Dog whistles : le racisme sans en avoir l’air
Comment un message parle différemment à plusieurs publics
En juin 2021, Dominique Delawarde refuse de nommer devant les caméras de CNews le groupe auquel il attribue le contrôle des médias. Il parle de « la communauté que vous connaissez bien ». La formule est reprise sur Twitter et Telegram, parfois accompagnée de la question « Qui ? ». Deux mois plus tard, une pancarte apporte sa réponse : des noms juifs, Rothschild, des « traîtres » et une puissance cachée derrière la politique sanitaire.
Le changement d’échelle s’est produit sous les yeux de milliers de personnes. On peut suivre la circulation de la formule et les réponses qu’elle a reçues, au lieu de deviner ce qu’un mot aurait voulu dire.
Une périphrase devient un code
À partir de l’été 2021, « la communauté que vous connaissez bien » se détache de sa citation d’origine. Elle ne renvoie plus au général qui l’a prononcée : elle désigne les Juifs, et voyage avec des accusations de pouvoir médiatique, de corruption et de renversement de l’ordre social. Laura Gärtner et Sybille Große ont suivi ce glissement dans environ 90 000 messages de neuf chaînes Telegram et dans un corpus de tweets. Des images, des GIF et des mèmes y font parfois le travail à la place de la formule.
Le 7 août 2021, à Metz, la question « Mais qui ? » figure en tête d’une pancarte. La composition relie une liste de personnalités, des références à Rothschild et le mot « traîtres » à une explication complotiste de la crise sanitaire. Le 20 octobre, le tribunal correctionnel de Metz condamne l’autrice à six mois d’emprisonnement avec sursis pour provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l’origine, de l’ethnie ou de la religion. Un certificat daté du 24 novembre 2021 constate qu’aucun appel ni aucune opposition n’ont été formés contre le jugement.
Le tribunal n’a pas condamné un pronom interrogatif, et la chercheuse ne l’a pas classé par intuition. Dans un cas, toute la pancarte fournit la cible et l’accusation. Dans l’autre, des milliers de messages montrent la naissance d’une convention et la manière dont son public l’interprète. La question « qui ? » appartient à la langue ordinaire, et le code antisémite réunit une pièce complète, un milieu d’usage et un second sens que certains destinataires savent reconstruire.
La reprise par le milieu concerné ferme une autre objection. En 2023, Égalité et Réconciliation commémore la séquence comme la vidéo du « Qui ?! », annonce une émission intitulée C’est parti mon qui-QUI ?! et ironise sur des « pronoms interdits ». Un article antérieur du même site répondait à la question par une sélection de propriétaires ou responsables juifs de médias et par la « communauté qu’on veut nous interdire de nommer ». Le code vient ici du corpus soralien lui-même : son propre média conserve la scène, lui donne un nom et en fournit la réponse. Un compte pouvait ensuite reprendre la question seule et laisser ses abonnés fournir le nom que les pièces explicites de ce milieu avaient déjà donné.
Le 21 juin 2025, le Bal des quenelles distingue Dominique Delawarde à titre posthume. Quatre ans après son « Qui ? », l’écosystème qui avait immédiatement traduit l’allusion l’intègre à son palmarès. Cette consécration tardive documente une réception : le code a été reconnu comme un signe d’appartenance assez durable pour valoir une récompense.
Deux publics, deux lectures
Un dog whistle, littéralement un sifflet à chien, offre une lecture ordinaire au public général et un second message à un sous-public. Ce second message peut désigner une cible, reprendre un préjugé ou signaler que l’auteur appartient au même monde politique que les initiés.
Trois objets voisins doivent rester distincts. Un propos antisémite peut être parfaitement explicite et n’avoir rien d’un message codé. Un shibboleth classe la personne qui emploie ou refuse le bon mot. Un fétiche dispense de fournir une preuve ou une réponse. Une même formule peut remplir plusieurs fonctions, mais l’analyse doit montrer laquelle elle remplit dans le cas étudié.
Jennifer Saul sépare deux hypothèses que l’on confond volontiers : les signaux reconnus par les initiés, et les messages susceptibles de rendre une association raciale saillante sans être consciemment identifiés comme tels. Elles ne se paient pas au même prix. Une convention, une cible et une allusion s’établissent sur la pièce et sur son milieu d’emploi. Affirmer qu’un mot a « activé » un préjugé dans l’esprit du public suppose une mesure de réception que presque aucun dossier ne contient.
L’intention forme un dossier distinct. Un code peut être repris par habitude, imitation ou maladresse. Une consigne, des échanges avec le public visé ou la répétition du procédé après explication de son sens établissent une stratégie. Le message publié, lui, se juge d’abord par ce qu’il donne effectivement à comprendre dans son contexte.
On ne traque pas des mots, on met en évidence une connivence raciste
« La communauté que vous connaissez bien » est documentée dans un corpus français daté, et les reprises montrent que la périphrase a servi de substitut à « les Juifs ». Dans un message nouveau, cette histoire ne suffit pourtant pas : la formule peut être citée pour raconter sa circulation ou pour dénoncer ses auteurs. Une convention s’établit une fois ; un endossement se prouve occurrence par occurrence.
Pas besoin de les formaliser pour qu’une meute forge ses codes
Le rapport 2022 de la Commission nationale consultative des droits de l’homme reproduit un commentaire français publié sous une vidéo YouTube. L’ancien emploi d’Emmanuel Macron chez Rothschild y côtoie des « marionnettistes », une caste apatride et un projet de domination mondiale. Le nom « Rothschild » ne porte pas seul cette conclusion. L’ensemble remplace des décisions et des acteurs identifiables par un pouvoir juif coordonné qui agirait derrière eux.
Une critique factuelle de la banque Rothschild, de ses dirigeants ou du parcours de Macron ne fait pas cette opération. Elle peut nommer un contrat, une décision, un intérêt ou une somme. Le sous-entendu complotiste les remplace par l’identité supposée des personnes et par une volonté collective cachée.
Les formules ambiguës
« Lobby », « mondialiste », « Soros », « Rothschild » et « sioniste » peuvent participer à des récits antisémites. Ils peuvent aussi désigner une activité d’influence, une doctrine, une personne ou une institution réelles. Tant que la pièce ne fournit ni référent collectif, ni convention, ni accusation proprement antisémite, le classement reste ouvert.
Remplace, à titre d’essai, « les sionistes » par « les Juifs ». Si la phrase conserve la même accusation et fait apparaître une responsabilité collective, une essence ou un pouvoir caché, l’hypothèse d’un mot de couverture doit être instruite. Si la substitution change l’objet ou rend la phrase incohérente, elle fournit un contre-exemple.
Limite : ce test ne démontre pas qui est visé. Le référent doit encore être établi par la pièce, son contexte ou un usage documenté. Le résultat ouvre ou ferme une hypothèse ; il ne qualifie jamais le propos à lui seul.
« Les sionistes contrôlent les médias » réactive, après substitution, un trope classique et appelle l’examen du référent. À l’inverse, « cette organisation sioniste défend la création d’un État juif » perd son objet politique si l’on remplace « sioniste » par « juive ». Dans ce second cas, le mot peut être descriptif. Le contexte reste décisif dans les deux cas.
Cette suspension n’est pas une indulgence. Le classement ouvert indique exactement les pièces manquantes et le fait qui permettrait de conclure. Il protège aussi la critique politique : un dictionnaire qui classerait les mots à la place des phrases rendrait suspecte toute enquête sur une banque, un groupe de pression ou un mouvement nationaliste.
L’article Antisionisme et antisémitisme applique cette exigence au mot « sioniste ». Il distingue les doctrines et les organisations que le mot peut réellement désigner de ses usages qui inventent aux Juifs une loyauté ou une puissance.
Un langage d’initiés
Le code ne sert pas seulement à cacher. Il récompense ceux qui l’ont compris : reconnaître la référence, rire avant les autres, regarder un contradicteur peiner à établir ce qui vient d’être suggéré. Ce plaisir est aristocratique au sens strict : il partage la scène entre le petit nombre qui sait et une foule supposée assez naïve pour prendre les mots au pied de la lettre, et il tient autant à la cible humiliée qu’à la supériorité des initiés. Une ethnographie de trente militants d’un réseau suédois d’extrême droite le décrit dans ce milieu : le rire y sépare ceux qui « ne comprennent pas la blague », resserre le groupe, puis permet de présenter la phrase comme une plaisanterie mal reçue. C’est pour cela qu’aucun dictionnaire n’est nécessaire : un plaisir qui doit être partagé oblige le milieu à enseigner son propre code, et c’est cette pédagogie qu’on lit ci-dessous.
Un signe doit être appris pour circuler. Quelqu’un l’explique, un autre le revendique, et cette pédagogie interne reste consultable. Les pièces les plus solides viennent de là, et aucun lexique construit de l’extérieur ne les remplace.
Soral fournit lui-même la traduction
Dans une étude de 2017, Julien Giry relève plusieurs noms donnés au même ennemi dans l’univers conspirationniste d’Alain Soral : « lobby sioniste », « communauté organisée dont il faut taire le nom », « communauté de lumière » et « communauté qui a souffert plus que les autres ». Ces périphrases ne sont pas rapprochées parce qu’elles se ressemblent. Leur auteur les emploie dans le même récit de domination juive des médias, de la politique et de l’économie.
Une vidéo de Soral sur le Covid, diffusée en 2020, rend la substitution presque impossible à nier. Il énumère des patronymes perçus comme juifs, parle de « Liste de Schindler », puis attribue une prise de pouvoir dans la médecine, le spectacle, la politique et l’économie à la « communauté de lumière », enfin qualifiée de « parasitaire et prédatrice ». La séquence fournit le référent, le préjugé et la traduction. Dans ce corpus, la périphrase est un code documenté.
Hors de ce milieu, les mots « communauté » et « lumière » ne disent évidemment rien de tel, et leur usage ordinaire ne devient pas suspect par contamination. C’est la convention forgée par Soral, le récit qui l’accompagne et, dans la vidéo de 2020, sa propre explication qui permettent de conclure. Ce que les années Soral ont laissé restitue la doctrine et les formes de socialisation politique auxquelles ces codes appartenaient.
Dans la Dieudosphère, la blague reconnaît son public
Une étude de commentaires consacrés à Dieudonné en 2020 constate que ses défenseurs recourent souvent aux plaisanteries internes de ses spectacles. La comparaison est éclairante : dans un corpus français sur Kanye West, en 2022, le soutien est plus souvent direct et ne forme pas la même communauté de références. Chez Dieudonné, comprendre le clin d’œil montre déjà que l’on connaît ses sketches, ses controverses et les sanctions présentées par le groupe comme des persécutions.
« Shoananas » ne relève pas du sous-entendu lorsqu’on chante la chanson : le mot et les paroles tournent la Shoah en dérision. Un ananas dessiné sur un vêtement ou glissé dans une image condense la référence lorsque la composition renvoie à Dieudonné et à cette chanson.
Personne n’a besoin de tenir le dictionnaire
Comment une traduction collective se transmet-elle quand nul ne l’enseigne ? Une étude de 2025 portant sur 1,26 million de messages publiés par environ 34 500 comptes dans deux communautés Reddit liées à QAnon, entre décembre 2017 et septembre 2018, en donne une idée. Les termes de son lexique explicite figuraient dans 0,66 % des messages, ceux de son lexique implicite dans 8,6 % ; moins de 7 % des comptes avaient employé le premier registre, et plus d’un quart n’avait employé que le second. Dans un échantillon de 246 phrases où les deux registres coexistent, les termes implicites renvoient très souvent aux Juifs ou à des récits antisémites. Les auteurs avancent que ces cooccurrences peuvent apprendre au groupe le sens de ses propres codes, sans qu’un chef ait à distribuer la clé : les participants voient les associations, les reprennent, les déplacent. Leur dispositif repère des mots et non des verdicts, dans deux communautés anglophones : « cabal » ou « globalist » peuvent avoir un emploi sans référent juif, et ce que chaque compte a compris reste hors de sa portée.
Un code circule, puis mute
Le déploiement d’un vocabulaire… et de son imaginaire, en dehors des sphères complotistes
En 2022, le projet Decoding Antisemitism a analysé 1 953 commentaires français publiés sous des contenus consacrés aux propos de Kanye West. Les allusions observées ne venaient plus seulement de la soralosphère ou de la dieudosphère. Des internautes parlaient du « peuple élu », des « intouchables », d’« une seule communauté » qui commanderait, ou encadraient « ils » de triples parenthèses. « Mais qui ? » était appliqué à une nouvelle affaire. Le code avait survécu au contexte sanitaire qui l’avait popularisé.
Le même corpus documente « dragons célestes », emprunté à One Piece pour désigner les Juifs comme une caste riche, cruelle et intouchable. Cet usage était public avant la controverse qui allait le faire connaître au-delà de ces milieux : en octobre 2023, BFMTV en retrouvait des occurrences à partir de 2020 et montrait que des internautes donnaient eux-mêmes la traduction.
Un terme explicite est plus facile à rechercher, à signaler et à filtrer qu’une périphrase ou une référence partagée par un petit groupe. Les conditions d’utilisation, le risque de suspension et le coût social d’un propos ouvert pèsent donc sur le vocabulaire d’un groupe. Quand « dragons célestes » est devenu trop facile à repérer, certains comptes sont passés au japonais « Tenryubito », puis à d’autres détours tirés du même univers. Aucun organisateur n’a eu besoin d’annoncer le nouveau code : les réponses, les captures et les sanctions montrent à chacun quels mots exposent le groupe et quels substituts restent compris.
Une analyse de discours d’Annabelle Seoane, menée sur des sites et forums d’extrême droite en 2023 et 2024, retrouve aussi « Judoka », construit sur la première syllabe de « Juif », ainsi que des pronoms sans référent et des noms propres supposés faire comprendre seuls l’identité visée. Le vocabulaire se déplace, la cible et le récit demeurent.
Ces inventions ne sont pas toutes assez stables pour entrer dans un lexique. « Golem » sert dans certains corpus à désigner un non-Juif supposé agir au service des Juifs, mais Seoane observe un emploi différent dans son corpus français. Une variation pareille impose de conserver le fil et les usages du groupe au lieu de mémoriser une traduction unique.
Le même signe peut changer de camp
La quenelle montre comment un geste peut acquérir un second sens sans le porter depuis toujours. Dieudonné l’emploie d’abord dans un sketch de 2005. Après sa liste « antisioniste » aux européennes de 2009, il l’installe dans son univers politique et ses sympathisants diffusent en ligne des photos où ils la reproduisent. L’étude de Sara Amadori montre que cette circulation en fait un signe de ralliement contre un ennemi commun désigné tantôt comme le « système sioniste », tantôt comme les Juifs.
Le contexte fixe la portée du geste. Une pose isolée peut rester un hommage à l’humoriste ou une provocation « antisystème » sans cible précise. Devant une synagogue ou un lieu de mémoire de la Shoah, avec un texte antijuif ou au milieu d’une série qui fournit la cible, la composition change ce que le geste accomplit. Les initiés peuvent y reconnaître l’hostilité que le public général se voit encore proposer comme une simple insolence. Le même geste peut aussi servir de signe d’appartenance entre sympathisants. Il fonctionne alors à la fois comme message codé et comme preuve de reconnaissance interne.
Les triples parenthèses ont fait le trajet inverse, du signe de harcèlement au signe revendiqué par
ses cibles. En 2014, un podcast antisémite américain ajoute un effet d’écho aux noms juifs. Au
printemps 2016, la graphie (((nom))) se répand en ligne pour signaler des personnes perçues comme
juives, notamment dans des campagnes de harcèlement contre des journalistes.
Le transfert en français est documenté des deux côtés de la conversation. En 2018, Jeune Nation
explique à ses lecteurs que ces parenthèses signalent la judéité aux seuls initiés, puis critique le
procédé parce qu’il resterait invisible au grand public. Le texte remplace (((Georges Soros))) par
une accusation explicite contre ce qu’il appelle le « judaïsme politique ». Quatre ans plus tard, le
corpus français consacré à Kanye West retrouve le signe dans un commentaire Facebook qui attribue
déjà aux Juifs le contrôle du monde : (((ils))) y confirme le référent sans le créer. Le premier
document enseigne la convention, le second en atteste l’usage.
Des personnes juives et leurs soutiens reprennent ensuite le signe dans leur propre pseudonyme pour le retourner contre les harceleurs. La forme reste identique. L’auteur, la cible, le public et l’acte accompli ont changé.
Une liste de symboles vieillit donc mal. Dès qu’un code devient public, il peut être abandonné, déplacé, tourné en dérision ou réapproprié. Une entrée utile conserve la forme exacte, la période, la langue, la plateforme, le milieu, une pièce complète, un contre-exemple et les réappropriations connues. Sans cette mémoire, un lexique ne fournit qu’une piste.
Les cas exemplaires
Les pièces précédentes viennent de milieux qui assument leur code et le traduisent eux-mêmes. Les dossiers qui suivent n’offrent pas cette commodité : le mot y garde un usage légitime, ou la personne mise en cause contredit la lecture qu’on fait de sa publication.
Le risque d’abus existe. C’est pourquoi le sujet ne classe pas. Critiquer l’occupation, la colonisation, les bombardements, une idéologie sioniste ou l’action d’une organisation pro-israélienne n’est pas un code antisémite. Le seuil est franchi par une opération distincte, comme attribuer les actes d’un État aux Juifs, viser une personne parce qu’elle est juive ou réintroduire le complot du pouvoir juif sous un autre nom.
L’exemple mondial par Soros (Rothschild aurait fonctionné aussi)
George Soros finance réellement des organisations et des causes politiques. Une enquête peut donc établir un bénéficiaire, un montant, un calendrier et l’usage de cet argent. Le nom ne devient pas antisémite parce que l’homme est juif, ni parce que le financement déplaît.
Le basculement porte sur le travail demandé au nom propre. Un financement documenté explique une action bornée. Le Soros du récit conspirateur explique à lui seul une manifestation, une migration, une décision de justice, une épidémie et la conduite de gouvernements distincts. Sur 628 chaînes françaises d’information et d’actualité de YouTube, une recherche a rassemblé près de deux millions de commentaires publiés en 2020 et l’y retrouve dans des récits qui relient francs-maçons, finance, « mondialistes », sionisme et domination secrète. Dans les commentaires de la « contre-information », Bill Gates et lui sont même donnés comme pilotes d’un plan unique réunissant faux virus, vaccination, 5G et contrôle de la population. Cette étude exploratoire cartographie un espace numérique ; elle ne mesure ni l’opinion française ni le sens de toute mention de Soros.
Le double public se forme ensuite sans effort. Des messages explicites apprennent que Soros incarnerait la puissance juive, puis son nom peut circuler seul : le public général lit « milliardaire libéral », les habitués rétablissent « Juif qui commande ».
Quand le capitalisme prend un visage poursuit l’analyse lorsque le nom propre ne sert plus seulement de code, mais remplace les contrats, les institutions et les rapports de propriété qu’une critique sociale devrait décrire.
David Guiraud : le code se juge dans la publication
Le 1er janvier 2024, un compte annonce sur X que l’Observatoire juif de France dépose une plainte contre David Guiraud. Le député lui répond par un extrait de One Piece sous-titré « ils ont envoyé un assassin pour me faire taire ? ». Le personnage représenté, Doflamingo, est un ancien dragon céleste. Le message original a été supprimé ; une capture ultérieure en conserve la composition, et France Inter en a raconté la publication le lendemain.
La lecture littérale existe. Guiraud emploie régulièrement One Piece. Dans le manga, les dragons célestes sont l’aristocratie héréditaire issue des familles qui ont fondé le Gouvernement mondial, et Doflamingo est un dissident poursuivi par les puissants. L’œuvre ne fait pas de ces personnages une allégorie des Juifs.
La publication réelle ajoute pourtant ce que l’œuvre ne contient pas. Guiraud répond à une organisation juive et transforme l’annonce d’une plainte en envoi d’un assassin pour le réduire au silence. Or l’emploi de « dragons célestes », puis de « Tenryubito », pour désigner les Juifs comme une caste riche et intouchable était documenté et publiquement traduit avant janvier 2024. Pour le public initié, la juxtaposition reformait exactement ce code.
Guiraud a répondu que les dragons célestes étaient une « alliance militaire de gens puissants ». Cette description est fausse dans l’univers du manga, où ils descendent des souverains fondateurs. Elle répond surtout à une accusation que personne n’avait besoin de soutenir : le code réside dans la réutilisation sociale des personnages, pas dans l’intention d’Eiichiro Oda. Le sens littéral explique l’image ; le destinataire et la convention publique fournissent son second sens.
La publication fonctionne donc comme un dog whistle antisémite : une lecture ordinaire présente le député en dissident, tandis qu’un public familier du code peut reconnaître dans l’organisation juive la caste qui dépêche un assassin. L’acte publié suffit à ce classement. La connaissance personnelle de la convention par Guiraud reste inaccessible dans la capture, et son parcours politique n’entre pas dans le verdict : la publication de janvier 2024 se juge sur sa composition et sur un code antérieur documenté.
Lesquen et le mot « cosmopolite »
Henry de Lesquen est un mauvais exemple de dissimulation constante : nombre de ses propos racistes ou antijuifs sont parfaitement explicites. Il fournit pourtant un bon test pour les mots à double usage. « Cosmopolite » a une histoire politique et un sens qui ne se réduisent pas aux Juifs. Le qualifier automatiquement de code antisémite rendrait impossible toute discussion sérieuse du cosmopolitisme.
Dans les textes de Lesquen, le corpus d’auteur modifie l’analyse. En 2015, il décrit une « oligarchie cosmopolite » appuyée sur trois « coteries », la première étant dite juive et représentée par le CRIF. En 2016, il défend l’emploi du mot à propos de Bernard Kouchner tout en soulignant son origine juive. Dans un texte de 2025, il affirme encore que le rôle de plusieurs Juifs dans le cosmopolitisme ne serait pas un hasard et disculpe la campagne stalinienne contre les « cosmopolites » de tout antisémitisme. On n’a donc pas besoin de deviner ce qu’il associe au mot. Chaque occurrence reçoit ensuite son verdict selon la cible et le récit où Lesquen la place.
Connaissez-vous bien votre « grand remplacement » ?
La théorie du « grand remplacement », formulée sous ce titre par Renaud Camus en 2011, vise d’abord les immigrés non européens et particulièrement les musulmans. Son racisme n’a pas besoin d’un sens caché ni d’une cible juive. La classer automatiquement comme dog whistle antisémite ferait manquer ce qu’elle dit ouvertement.
Dans une partie de l’extrême droite, un second étage apparaît pourtant : les immigrés seraient la masse visible du remplacement, les Juifs ses organisateurs. Le corpus YouTube de la CNCDH en donne une occurrence française explicite, où un « lobby sioniste immigrationniste » est accusé de prendre le parti des non-Blancs pour détruire la population blanche. Aux États-Unis, les slogans de Charlottesville en 2017 puis l’attentat contre la synagogue Tree of Life en 2018 ont rendu cette version meurtrière parfaitement lisible.
Ce montage attribue deux places dans le même récit : les musulmans sont traités comme une invasion sans individualité ; les Juifs comme les metteurs en scène cachés de cette invasion. Le second étage est établi lorsqu’un acteur, une organisation ou une convention fournit cette direction juive cachée.
Refaire le raisonnement
Lorsque le message circule sans son fil d’origine, son auteur ou ceux qui le relaient peuvent s’en tenir au sens littéral : « Vous voyez des Juifs partout, je n’ai jamais prononcé le mot. » Parfois, la défense est juste. Le contexte a été perdu, une dénonciation a été prise pour un endossement ou l’expression n’avait pas le sens allégué. Parfois, le message a placé sous les yeux des initiés tous les éléments nécessaires et gardé pour les autres une lecture inoffensive. Le déni n’arrive donc pas seulement après le message : il est l’une des manières dont le message circule.
Le déni a une valeur probante nulle. Le transformer en confirmation rendrait l’accusation impossible à réfuter. Le transformer en réfutation offrirait à tout message codé une immunité de fait. La charge reste sur l’analyse, et elle se conduit en six gestes.
- Conserver la pièce entière. Archiver l’URL, la date, l’image, le fil et le message auquel elle répond. Une capture rognée peut supprimer le référent ou l’endossement.
- Nommer la cible. Qui sont « ils », « la communauté » ou les personnages du montage ? La pièce ou une convention sourcée doit fournir la réponse.
- Établir le second sens et son milieu. Où, quand et par qui cet usage est-il attesté ? Une ressemblance ouvre une recherche, elle ne la conclut pas.
- Observer la réception disponible. Les réponses reprennent-elles la cible ou le préjugé attendu ? Cette réception confirme une convention ; l’intention de l’auteur demande une pièce qui lui soit propre.
- Formuler la meilleure lecture contraire. Le message vise-t-il une personne, une institution ou un acte précis ? Est-il cité, détourné ou dénoncé ?
- Borner le verdict. La qualification du message, l’intention de l’auteur, l’effet sur le public et le droit sont quatre conclusions différentes.
Aucun barème ne remplace ces preuves
Un indice très discriminant peut suffire. Dix rapprochements faibles peuvent ne rien établir. Un code conventionnel, une allusion établie par la composition et une formule encore ambiguë ne reçoivent pas le même verdict.
Ces exigences bornent aussi les détecteurs automatiques. Le corpus de 6 941 tweets anglophones annoté par Gunther Jikeli et ses collègues conserve délibérément le contre-discours, les signalements et les messages qui parlent d’antisémitisme sans l’endosser, afin de documenter les faux positifs. Images et fils de discussion ont accompagné l’annotation lorsqu’ils étaient disponibles. Il s’agit d’une prépublication, sur un corpus présélectionné par mots-clés et annoté à partir de la définition de l’IHRA. Un tel corpus sert à repérer des pièces à examiner ; la reconstitution de chaque acte exige ensuite son image, son fil et sa réception.
Face à un cas, trois gestes sont déjà utiles : archiver sans rogner, demander qui est visé et par quel acte, puis soutenir la cible sans donner au code une publicité gratuite. Le diagnostic se révise si le signe n’a pas l’usage allégué, si le contexte impose un autre sens ou si la personne le cite sans l’endosser. Il se renforce lorsque le milieu reconnaît la convention, que les réponses déploient le préjugé attendu et que la cible a été choisie pour sa judéité. Une accusation qui saute l’étape du second message devient une police des mots. Une ambiguïté laissée sans examen garde le message disponible pour les initiés et offre aux profanes une sortie littérale. Ce sont les pièces qui tranchent entre les deux.
Repères : quelques exemples
Un signe n’est jamais un verdict. Trois questions décident : la forme exacte est-elle là ; le milieu qui l’emploie l’a-t-il déjà traduite ; le message fait-il représenter par ce mot une puissance juive collective et cachée ? Une réponse manquante, et l’entrée n’est qu’une piste.
88 et 14/88Dans ce jargon, 88 dit « Heil Hitler » par la huitième lettre de l’alphabet, et 14 renvoie aux « quatorze mots » du suprémaciste David Lane. En France, Maxime Brunerie publie sur internet « Mort au ZOG ! 88 ! » en 2002, avant sa tentative d’assassinat de Jacques Chirac ; le message est rapporté à son procès (La Dernière Heure, 7 décembre 2004 ; Le Monde, 16 juin 2004).
ZOGZionist Occupation Government, l’État prétendument occupé par les Juifs. Même pièce française.
109/110Les Juifs auraient été « expulsés de 109 pays », et le pays du locuteur est appelé à devenir le cent dixième. Aucune pièce française dans notre corpus.
Early lifeLa rubrique des biographies de Wikipédia anglophone où l’on va « vérifier » une origine juive avant de s’en prendre à quelqu’un (4chan, 2014 ; X, 2024). Le cousin américain de « Mais qui ? », instruit en ouverture de cet article.
Globaliste, mondialisteNéologisme apparu au début des années 1980 dans l’extrême droite antijuive (Jean-Yves Camus). Le mot seul ne dit rien : « les patriotes aux mondialistes », Lyon, 5 février 2017, n’a pas de référent. Il en a un quand il relie Soros, Attali ou Rothschild à une domination secrète, comme dans les commentaires YouTube de 2020. Cas-limite : le 9 janvier 2024, Virginie Joron, eurodéputée RN, écrit d’un Premier ministre d’origine juive nommé le jour même qu’il est « adoubé par l’élite mondialiste de Bilderberg » ; le message est supprimé peu après. Le référent vient du dehors, la phrase ne le porte pas.
SorosUn financement documenté se critique ; le nom bascule quand il explique tout à lui seul. « Le milliardaire qui complote contre la France » (une de Valeurs actuelles, 10 mai 2018) ; « cet homme est un criminel contre les États », il « devient le chef de notre État contre notre volonté et même à notre insu » (Marine Le Pen, Valeurs actuelles, 20 février 2020) : des récits totalisants sans référent juif écrit, lus publiquement comme tels (Raphaël Glucksmann, le 9 mai 2018 : « Le protocole des sages de Sion, version 2018 »). Le référent est écrit dans les commentaires YouTube de 2020 et sur les affiches hongroises de 2017.
Sources principales
- La Dépêche avec l’AFP, « “La communauté que vous connaissez bien” : enquête ouverte sur un ex-général », 18 juin 2021. L’article conserve la vidéo de la séquence CNews, le verbatim et l’interruption de l’entretien.
- Laura Gärtner et Sybille Große, « La communauté que vous connaissez bien et son usage dans des réseaux socionumériques comme dénomination pour un groupe stigmatisé », SHS Web of Conferences, vol. 191, 2024. L’étude porte sur environ 90 000 messages de neuf chaînes Telegram et sur un corpus Twitter.
- Égalité et Réconciliation, « QUI a le pouvoir et QUI est l’ennemi », 15 août 2021, et « Devoir de mémoire : l’appel du 18 juin 2021 », 18 juin 2023. Ces pièces primaires établissent l’appropriation et le décodage de « Qui ? » dans ce milieu ; elles n’établissent rien sur une occurrence extérieure à ce corpus.
- Conspiracy Watch, « Bal des quenelles », chronologie des éditions et palmarès, dont la distinction posthume de Dominique Delawarde en 2025. La source établit la réception institutionnelle du « Qui ? » dans cet écosystème.
- Tribunal correctionnel de Metz, jugement du 20 octobre 2021, n° 1773/2021.
- Commission nationale consultative des droits de l’homme, La lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, année 2022, p. 222.
- Charles de Dampierre et al., L’empreinte antisémite dans l’espace YouTube français, étude annexée au rapport 2020 de la CNCDH. Le corpus comprend 628 chaînes et près de deux millions de commentaires de 2020 ; il cartographie cet espace et ne représente pas la population française.
- Dana B. Weinberg et al., « Hidden in plain sight: antisemitic content in QAnon subreddits », PLOS One, 2025. L’étude porte sur deux communautés Reddit liées à QAnon ; elle ne mesure pas les usages français ni le sens de toute mention de Soros.
- Jennifer Saul, « Dogwhistles, Political Manipulation, and Philosophy of Language », 2018, et Dogwhistles and Figleaves, 2024.
- Robert Henderson et Elin McCready, « Dogwhistles: Persona and Ideology », 2021.
- Sara Amadori, « La “quenelle”. Valeurs symboliques et rhétoriques d’une insulte gestuelle », Mots. Les langages du politique, n° 110, 2016. L’article retrace la politisation et la diffusion virale du geste sans lui attribuer un sens antisémite automatique hors contexte.
- Julien Giry, « Le “complotisme 2.0”. Une étude de cas de vidéo recombinante : Alain Soral sauve Glenn et Tara dans The Walking Dead », Quaderni, n° 94, 2017, p. 41-52.
- Nathalie Peeters, Infodémie, Mémoire d’Auschwitz, 2020, p. 24-25, pour la transcription de la vidéo de Soral sur le Covid et pour l’emploi de l’ananas par Dieudonné.
- Égalité et Réconciliation, « Le commissaire politique sioniste Gilles Lellouche insulte les stars nationales Brigitte Bardot et Alain Delon », 23 avril 2019. Le texte fournit lui-même le référent de « communauté de Lumière ».
- Matthias J. Becker et al., Decoding Antisemitism, second discourse report, 2021, pour les plaisanteries internes dans les commentaires consacrés à Dieudonné, et report 5, 2023, p. 12-15, pour les 1 953 commentaires français consacrés à Kanye West.
- Annabelle Seoane, « Rouages implicitatifs et discours extrémistes : dialogiser, inférer, idéologiser », Studii de lingvistică, vol. 14, n° 2, 2024, p. 129-156. Son corpus exploratoire d’environ 200 000 mots rassemble dix supports d’extrême droite ; il documente des procédés, pas leur fréquence dans l’ensemble de l’Internet français.
- BFMTV, « “Tenryubito” : comment les dragons célestes de One Piece sont devenus une expression antisémite », 23 octobre 2023. L’article documente l’explication explicite du code sur des forums, des emplois antérieurs à la controverse Guiraud et le déplacement vers le terme japonais.
- France Inter, « L’art ambigu du dog whistle », 2 janvier 2024, sur la publication ensuite supprimée de David Guiraud, son explication et la controverse. Une reproduction ultérieure de la capture complète conserve le message auquel il répond et le sous-titre de l’extrait ; le billet qui l’héberge est une source militante, pas une enquête indépendante. L’Observatoire juif de France déclarait encore en janvier 2026 avoir engagé une procédure distincte sur cette publication, sans en indiquer l’issue. La relaxe et l’appel évoqués dans ce communiqué concernent une autre affaire.
- VIZ Media, « Discover Dressrosa, part 2 », 2013. Cette présentation officielle de One Piece définit les dragons célestes comme les familles des vingt souverains fondateurs du Gouvernement mondial.
- Henry de Lesquen, « Analyse en 10 points du système politique actuel », 16 août 2015, « Immigration : les mots pour le dire », 27 juin 2016, et « Dissertation sur le cosmopolitisme », 20 mai 2025. Ces sources primaires établissent ses propres associations, pas le sens général du mot « cosmopolite ».
- Jeune Nation, « Notre seul devoir est de nommer l’ennemi », 5 juillet 2018. Cette pièce primaire explique la convention des triples parenthèses à son propre public et en critique la dissimulation.
- Bibliothèque nationale de France, notice de Le Grand Remplacement, 2011, et Mattias Ekman, « The great replacement: Strategic mainstreaming of far-right conspiracy claims », Convergence, 2022.
- Matthias J. Becker et al., Decoding Antisemitism, report 5, 2023, et Matthias J. Becker, Hagen Troschke, Matthew Bolton et Alexis Chapelan (dir.), Decoding Antisemitism, 2024. Le projet analyse plus de 130 000 commentaires en français, allemand et anglais. Son cadre prend l’IHRA comme point de départ : nous retenons ses pièces contextualisées, pas son autorité de classement.
- Anti-Defamation League, fiche sur les triples parenthèses, avec avertissement sur les usages de dénonciation et de réappropriation.
- Gunther Jikeli, Sameer Karali, Daniel Miehling et Katharina Soemer, « Antisemitic Messages? A Guide to High-Quality Annotation and a Labeled Dataset of Social Media Posts », prépublication arXiv, 2023.
- La Dernière Heure, « Je voulais tuer Chirac », 7 décembre 2004, compte rendu du procès de Maxime Brunerie : l’accusation y cite le message publié sur internet avant le 14 juillet 2002 et en explicite les deux codes. Copie archivée. Le Monde, « Les multiples visages de la haine raciste sur Internet », 16 juin 2004, pour le même message (copie archivée, article payant).
- Anti-Defamation League, « Coded Hate: Extremists Weaponize Seemingly Innocuous Content to Promote Bigotry », section « Early Life Check » ; la page du glossaire « Early Life Check » y redirige. Copie archivée.
- Know Your Meme, « Early Life Wikipedia Section », pour la datation du premier usage repéré sur 4chan, le 27 janvier 2014. Copie archivée.
- Conspiracy Watch, notice « Mondialisme », 1er février 2018, pour la généalogie du terme établie par Jean-Yves Camus. Copie archivée.
- France 24, « Présidentielle : Marine Le Pen oppose les “patriotes” aux “mondialistes” », 5 février 2017, meeting de Lyon. Copie archivée.
- Valeurs actuelles, n° 4250, 10 mai 2018, une « Le milliardaire qui complote contre la France » ; Raphaël Glucksmann, message publié sur X le 9 mai 2018 : « Le protocole des sages de Sion, version 2018. Le remake hongrois vient d’être traduit en Français. » (copie archivée). Sur la controverse : Conspiracy Watch, « “Valeurs actuelles” contre la “machination Soros” », 12 mai 2018 (copie archivée), et Media Diversity Institute, Get The Trolls Out, « Magazine depicts George Soros as a conspirator against France », 27 mai 2018 (copie archivée).
- Valeurs actuelles, « Scandale Soros : Marine Le Pen : “Emmanuel Macron ne peut plus garder le silence” », entretien, 20 février 2020. Copie archivée.
- Virginie Joron, message publié sur X le 9 janvier 2024 à 13 h 33 (10,3 k vues au moment de la prise), supprimé peu après : capture d’écran conservée par nos soins. Sur la suppression : Libre Journal, « Gabriel Attal à Matignon : déluge d’insultes sur le perron », 13 janvier 2024 (copie archivée) ; le message est aussi cité par Médias Citoyens Diois, « Gabriel Attal : la bave des crapules », 23 janvier 2024 (copie archivée).