = Le Pen. Elle progresse chez les dirigeants LFI, Mélenchon finissant par reconnaître « plus d'humanisme » chez Marine Le Pen que chez Macron. Ce relativisme, qui dissout la spécificité de l'extrême droite, a des effets mesurables : les sondages montrent une progression spectaculaire du vote Le Pen chez les électeurs de Mélenchon, passant de 7 % en 2012 à 17 % en 2022. Quand Corcuff écrit que « les tergiversations sémantiques et politiques de Mélenchon ont contribué à affaiblir les défenses immunitaires de la gauche radicale face à l'extrême droite », il décrit un processus dont les effets sont quantifiables.
C) La viralité (la machine à brouillard)
Même sans stratégie, certains formats circulent parce qu'ils sont « efficaces » : punchlines, indignation, micro-vidéos, « révélations ». Les algorithmes récompensent les explications simples, les ennemis uniques, les récits fermés.
Un thread Twitter sur « le complot des élites » performe mieux qu'une analyse de 15 pages sur les mécanismes de la financiarisation. Ce n'est pas un jugement moral : c'est une économie de l'attention.
3. Les thèmes-passerelles : par où ça passe
Corcuff identifie des thèmes-passerelles qui fonctionnent comme des chevaux de Troie idéologiques. Ces thèmes ne sont pas « de droite » en eux-mêmes, mais leur formulation peut les rendre circulables d'un bord à l'autre :
| Thème | Version critique légitime | Version récupérable |
|---|---|---|
| Souverainisme | Critique des traités européens austéritaires | « La nation » comme solution totale, dénigrement de tout internationalisme |
| Critique des médias | Analyse des structures de propriété, des biais | « Les médias » comme bloc uniforme, sans distinction (qui ? pour dire quoi ?) |
| Anti-mondialisation | Critique du libre-échange, des délocalisations | Rejet de tout « cosmopolitisme », fantasme d'autarcie |
| Critique du « politiquement correct » | Refus de la novlangue managériale | Véhicule pour des propos hostiles aux féministes, antiracistes, LGBTQI+ |
| Critique du libéralisme | Analyse du néolibéralisme économique | Amalgame entre libéralisme politique (droits individuels) et néolibéralisme (dérégulation) |
| Complotisme démographique | Critique des politiques migratoires | « Grand Remplacement » orchestré par une élite (souvent codée juive) |
| Obsession de la « décadence » | — | Schéma réactionnaire importé dans un discours « critique » |
| Populisme de gauche | Construction d'un « nous » populaire contre les oligarchies | Logique binaire ami/ennemi, Mal unique (le néolibéralisme), culte du leader |
Le piège du « populisme de gauche »
Le « populisme de gauche » théorisé par Chantal Mouffe et Ernesto Laclau a eu des échos chez Podemos en Espagne et La France insoumise. L'idée : construire un « peuple » contre « l'oligarchie », transformer l'adversaire en ennemi clairement identifié, assumer une conflictualité frontale.
Le problème : Mouffe puise explicitement chez Carl Schmitt — juriste ultraconservateur et antisémite allemand, membre du parti nazi à partir du 1er mai 1933 — sa définition de la politique comme opposition « ami/ennemi ». Elle propose de « penser avec Schmitt contre Schmitt », mais l'influence schmittienne a réduit comme peau de chagrin la place du libéralisme politique (droits, pluralisme) dans sa pensée, favorisant un manichéisme où tout se ramène à un Mal unique : le néolibéralisme.
Ce manichéisme a des effets concrets. Quand Mouffe refuse de parler d'« extrême droite » ou de « néofascistes » pour des partis comme le RN, préférant les qualifier de « partis populistes de droite » face auxquels elle oppose un « populisme de gauche », le parallèle tend à piéger la gauche : on ne gagne pas contre l'extrême droite en se plaçant sur son propre terrain et dans son cadre de pensée.
Par ailleurs, Laclau justifie le caractère central du leader dans l'unification du peuple — ce qui rapproche dangereusement cette théorie des schémas ultraconservateurs du chef providentiel.
Le cas du « Grand Remplacement »
Le « plan Kalergi » (théorie néonazie popularisée par Gerd Honsik en 2005) et le « Grand Remplacement » (Renaud Camus, 2010-2011) illustrent parfaitement le complotisme transversal. L'historien Nicolas Lebourg note que Camus a « vidé la formule de son antisémitisme explicite » pour la rendre mainstream — mais la version complotiste (« orchestré par… ») reste ancrée dans le mythe du complot juif.
Ces théories circulent aussi bien à l'extrême droite que dans certains cercles « antisystème » de gauche. Le mécanisme est toujours le même : on passe d'un constat (évolution démographique) à une intention (un « plan »), puis à un agent (une élite cachée).
Le test : si ta critique peut être reprise telle quelle par Zemmour, Soral ou le RN sans changer une virgule, c'est qu'il manque un cadre — pas forcément que tu es « comme eux », mais que tu es en train de leur faire le boulot.
4. Quand la grille précède l'analyse
On ne s'attardera pas ici sur ce qui rend ces mécanismes cognitivement désirables. On reste sur le terrain politique : comment certains réflexes, à force d'être répétés, finissent par remplacer l'analyse qu'ils étaient censés servir.
Le réflexe, c'est ce qu'on pense sans y penser. Le dogme, c'est la parole d'une figure reconnue comme autorité — qui, si elle est confuse, propage la confusion. Les deux se renforcent : le réflexe prépare le terrain, le dogme le légitime.
Quelques questions qui permettent de distinguer l'analyse du réflexe :
- « Je critique la finance mondiale » — quelle finance ? quels mécanismes ? Si la réponse est « les Rothschild » plutôt qu'une analyse des flux de capitaux, la grille a précédé l'enquête.
- « Je suis anticapitaliste » — oui, mais lequel ? Celui qui sait ce qu'il vise, pourquoi, comment — ou celui qui répète le mot comme un mantra, au risque de ne plus savoir que désigner des coupables ?
- « Les médias ont un biais » — quel média ? Possédé par qui ? Pourquoi aurait-il ce biais ? Existe-t-il des études ? Si la réponse est « parce que les Juifs contrôlent les médias », ce n'est plus une analyse — c'est un préjugé qui se fait passer pour une.
Critiquer la finance, le capitalisme ou les médias est légitime et nécessaire. Le problème commence quand le mot remplace l'analyse au lieu de l'ouvrir — quand un vocabulaire qui sonne radical dispense de penser radicalement.
(Pour l'analyse de comment un mot passe de concept à slogan — voir Tétines et doudous.)
5. Le cœur du piège : quand l'anticapitalisme devient un récit de persécution
C'est le point le plus important — et le moins confortable, donc souvent sauté.
L'extrême droite prospère quand on transforme une critique sociale en mythologie :
- au lieu de structures → des « marionnettistes »
- au lieu de classes et d'institutions → une caste occulte
- au lieu de contradictions réelles → un plan unique
Pourquoi l'antisémitisme colle si bien à l'anticapitalisme dévoyé
L'historien marxiste Moishe Postone a formulé une idée décisive dans « Anti-Semitism and National Socialism » (1986) : l'antisémitisme moderne fonctionne comme une forme fétichisée d'anticapitalisme.
Une partie de la gauche critique le capitalisme comme on critique un mauvais film — en s'en prenant au réalisateur plutôt qu'au système de production.
Le capitalisme a deux dimensions :
- une dimension concrète (usines, travail, production, exploitation visible)
- une dimension abstraite (finance, circulation, capital intangible, domination invisible)
L'antisémitisme saisit uniquement la dimension abstraite — le pouvoir intangible du capital — et la personnifie en la projetant sur les Juifs. On s'attaque à la finance (abstraite, « juive ») en épargnant la production (concrète, « nationale »).
C'est pour ça que Drumont en 1886 (La France juive) et les banderoles « Macron = Rothschild » des Gilets jaunes en 2018 utilisent le même schéma : le Juif comme incarnation visible de l'abstraction capitaliste.
Le cas des Gilets jaunes. Le mouvement de 2018-2019 illustre ce mécanisme. L'antisémitisme y était minoritaire mais persistant : stigmatisation des Rothschild, présence de Dieudonné sur certains rassemblements, quenelles photographiées devant des symboles républicains, rumeurs sur les « vrais maîtres » de Macron. Ce qui frappe : la tolérance médiatique et politicienne à ces manifestations antisémites. Quand un mouvement bénéficie d'un consensus favorable — « les vrais gens » contre « les élites » —, l'antisémitisme qui s'y exprime devient invisible ou excusable. Corcuff note cette asymétrie : la même expression aurait été immédiatement dénoncée dans un autre contexte.
La rhétorique lordonienne de la disqualification par l'accusation d'antisémitisme (« bombe atomique ») s'est banalisée dans ces milieux. Quand des figures de gauche radicale délégitiment la vigilance contre l'antisémitisme, elles fournissent un cadre de justification à ceux qui, sur le terrain, reprennent les mêmes arguments.
Test : Quand tu dénonces « les Rothschild », « la finance apatride », « Davos et ses maîtres » — est-ce que tu dénonces aussi Bezos, Musk, Arnault ? Ou seulement les noms qui « sonnent » d'une certaine façon ?
Pourquoi ça marche ?
Le complot offre ce que l'analyse refuse : un visage à haïr, un coupable à punir, une solution simple. C'est cognitivement économique. Ça donne une satisfaction émotionnelle que la critique structurelle ne donne pas — parce que la structure n'a pas de visage.
C'est un anticapitalisme qui ne remet rien en cause. On attaque les « banquiers cosmopolites » sans toucher aux rapports de production. On personnifie le système au lieu de l'analyser. C'est confortable, émotionnellement satisfaisant — et parfaitement stérile.
C'est exactement ce que vise la formule du « socialisme des imbéciles » : ce n'est pas du socialisme, c'est un raccourci mental qui rend la colère gouvernable… par les pires.
(Pour l'analyse appliquée aux codes langagiers, voir Dog whistles et codes. Pour la trajectoire d'un mot vers le ciblage, voir Tétines et doudous.)
6. Le campisme : quand l'anti-impérialisme devient un distributeur automatique
Le campisme, c'est la version géopolitique du même mécanisme : « Dis-moi qui est l'ennemi des États-Unis, je te dirai qui soutenir. »
Ça donne une boussole simple, donc séduisante. Problème : elle fabrique des aveuglements très prévisibles :
- minimisation des crimes d'un camp « utile »
- relativisme systématique (« oui mais… »)
- surinterprétation de tout en preuve d'un complot occidental
- mépris des voix dissidentes dans les peuples concernés
Le mécanisme
Catherine Samary (NPA) définit ce piège : « désigner un ennemi principal — impérialiste et retranché à Washington — et, en face, un autre "camp", progressiste parce que lui résistant. » C'est oublier que Poutine, Xi Jinping ou Assad ne sont pas « anti-impérialistes » : ils sont d'autres impérialismes ou d'autres autoritarismes.
Exemples du mécanisme en action
L'objectif ici n'est pas de viser tel ou tel parti, mais de montrer comment une grille analytique produit mécaniquement certaines positions — parfois à l'encontre des intentions affichées.
Sur l'Ukraine. La grille campiste « anti-OTAN = progressiste » a produit, dans plusieurs courants de gauche, des positions où la responsabilité américaine était mise en avant au détriment de celle de la Russie — y compris après l'invasion de février 2022. Le mécanisme est documentable : quand la grille devient automatique, elle prime sur l'analyse des faits.
Sur la Syrie. Les débats internes au NPA sur la caractérisation du régime Assad ont montré des fractures comparables : fallait-il soutenir « l'opposition » au risque de faire le jeu de l'impérialisme américain, ou condamner Assad au risque de « s'aligner » sur l'Occident ? La grille campiste rendait la question insoluble.
Sur la Chine. Certains courants du PCF ont longtemps hésité à qualifier la répression des Ouïghours, au motif que la Chine représenterait un « contrepoids » à l'hégémonie américaine.
Dans chaque cas, le mécanisme est le même : la grille précède l'analyse. On sait d'avance qui est le « bon » camp, et les faits sont triés en conséquence.
7. Histoire longue : oui, il y a eu des « gauchismes » antijuifs
L'objectif ici n'est pas le tribunal moral (« la gauche = antisémite »), mais l'autodéfense intellectuelle : savoir par où ça passe, pour ne pas y passer soi-même.
XIXe siècle : anticapitalisme + bouc émissaire
Chez certains fondateurs du socialisme français, on trouve des formulations explicitement antijuives, où « le Juif » est réduit à une figure d'usure, de corruption, de parasitisme.
Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), père de l'anarchisme, a laissé dans ses Carnets des passages d'une violence extrême : « Juifs. Faire un article contre cette race, qui envenime tout [...] Le juif est l'ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie, ou l'exterminer. » (26 décembre 1847, édition Haubtmann, 1960). L'historien Michel Dreyfus note que si Proudhon « n'a pas mis l'antisémitisme au cœur de sa pensée », il fut néanmoins « un des premiers penseurs français à utiliser la dimension raciale ».
Alphonse Toussenel publie en 1845 Les Juifs, rois de l'époque, ouvrage qui « a joué un rôle décisif dans l'élaboration du stéréotype associant les Juifs à la grande banque et au capitalisme » (Dreyfus). Toussenel fut le premier à « réunir la féodalité industrielle au juif cosmopolite » et à évoquer « une vaste conspiration internationale ».
Gustave Tridon, disciple de Blanqui, radicalise l'antisémitisme dans Du molochisme juif (1867) : « Les Sémites [sont] le mauvais génie de la terre. » Maurice Dommanget le qualifie de « pionnier de l'antisémitisme en France ».
Pour une synthèse historique rigoureuse, l'ouvrage de Michel Dreyfus, L'antisémitisme à gauche. Histoire d'un paradoxe, de 1830 à nos jours (La Découverte, 2009), fait référence.
Années 1930 : la « dérive fasciste »
Jacques Doriot (1898-1945) incarne le passage du PCF au fascisme. Élu député de Saint-Denis à 26 ans, membre du Présidium du Komintern, il est exclu du Parti communiste en 1934. Il fonde le Parti Populaire Français (PPF) en juin 1936, qui reprend la structure du PCF tout en développant un antisémitisme croissant. Si Doriot déclare initialement que son parti « n'est pas antisémite », il écrit en 1941 : « Le Juif n'est pas un homme. C'est une bête puante. »
L'historien Philippe Burrin a documenté ces trajectoires dans La Dérive fasciste : Doriot, Déat, Bergery, 1933-1945 (Seuil, 1986). L'idée clé : ce n'est pas la critique sociale qui mène au fascisme, c'est la manière dont on désigne la cause du mal (structure ou bouc émissaire) et le type de solution (émancipation ou ordre).
8. La Vieille Taupe : quand l'ultra-gauche flirte avec le négationnisme
Sujet pénible, donc souvent contourné — mais incontournable si on veut être sérieux.
La librairie La Vieille Taupe, fondée en 1965 par Pierre Guillaume (ancien de Socialisme ou Barbarie), diffusait initialement les textes de l'Internationale Situationniste et du mouvement ouvrier révolutionnaire. Le basculement vers le négationnisme s'opère à la fin des années 1970.
Le mécanisme
Le texte « Auschwitz ou le grand alibi » (1960), paru dans Programme communiste, présente le génocide comme un « alibi » de la bourgeoisie. Pierre Vidal-Naquet analyse : « Pour La Vieille Taupe, les camps d'extermination ne pouvaient pas avoir existé puisque, en bonne logique, ils ne devaient pas avoir existé » — le génocide ne rentrant pas dans la grille d'analyse marxiste purement économique.
Le basculement ne s'est pas fait par sympathie nazie, mais par une logique perverse : si le génocide « sert » le capitalisme en culpabilisant la critique, alors le nier devient un acte de « résistance ». C'est absurde — mais c'est cohérent dans un cadre où tout est ramené à la lutte des classes, et où ce qui ne rentre pas dans la grille n'existe pas.
La diffusion
En 1980, Pierre Guillaume republie Robert Faurisson. Serge Thion, sociologue au CNRS, publie Vérité historique ou vérité politique ? compilant le « dossier Faurisson ». Thion sera révoqué du CNRS en novembre 2000 pour avoir « remis en cause l'existence de crimes contre l'humanité ».
Le cas ne serait qu'une curiosité historique s'il n'avait pas essaimé. Les thèses négationnistes, d'abord confinées à un cercle ultra-gauche, ont été reprises par l'extrême droite, puis ont circulé dans la « dissosphère » contemporaine — où elles côtoient le complotisme anti-vaccins, le souverainisme et l'antisémitisme décomplexé. Dieudonné, Soral, et une galaxie de sites et chaînes YouTube ont popularisé des versions édulcorées de ces thèses, souvent sous couvert d'« antisionisme ».
Les travaux de Valérie Igounet (Histoire du négationnisme en France, Seuil, 2000) et de Pierre Vidal-Naquet (Les Assassins de la mémoire, La Découverte, 1987) documentent ce phénomène.
9. Depuis le 7 octobre 2023 : accélérateur, pas origine
Le 7 octobre 2023 a déclenché une séquence où plusieurs choses se sont superposées :
- l'horreur des massacres ciblant des civils
- une guerre à Gaza qui nourrit (légitimement) une indignation massive
- en France, une flambée d'actes antisémites (+284% sur l'année 2023, +1000% dans les semaines suivant le 7 octobre)
(Pour les données détaillées et leur analyse méthodologique, voir Des mots aux actes, section 6.)
Le mécanisme du glissement
Le mécanisme n'est pas mystérieux :
Identification affective totale avec les Palestiniens (légitime)
Transfert de cette identification sur le Hamas comme « seul acteur de résistance » (problématique)
Incapacité à tenir deux choses à la fois : solidarité avec Gaza ET reconnaissance du caractère antisémite du 7 octobre
Utilisation de « sioniste » comme mot-valise permettant de viser — parfois — des Juifs en tant que Juifs, tout en maintenant une dénégation plausible
Quand l'indignation (légitime) face à Gaza devient totale, elle efface tout le reste. Le Hamas devient « la résistance » parce qu'il est le seul acteur armé. Les victimes du 7 octobre deviennent « des colons » parce que ça simplifie la grille. Et « sioniste » devient un mot qui permet de cibler sans avoir l'air de cibler.
Le débat sur la caractérisation du Hamas
Des enquêtes d'opinion ont tenté de mesurer les attitudes envers le Hamas dans différents électorats. Ces données ont été contestées méthodologiquement (formulation des questions, échantillonnage) et ne doivent pas être lues comme des mesures fiables. Elles indiquent néanmoins l'existence d'un débat réel sur la caractérisation du Hamas — organisation dont la charte fondatrice est explicitement antisémite — dans certains milieux militants.
Ce débat n'est pas anecdotique : la manière dont on nomme le Hamas (« terroriste » ? « résistance » ? « mouvement de libération » ?) détermine en partie ce qu'on peut dire ensuite.
Le point politique
On peut soutenir les droits des Palestiniens et refuser les crimes de guerre sans tolérer, minimiser ou relativiser la haine antijuive en France. Les deux combats ne sont pas concurrents : ils se tiennent ensemble, ou ils se trahissent.
10. Sept tests pour ne pas se faire voler sa colère
Sans devenir « police du vocabulaire », on peut se protéger avec des réflexes concrets.
Test 1 : Substitution
Remplace « les sionistes » par « les Juifs ». Si ça devient abject, ce n'est pas « juste un malentendu ».
Nuance importante : ce test ne dit pas que « sioniste » = « juif ». Il dit : si la phrase ne tient que parce qu'on a remplacé « juif » par « sioniste », alors le mot sert de couverture, pas de précision.
(Ce test est développé dans « Dog whistles et codes de l'antisémitisme », section 5.)
Test 2 : Singulier (anti-essentialisation)
Si tu dis « les médias », « les Juifs », « les Arabes », « les journalistes », « les musulmans »… tu mens déjà un peu. Parle au singulier : quel média ? quel groupe ? quelle personne ? quelle institution ?
S'il n'y a pas de réponse, il n'y a pas d'enquête : il y a une incantation.
Test 3 : Dénominateur
Un chiffre sans période, sans source, sans méthode, c'est un slogan.
Test 4 : Causalité
« Depuis X, alors Y » n'est pas « X cause Y ». Cherche l'élément intermédiaire.
Test 5 : « Qui gagne quoi ? »
Une critique sérieuse identifie intérêts, structures, rapports de force. Une critique confusionniste invente un « chef d'orchestre ».
Test 6 : Symétrie morale minimale
Tu peux contextualiser sans excuser. Si tu n'arrives plus à dire « crime » quand ça vient de « ton camp », tu as perdu ta boussole.
Test 7 : Récupérabilité
Si ta phrase peut être reprise telle quelle par Zemmour, Soral ou le RN, sans changer une virgule, c'est qu'il manque un cadre — pas forcément que tu es « comme eux », mais que tu es en train de leur faire le boulot.
11. Position : ni tiède, ni sectaire
OUI
- La critique sociale
- L'internationalisme
- La liberté de critiquer Israël
- La lutte contre le racisme anti-arabe et l'islamophobie
- La colère
NON
- Le complot comme explication totale
- Le campisme automatique
- L'amalgame « Juif = sioniste = coupable »
- La tolérance pour l'antisémitisme
- La haine comme boussole
On ne combat pas l'autoritarisme en recyclant ses réflexes.
Sources principales
Sur le confusionnisme et les passerelles idéologiques
- Philippe Corcuff, La grande confusion. Comment l'extrême droite gagne la bataille des idées, Textuel, 2021, 672 p.
- Jean-Loup Amselle, Les nouveaux rouges-bruns. Le racisme qui vient, Lignes, 2014
Sur l'antisémitisme comme anticapitalisme fétichisé
- Moishe Postone, « Anti-Semitism and National Socialism », 1986 (trad. fr. disponible)
Sur l'histoire de l'antisémitisme à gauche
- Michel Dreyfus, L'antisémitisme à gauche. Histoire d'un paradoxe, de 1830 à nos jours, La Découverte, 2009
- Pierre-Joseph Proudhon, Carnets, éd. Haubtmann, 1960
- Alphonse Toussenel, Les Juifs, rois de l'époque, 1845
- Philippe Burrin, La Dérive fasciste : Doriot, Déat, Bergery, 1933-1945, Seuil, 1986
Sur le négationnisme d'ultra-gauche
- Valérie Igounet, Histoire du négationnisme en France, Seuil, 2000
- Pierre Vidal-Naquet, Les Assassins de la mémoire, La Découverte, 1987
Sur le complotisme démographique
- Nicolas Lebourg, travaux sur le « Grand Remplacement » et ses circulations
Sur les actes antisémites récents
- SPCJ, Rapport 2023 sur l'antisémitisme en France
- SPCJ, Rapport 2024 sur l'antisémitisme en France
- Ministère de l'Intérieur, données 2024 (via Le Monde)
Dernière mise à jour : décembre 2025 — Dossier de l'Observatoire Doykayt