Chantage à la radicalité
Le Juif comme social-traître : répondre à l’antisémitisme devient une preuve de modération
Le 30 mars 2024, Houria Bouteldja intervient devant une rencontre d’organisations juives anticoloniales à Paris. Dans la transcription publiée le 5 juin par QG décolonial, elle nomme le RAAR, Juives et Juifs révolutionnaires et Golem, puis écrit : « L’offensive des sionistes de gauche dans l’extrême gauche a un seul objectif. » Cet objectif est énoncé une ligne plus loin : « Intimider et faire plier les derniers bastions politiques qui soutiennent la Palestine. » Ces groupes ne sont donc pas seulement réputés se tromper. Ils deviennent les relais de la réaction précisément parce qu’ils signalent de l’antisémitisme dans leur propre camp.
Le dispositif se referme. Accepter l’accusation trahit la Palestine. La formuler révèle le sionisme de celui qui parle. Demander la pièce participe à l’intimidation. Le classement politique de l’accusateur a remplacé l’examen du fait.
Une accusation ne vaut pas par le prestige de celui qui la porte
Des gouvernants, des soutiens du gouvernement israélien et des organisations juives ont assimilé des critiques légitimes d’Israël à la haine des Juifs. Chaque accusation engage donc les pièces qui l’établissent. Le mot « instrumentalisation » exige la même preuve. Répété avant la lecture de la phrase contestée, il devient une immunité accordée à son propre camp.
Deux textes du NPA montrent qu’une autre pratique est possible. En mars 2018, un communiqué dénonce la mise à l’écart de LFI lors de la marche organisée après l’assassinat de Mireille Knoll, faute de pièce permettant l’amalgame entre critique d’Israël et haine des Juifs. En 2021, un article signé reproduit une phrase de Mélenchon sur les « scénarios culturels » du judaïsme, en explique l’essentialisation et demande son retrait. Le dossier complet, objections comprises, est dans Tétines, doudous et fétiches. Ces deux textes établissent seulement qu’un même camp peut réfuter une accusation sans pièce, puis en retenir une autre lorsque la phrase et le critère changent.
Réfuter une accusation
On cite la phrase ou l’acte, on discute le critère employé, on présente l’interprétation la plus solide de chaque côté et on dit ce qui ferait changer le jugement.
Faire jouer la radicalité
On identifie le camp de l’accusateur, on lui attribue un intérêt, puis son accusation devient la preuve qu’il sert les bourgeois, la droite ou les sionistes.
Le raccourci transforme une objection en certificat
Le chantage à la radicalité impose une position politique comme péage avant l’examen d’un fait. Il procède par trois déplacements.
Le premier remplace la pièce par la personne. Au lieu de demander ce qui a été dit, dans quel contexte et avec quel effet, on demande qui accuse. Le second remplace l’argument de cette personne par sa fonction supposée. Elle ne critique plus une phrase : elle protège Israël, discipline le mouvement ou cherche la respectabilité. Le troisième transforme le refus de l’accusation en signe d’appartenance. Plus on la balaie vite, plus on paraît fidèle au groupe et à sa cause.
Trois mécanismes voisins s’arrêtent avant ce troisième déplacement. Le fétiche laisse une cause ou une identité tenir lieu de preuve. Le shibboleth impose une formule pour reconnaître les membres du groupe. Le mécanisme des « victimes sous condition » retire à une plainte sa recevabilité parce qu’elle est portée par une personne juive. Le chantage, lui, invalide l’alerte d’après le camp politique supposé de celui qui la formule. Une même scène peut cumuler ces opérations, mais elles ne répondent pas à la même question.
Ce mécanisme fonctionne aussi sans meneur. Personne n’a besoin d’ordonner le déni. Chacun peut anticiper le coût d’une objection et le bénéfice d’une défense publique. Celle qui insiste risque d’être classée comme modérée, libérale, « communautaire » ou sioniste. Celui qui ridiculise l’alerte manifeste au contraire qu’il ne cède pas. Une réputation politique se construit sur la vitesse à laquelle on sait reconnaître l’ennemi.
Une organisation peut hiérarchiser un grief, assumer un compromis ou établir l’exploitation d’une affaire par un adversaire. Le chantage commence lorsque le rang de l’accusateur fixe la conclusion et rend les faits impuissants à la réviser.
La même règle dans l’autre sens
Une règle de preuve ne vaut que si elle protège aussi ceux que l’on critique. Le décret du 9 mars 2022 a dissous le groupement de fait Collectif Palestine Vaincra sur le fondement du 6° de l’article L. 212-1 du code de la sécurité intérieure. Saisi d’un recours, le Conseil d’État a rejeté la requête le 20 février 2025, et il faut lire ce qu’il a écrit pour le dire exactement.
Il a jugé que « l’antisionisme militant du groupement ne le conduit pas à tenir lui-même des propos à caractère antisémite » et que ses prises de position n’excèdent pas, en tant que telles, les limites de la liberté d’expression protégée par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme. Ce qu’il retient est autre chose : les commentaires agressifs et haineux déposés sur les comptes du groupement, visant « sous couvert de viser les “sionistes” » l’ensemble des citoyens israéliens de confession juive, lui sont imputables faute de modération. Il relève au passage que le décret comportait « certaines inexactitudes matérielles » et prenait en compte « des éléments non pertinents ».
Deux affirmations sont donc fausses, en sens contraire. Dire qu’une juridiction a établi l’antisémitisme de ce collectif est faux : elle a écrit l’inverse sur ses propos propres. Dire qu’elle l’a innocenté est faux aussi : elle a confirmé sa dissolution, sur un manquement de modération. Cette précision ne coûte rien à notre argument, et la refuser lui coûterait tout.
« Faire bloc » : classer les Juifs avant d’examiner leurs alertes
Bouteldja part d’un fait réel : des accusations d’antisémitisme ont servi à délégitimer des mobilisations palestiniennes et à confondre antisionisme et haine des Juifs. Sa réponse accomplit ensuite exactement l’opération qu’elle dénonce. Elle regroupe le RAAR, JJR et Golem sous l’étiquette « sionistes de gauche », malgré leurs positions différentes. JJR se décrit comme révolutionnaire, anticolonialiste et hostile au sionisme comme nationalisme. Ce contenu disparaît derrière le camp que Bouteldja lui assigne.
L’assignation produit aussitôt le motif : ces trois groupes auraient « un seul objectif », « intimider et faire plier » les soutiens de la Palestine. Leur alerte devient une offensive, leur désaccord une preuve de sionisme, leur pluralité une coordination. Bouteldja ajoute que leur problème serait l’absence d’un antisémitisme suffisamment abondant dans les manifestations. Le signalement juif est ainsi renversé en désir d’antisémitisme. Enfin, elle déclare que l’État français et l’extrême droite sont les seuls lieux qui le développent, juste après avoir reconnu que des jeunes peuvent céder au discours antisémite de Soral.
Sa défense la plus forte est réelle : si « développer » signifie produire et organiser durablement un répertoire antisémite, des occurrences dans le mouvement social n’en désignent pas le centre de production. Cette défense solide ne prouve toutefois pas le motif unique qu’elle attribue au RAAR, à JJR et à Golem. Même si l’État et l’extrême droite étaient les seuls producteurs organisés du répertoire, une alerte portant sur sa reprise ailleurs resterait à examiner. Le lieu où une idée s’élabore, les milieux où elle circule et l’acte précis qui la reprend sont trois questions différentes.
Le raisonnement est auto-immunisé. Une occurrence dans le mouvement pro-palestinien devient impossible par définition ; celui qui la documente révèle son appartenance au camp adverse. Cette architecture est aussi antisémite : elle trie des organisations juives selon leur conformité politique, transforme leur parole sur l’antisémitisme en manœuvre collective et invente derrière leurs actes distincts un objectif juif commun.
Bouteldja avance une pièce précise : un tweet du RAAR, vite supprimé, aurait soutenu les révoltes féministes iraniennes en présentant l’Iran comme la « menace numéro un pour Israël ». La capture et le contexte restent introuvables. Cette allégation demeure invérifiable. Une publication fautive du RAAR établirait en outre la faute du RAAR, pas le motif unique attribué à trois organisations.
L’intervention peut dès lors éviter de réfuter séparément les alertes de JJR, du RAAR ou de Golem. Leur motif est annoncé pour elles. Leur pluralité disparaît. Leur insistance confirme qu’elles cherchent à intimider. La pièce qui atteste ce geste est la phrase du corps du texte, « un seul objectif », et le titre donné par QG décolonial à la transcription le résume fidèlement. Le meeting « Faire bloc » avait son cadre propre, posé par les organisations appelantes : prendre un titre de rédaction pour le principe d’une rencontre, ce serait commettre en plus petit l’erreur examinée ici.
La validité d’une accusation du RAAR se juge sur le communiqué, la phrase qualifiée, le critère employé et la raison du désaccord. Le classement préalable remplace cet examen par le nom de l’organisation.
Une opération concertée documentée ou une réfutation séparée des alertes changerait ce verdict. Le texte de Bouteldja ne produit ni l’une ni l’autre.
La Palestine peut rendre la récusation gratifiante
La cause palestinienne engage des vies, des droits et une lutte contre la dépossession. C’est ce qui donne tant de force à son emploi comme preuve de radicalité. Une objection formulée au milieu d’une guerre peut sembler indécente. La traiter paraît détourner l’attention des victimes. Celui qui la repousse montre qu’il n’accepte aucune diversion.
Mais le droit d’un Palestinien à vivre libre et le droit d’un Juif à ne pas être assigné à un collectif puissant ne se retranchent pas l’un de l’autre. Une affiche française, une phrase de meeting ou une attaque contre une association juive peuvent être examinées sans attendre la fin de la guerre. Les Palestiniens ne gagnent rien à ce qu’un militant français prête aux Juifs une puissance cachée ou exige d’eux un désaveu identitaire.
Ce tri portait un nom dans le mouvement de solidarité avec la Palestine : « faire la preuve par la Palestine », rapportait Youssef Boussoumah en 2009, dans un texte d’éloge. La formule nomme le péage d’entrée du chantage et dit pourquoi la récusation y est gratifiante : écarter l’alerte, c’est afficher sa fidélité à la cause avant tout examen. Le dossier complet de cette « preuve », contre-exemples et verdict compris, est dans Tétines, doudous et fétiches.
Ce pouvoir moral explique aussi le coût imposé à des Juifs de gauche. Un non-Juif peut s’opposer aux crimes commis à Gaza sans devoir résoudre publiquement son rapport intime au nationalisme français. Un Juif critique d’Israël peut, lui, être sommé de rompre avec « le sionisme » avant que sa parole sur l’antisémitisme soit reçue. Sa prudence face à un mot chargé par les persécutions soviétiques, les expulsions, le négationnisme et le soralisme est alors interprétée comme une faiblesse politique. L’identité et l’histoire du locuteur peuvent lui donner accès à des faits ou à une expérience. Elles ne décident seules ni de la vérité du témoignage, ni de l’invalidité de son alerte.
Dreyfus était déjà une mauvaise cause pour certains révolutionnaires
L’affaire Dreyfus pose le conflit le plus utile sans servir d’origine unique aux débats actuels. Un officier, bourgeois et membre d’une armée qui avait écrasé la Commune, est condamné à tort dans une société traversée par l’antisémitisme. Pourquoi le mouvement ouvrier devrait-il se mobiliser pour lui ?
La position à réfuter n’est pas une caricature, et elle porte une date. En juillet 1898, le Conseil national du Parti ouvrier français, dont Jules Guesde est secrétaire à l’intérieur et Paul Lafargue secrétaire à l’extérieur, publie un manifeste qui, selon Jaurès, « avertissait les travailleurs, avertissait les prolétaires de ne pas s’engager trop avant dans cette bataille et de réserver leurs forces pour la lutte de classes ». Le motif n’était pas la haine des Juifs. C’était la crainte de dissoudre l’autonomie ouvrière dans une coalition républicaine, doublée d’un conflit sur l’entrée d’un socialiste au gouvernement.
Deux faits interdisent d’en faire une ligne constante. Six mois plus tôt, à la parution de la lettre de Zola, Guesde figurait parmi ceux qui voulaient livrer la bataille, et Jaurès lui prête ces mots : « La lettre de Zola, c’est le plus grand acte révolutionnaire du siècle ! » Ceux qui voulaient rester à l’écart étaient alors les élus modérés du groupe socialiste. Et le manifeste de retrait précède de quelques semaines les aveux du colonel Henry, le 30 août 1898.
Jaurès choisit de démontrer le faux, les manipulations de l’état-major et l’innocence de Dreyfus. Sa réponse tient dans une inférence et non dans un appel au cœur : quand un crime se commet et que le prolétariat, en intervenant, pourrait l’empêcher, s’abstenir le rend complice. Il ne demande pas d’admirer le capitaine, l’armée ou le régime. Il refuse que la classe de la victime décide si le mensonge mérite d’être combattu.
Cette correction ne l’absout pas. En mai 1895, Jaurès écrivait dans La Dépêche que « sous la forme un peu étroite de l’antisémitisme se propage en Algérie un véritable esprit révolutionnaire ». Le 7 juin 1898, engagé pour Dreyfus depuis des mois, il déclarait encore au Tivoli que la « race juive » manie « avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste ». Il ajoutait qu’il fallait briser le mécanisme et non la race ; l’assignation collective, elle, restait en place. Un homme peut donc établir l’innocence d’un Juif accusé à tort et garder, le même mois, le préjugé qui rendait l’accusation croyable.
Cette réponse n’abolit pas la lutte des classes. Elle interdit de s’en servir comme procédure de tri de la vérité. Une cause bourgeoise peut être juste. Une institution juive conservatrice peut porter une accusation exacte. Un révolutionnaire peut produire une défense fausse. La gauche perd son autonomie lorsqu’elle emprunte ses jugements à la bourgeoisie, mais aussi lorsqu’elle les inverse mécaniquement.
« Sioniste » a souvent servi d’exclusion avant d’être une description
Dans l’histoire du mouvement ouvrier, les mots « réformiste », « menchevik », « social-traître » ou « social-fasciste » ont parfois servi à fermer une discussion en assignant une personne à un camp. Ces étiquettes montrent comment un vocabulaire révolutionnaire peut faire passer un classement pour une réfutation. Les cas antisémites étudiés ensuite mobilisent cette fonction dans leur propre contexte.
La controverse entre Lénine et le Bund offre une pièce plus proche du sujet, à condition de tenir la chronologie. Le Bund, parti socialiste juif, combattait le sionisme. Son quatrième congrès, en mai 1901, juge que le terme de nationalité s’applique au peuple juif ; c’est son sixième congrès, en octobre 1905, qui inscrit à son programme l’autonomie nationale culturelle sur une base extraterritoriale. Entre les deux, dans l’Iskra du 22 octobre 1903, Lénine range « l’idée d’une nationalité juive » du côté des sionistes et la déclare « absolument fausse et essentiellement réactionnaire ». Le mot réunit ainsi un projet diasporique antisioniste et le projet auquel il s’oppose, parce que tous deux reconnaissent une existence collective juive que Lénine récuse alors.
Lénine a combattu les pogroms et l’antisémitisme. Dans cette polémique précise, il utilise pourtant « sioniste » comme anathème au prix du sens du mot : une demande diasporique et antisioniste d’autonomie juive est rejetée dans le camp adverse avant l’examen de son contenu. La liquidation stalinienne relève d’une autre séquence et d’un appareil d’État.
Le stalinisme a ensuite donné à cette opération une puissance d’État. Des Juifs communistes, antifascistes ou sans engagement sioniste furent poursuivis comme « sionistes », « cosmopolites » ou agents de l’étranger. En Pologne, en 1968, une campagne dite « antisioniste » chassa des milliers de Juifs d’un pays où beaucoup n’avaient aucun projet d’émigration avant d’en être exclus. Cette histoire et la transformation du mot sont détaillées dans Antisionisme et antisémitisme.
Un collectif militant français n’est pas un État policier. Les échelles et les violences diffèrent radicalement. L’opération de langage demeure comparable : le mot attribue un camp, puis le camp dispense de répondre. Cette récurrence se lit dans les scènes de 1903, de 1968 et des années 2000. Elles appartiennent à trois séquences distinctes ; une transmission continue demanderait des relais que les pièces réunies ici ne documentent pas.
L’accusation qui confirme la croyance
Le collectif Juives et Juifs révolutionnaires rapportait en 2019, dans un entretien à Ballast, que des militants juifs signalant un propos antisémite pouvaient être soupçonnés d’être des « militants sionistes infiltrés ». C’est un témoignage d’expérience, pas une mesure de fréquence, et il suffit à montrer la forme. L’accusation fournit sa propre explication : celui qui parle d’antisémitisme cherche forcément à protéger Israël. Son identité donne le motif, le motif invalide son alerte, l’alerte confirme le motif.
Ce circuit ne devient pas de gauche lorsque « bourgeois », « libéral » ou « colonial » remplace « système ». Il devient seulement plus difficile à reconnaître. Une organisation juive peut être bourgeoise et avoir raison sur une phrase. Un militant antisioniste peut reproduire un imaginaire antisémite. Un adversaire politique peut exploiter une faute réelle. Ces propositions ne sont pas des concessions au centre. Elles décrivent les contradictions ordinaires de la politique.
La diffusion exacte de cette méthode entre extrême droite conspirationniste et gauche radicale demande des relais documentés ; Ce que les années Soral ont laissé distingue les emprunts, les expositions et les convergences sans contact. Les pièces réunies ici montrent l’usage, pas la transmission. La forme voisine la plus courante fait de la plainte elle-même la preuve du pouvoir de qui se plaint : Retourner la Shoah contre les Juifs en suit la version historique, et un grand nom ne remplace pas une preuve traite du cas symétrique, où le prestige de l’accusateur tient lieu de démonstration.
La gauche a besoin de contradicteurs qu’elle ne choisit pas
Un mouvement qui ne reçoit que les alertes formulées par ses membres les plus conformes ne se corrige plus. Les Juifs jugés trop attachés à Israël, trop prudents envers le mot « sioniste », trop institutionnels ou insuffisamment révolutionnaires deviennent inaudibles. Ceux qui restent apprennent à introduire chaque remarque par un certificat palestinien. La hiérarchie du groupe décide alors quelles personnes racisées peuvent décrire le racisme qui les vise.
Le coût dépasse les personnes repoussées. Lorsque la gauche refuse d’examiner ses propres mots, la droite peut se présenter comme la seule force attentive à l’antisémitisme. Elle le fait en défendant parfois Israël contre les Palestiniens, en attaquant les musulmans et sans avoir purgé ses propres préjugés. Le monopole est faux, mais le déni lui offre sa vraisemblance.
Rompre le mécanisme impose quatre gestes même sous pression : isoler la pièce, qualifier ce qu’elle fait, répondre à sa défense la plus forte et nommer le fait qui ferait réviser le jugement. La même règle vaut pour un communiqué du CRIF, une phrase de Mélenchon, un dessin de gauche et une publication du RN.
Ce que nous demandons est donc étroit et vérifiable : qu’aucune fidélité, à l’État d’Israël, à la Palestine, à un parti ou à une tradition révolutionnaire, ne soustraie une pièce à l’examen. En 1898, l’examen a établi l’innocence de Dreyfus. Le retrait réclamé au nom de la cause révolutionnaire n’avait produit ni vérité ni stratégie : seule l’étude des pièces a permis de distinguer le faux du fait.
Sources
- Houria Bouteldja, « Faire bloc contre les sionistes de gauche », intervention du 30 mars 2024, transcription publiée le 5 juin 2024. La source établit ses mots et son argument. Les motifs attribués aux organisations restent des affirmations de Bouteldja. Le titre appartient à la publication, tandis que le cadre du meeting est documenté par les organisations appelantes.
- Tsedek, « Meeting juif international : Faire bloc », présentation par l’une des organisations appelantes. Elle établit le cadre anticolonial de la rencontre, pas les affirmations de l’intervenante.
- NPA, « Expulsion de Jean-Luc Mélenchon et de la FI de la “marche blanche” : la faute aux ignobles amalgames du CRIF », 28 mars 2018.
- Julien Salingue, « À propos de Jean-Luc Mélenchon et des “scénarios culturels du judaïsme” », L’Anticapitaliste, no 589, 4 novembre 2021. Le texte a été mis en ligne le 18 novembre.
- Juives et Juifs révolutionnaires, entretien avec Ballast, 20 mai 2019, pour les positions du collectif et les scènes militantes rapportées. Il s’agit de son expérience déclarée, pas d’une mesure de fréquence dans toute la gauche.
- Collectif Golem, charte d’engagement contre l’antisémitisme, 14 juillet 2024. Le collectif demande d’éviter autant que possible les étiquettes « sioniste » et « antisioniste » dans ses prises de parole publiques.
- Jean Jaurès et Jules Guesde, « Les Deux Méthodes », conférence contradictoire de Lille, 26 novembre 1900, pour le manifeste du Conseil national du Parti ouvrier français de juillet 1898, la phrase attribuée à Guesde sur la lettre de Zola et l’argument de la complicité. C’est un contradicteur qui rapporte ces faits, dans un débat public où Guesde répondait : la source établit la position de Jaurès et la date du manifeste, pas le texte voté par le Conseil national, que nous n’avons pas consulté. Le conflit porte aussi sur l’entrée de Millerand dans le gouvernement Waldeck-Rousseau et ne se réduit pas à l’affaire Dreyfus.
- Jean Jaurès, Les Preuves, La Petite République, 1898, et Société d’études jaurésiennes, « Jaurès et l’antisémitisme », pour l’article de La Dépêche du 8 mai 1895 et le discours du Tivoli du 7 juin 1898.
- Vladimir Ilitch Lénine, « La position du Bund dans le parti », Iskra, no 51, 22 octobre 1903. Pour les décisions du Bund, notice « Bund », qui date de mai 1901 la reconnaissance d’une nationalité juive et d’octobre 1905 l’adoption de l’autonomie nationale culturelle extraterritoriale, et Bund, résolution du sixième congrès sur les factions sionistes socialistes, octobre 1905.
- Conseil d’État, 10e et 9e chambres réunies, décision no 462981 du 20 février 2025, Collectif Palestine Vaincra, pour le rejet de la requête, l’absence de propos antisémites propres au groupement, le motif de modération retenu et les inexactitudes relevées dans le décret.
- Youssef Boussoumah, « Ma dette palestinienne », 15 décembre 2009.