Antisionisme et antisémitisme : rigoureusement, pour tenir les deux bouts
Quand « sioniste » nomme une politique, et quand il assigne des Juifs
Une militante se dit antisioniste parce qu’elle refuse un État accordant des droits différents selon l’appartenance nationale et défend un État commun garantissant l’égalité. Ailleurs, une synagogue, un collègue juif ou un historien est déclaré « sioniste » sans que personne ait établi sa position. Le même mot apparaît. Il n’accomplit pas la même opération.
La question « l’antisionisme est-il antisémite ? » écrase cette différence. Il faut demander ce que « sioniste » désigne dans la phrase, comment l’appartenance a été établie et quelle accusation lui est attachée. L’histoire ne livre pas une équivalence entre deux mots. Elle montre comment une catégorie politique réelle a aussi servi à assigner des Juifs, y compris antisionistes, à une identité ennemie.
« Sioniste » dans une phrase : pour dire quoi ?
« Sioniste » peut désigner une personne qui se reconnaît dans un courant sioniste, une organisation, une doctrine historique, un projet national ou une politique défendue au nom de ce projet. Chacun de ces objets peut être décrit et combattu. Une critique du nationalisme, de la colonisation, de l’occupation, d’un régime de droits ou des crimes d’un gouvernement ne devient pas antisémite parce qu’elle est radicale.
Le mot ne désigne plus la même chose lorsque l’identité juive suffit à l’attribuer. Il ne rapporte plus une position déclarée ou un acte. Il fournit une loyauté cachée, une complicité avec Israël ou une place dans un groupe supposé puissant. Le désaccord politique a alors perdu son objet vérifiable ; l’étiquette produit elle-même la personne qu’elle prétend décrire.
Une catégorie qui inclut spontanément des Juifs antisionistes, mais oublie les chrétiens qui se déclarent sionistes, trie des Juifs, pas des doctrines. Cette conclusion serait révisée par une preuve établissant, pour chaque personne visée, l’adhésion politique annoncée.
Un mot né dans une dispute juive
Nathan Birnbaum emploie le terme « sionisme » au tournant des années 1890. Le programme adopté au premier congrès sioniste de Bâle, en 1897, fixe l’objectif d’un foyer pour le peuple juif en Palestine garanti par le droit public. Ce noyau commun n’a jamais produit un courant unique. Sionismes politique, culturel, religieux et socialiste ont divergé sur la société à construire, les moyens et le rapport aux populations déjà présentes.
Le projet répondait à des persécutions européennes réelles et à l’échec des promesses d’émancipation. Il a aussi organisé une immigration, des acquisitions foncières et une construction nationale en Palestine dont les conséquences pour les Palestiniens furent réelles. Nommer cette double histoire n’accorde aucun droit supplémentaire à un camp. Elle explique pourquoi des Juifs ont vu dans le sionisme une émancipation, tandis que des Palestiniens y ont vu une menace contre leur propre avenir.
Les oppositions juives furent elles aussi plurielles. Des religieux refusaient qu’une souveraineté politique anticipe la rédemption. Des Juifs intégrés pensaient leur avenir dans la citoyenneté de leur pays. Des socialistes combattaient le nationalisme ou lui opposaient la lutte de classe. Le Bund défendait une autonomie nationale et culturelle juive dans les pays où vivaient les Juifs. Son sixième congrès adopta en 1905 une résolution explicitement hostile aux courants sionistes socialistes.
L’existence de ces antisionismes juifs réfute toute équivalence entre « antisioniste » et « antisémite ». Chaque énoncé reste ensuite justiciable de son contenu : un Juif peut reprendre un préjugé antijuif, une tradition socialiste peut mal analyser un racisme et une étiquette de gauche n’accorde aucune immunité.
Trois histoires distinctes avant 1948
Le Bund et Lénine
Lénine combattait l’antisémitisme et les pogroms. Son intervention enregistrée en 1919 les présente comme une arme du tsarisme et des capitalistes contre les travailleurs. Il défendait aussi un parti centralisé et refusait au Bund la représentation autonome des ouvriers juifs. En 1903, il qualifiait de « sioniste » l’idée d’une nation juive, la jugeait réactionnaire même lorsqu’elle était défendue par le Bund, puis accusait les bundistes de reprendre les procédés des sionistes.
L’accusation portait déjà plus loin que le programme réel du Bund. L’autonomie juive dans la diaspora était reformulée comme une version inavouée du projet qu’elle combattait. Les sionistes voulaient construire un foyer national juif en Palestine ; le Bund voulait que les Juifs puissent vivre comme minorité nationale, socialiste et de langue yiddish dans les pays où ils habitaient. Lénine retenait ce que les deux positions avaient en commun, le refus de dissoudre toute existence nationale juive dans l’assimilation, puis leur appliquait la même étiquette malgré leurs destinations opposées.
Le mot n’était donc pas dépourvu de tout point d’accroche. Il était vidé de ce qui aurait permis de distinguer les projets et de discuter celui du Bund pour ce qu’il proposait réellement. « Sioniste » devenait un anathème assez large pour atteindre l’adversaire antisioniste. L’opération se retrouve aujourd’hui lorsqu’un même mot désigne tour à tour un courant historique, l’existence d’Israël, les décisions de son gouvernement, une institution juive française ou un Juif dont personne n’a établi la position. Ce premier élargissement n’explique pas les usages staliniens ultérieurs. Il montre que le brouillage peut naître au sein d’une dispute marxiste, bien avant que le mot ne soit repris par un État persécuteur.
L’opposition palestinienne avant la révolution soviétique
L’antisionisme palestinien n’est pas une importation soviétique. En 1899, Yusuf Diya al-Khalidi, ancien maire de Jérusalem, écrit à Theodor Herzl. Il reconnaît les liens historiques des Juifs avec la Palestine, mais refuse qu’un projet national s’y réalise aux dépens de ses habitants. Entre 1908 et 1911, les journaux Al-Karmil et Filastin discutent l’immigration, les achats de terres et les objectifs politiques sionistes.
Cette opposition visait un mouvement organisé et des transformations observables. Elle a pu être portée par des musulmans, des chrétiens et des Juifs ottomans qui préféraient une citoyenneté commune. Elle pouvait aussi glisser vers une représentation des Juifs comme collectif conspirateur. Le parcours de Rashid Rida documente cette possibilité précoce. Umar Ryad montre qu’en 1898, dans al-Manar, Rida condamnait l’injustice faite aux Juifs par le fanatisme français de l’affaire Dreyfus, avant de relayer, dès avant 1914, des généralisations complotistes sur les Juifs.
Deux lignées coexistent donc dès l’origine : une opposition politique au projet sioniste et une racialisation des Juifs à travers ce projet. Elles se distinguent par leur objet, tandis que leur coexistence retire à l’antisionisme toute fonction de certificat antiraciste.
La France avant 1948
La Base historique du vocabulaire français donne 1902 comme première attestation lexicographique actuellement repérée du mot « antisioniste ». Il ne faut pas la présenter comme le premier emploi imprimé certain. Elle suffit à établir que le vocabulaire existait en France plusieurs décennies avant 1967.
Des Juifs français attachés à l’émancipation républicaine s’opposèrent tôt au sionisme parce qu’ils refusaient d’être constitués en nation séparée. Leur antisionisme ne procédait ni de Moscou ni du conflit de 1967. Cette lignée assimilationniste diffère du diasporisme bundiste comme de l’opposition palestinienne. Une histoire sérieuse conserve ces différences au lieu de chercher une source unique.
La ligne soviétique a changé de direction
L’histoire soviétique déjoue le récit d’une hostilité constante et inchangée. En 1947, l’URSS soutient le partage de la Palestine aux Nations unies. Elle reconnaît rapidement Israël et favorise la livraison d’armes tchécoslovaques pendant la guerre de 1948. Cette politique répondait notamment au désir d’affaiblir la présence britannique au Proche-Orient.
Au même moment, la politique intérieure bascule contre les formes d’existence juive devenues suspectes de liens extérieurs. La campagne dite anticosmopolite, déclenchée à la fin des années 1940, ne commence pas comme une opération exclusivement antijuive. Elle le devient largement dans ses cibles et dans ses accusations de loyauté cachée, de nationalisme bourgeois et de sionisme.
Effacer les morts, puis ceux qui les avaient nommés
Pendant la guerre, le Comité juif antifasciste avait mobilisé des soutiens étrangers pour l’effort de guerre soviétique. Ilya Ehrenbourg et Vassili Grossman dirigèrent parallèlement le projet éditorial du Livre noir, fondé sur des témoignages concernant l’extermination des Juifs dans les territoires soviétiques occupés. Le récit officiel réduisait ensuite la spécificité de ces massacres en parlant des « citoyens soviétiques » assassinés.
En 1947, alors que l’ouvrage était composé pour l’impression, les autorités en stoppèrent la publication. L’insistance sur le sort particulier des Juifs fut qualifiée d’erreur politique.
Solomon Mikhoels, acteur et directeur du Théâtre juif d’État de Moscou, présidait le Comité juif antifasciste. Un même enjeu relie son histoire à celle du Bund : la possibilité d’une vie collective juive dans la diaspora. Le Bund l’avait défendue par l’autonomie nationale et culturelle, la langue yiddish et ses institutions. Dans le cadre soviétique, Mikhoels dirigeait l’une des grandes institutions yiddish du pays, tandis que le Comité recueillait les traces du massacre spécifiquement juif. Le pouvoir rendit cette autonomie culturelle et cette mémoire suspectes. Des agents soviétiques tuèrent Mikhoels en janvier 1948 et maquillèrent le meurtre en accident. Le Comité fut dissous. Treize citoyens soviétiques liés à son activité, dont plusieurs grands écrivains yiddish, furent exécutés le 12 août 1952 après un procès secret.
En janvier 1953, la presse soviétique annonça un complot de médecins contre les dirigeants du pays. La plupart des accusés étaient juifs ; le récit les liait à des organisations juives étrangères et à des intérêts impérialistes. Après la mort de Staline, les médecins survivants furent libérés et les autorités reconnurent que l’affaire avait été fabriquée. Le « complot des blouses blanches » participait d’une lutte de pouvoir stalinienne plus large. L’accusation avait néanmoins été construite sous une forme explicitement juive.
Ces faits suffisent ici à suivre le mot : « sioniste », « cosmopolite » ou « nationaliste bourgeois » pouvaient frapper des institutions yiddish, des antifascistes soviétiques et des personnes sans activité sioniste établie. Émanciper sans effacer restitue la culture détruite, le Livre noir, Mikhoels, le procès de 1952, les blouses blanches et Vie et destin sans les réduire à cette seule généalogie d’accusation.
Après 1967, la propagande attribue au « sionisme » une puissance mondiale
La guerre de juin 1967 ouvre une autre phase. Dans la propagande du bloc soviétique, le sionisme n’est plus seulement une organisation nationaliste ou un allié d’Israël. Il est représenté comme un réseau mondial reliant impérialisme, finance, médias, racisme et subversion. Certains dirigeants ont pu croire à cette menace conspiratrice. Une croyance sincère n’en modifie pas la structure : un collectif juif indéfini reçoit un pouvoir caché et coordonné.
La Pologne de 1968 fournit le cas le plus net. Après avoir invoqué une possible « cinquième colonne » en 1967, le pouvoir attribua la contestation étudiante de mars 1968 à un complot sioniste. Des Juifs furent écartés de leurs emplois et du parti sans activité sioniste établie. Environ 13 000 quittèrent le pays dans les années suivantes. Marek Edelman, bundiste et dirigeant survivant de l’insurrection du ghetto de Varsovie, fut renvoyé de son poste à l’hôpital militaire de Łódź en raison de son origine juive. Son antisionisme ne le protégeait pas d’une campagne dont le classement réel portait sur l’ascendance.
Cette séquence donne au mot sa charge historique actuelle. La continuité établie porte sur une opération administrative : des institutions officiellement antisionistes ont traité des Juifs comme sionistes sans examiner leur doctrine. Une influence contemporaine exige, elle, une chaîne de transmission propre.
Dans les États arabes, aucun récit unique ne tient
L’expression « les Juifs ont été expulsés des pays arabes » efface des histoires très différentes. Elle confond expulsion, départ sous pression, dénaturalisation, dépossession, migration organisée, attrait pour Israël ou la France et fuite devant des violences. Elle est donc fausse comme formule générale.
Le récit inverse ne tient pas davantage. Des organisations sionistes clandestines opéraient dans plusieurs pays. Israël organisait des départs. En Égypte, l’opération Susannah fut un véritable réseau de sabotage dirigé par le renseignement israélien et impliquant des Juifs égyptiens. Les États concernés se trouvaient en guerre avec Israël. Une histoire qui supprimerait ces faits transformerait toute mesure de sécurité en pur prétexte.
La question décisive est donc simple : l’État a-t-il établi des actes individuels, ou a-t-il étendu le soupçon à une population juive ? Une guerre permet de poursuivre un réseau démontré. Elle ne permet pas de traiter l’ascendance comme preuve de participation.
Irak : sionistes clandestins et communistes juifs antisionistes
Après 1948, l’Irak réprime une activité sioniste clandestine réelle. En 1950, une loi permet aux Juifs qui partent d’abandonner leur nationalité ; en 1951, une autre gèle et place leurs biens sous administration. L’insécurité, les persécutions, l’échéance créée par ces lois et l’organisation des départs vers Israël produisent ensemble une migration massive.
Des Juifs communistes avaient pourtant créé une Ligue de lutte contre le sionisme. Ils contestaient précisément l’assimilation des Juifs au projet sioniste. Leur présence empêche de traiter la communauté comme un bloc. Elle montre aussi pourquoi « antisioniste » ne protégeait pas nécessairement un Juif lorsque l’État et la société associaient son groupe à Israël.
La migration irakienne résulte de plusieurs opérations, pas d’une expulsion administrative unique. L’attribution des attentats commis à Bagdad au début des années 1950 reste controversée. La dépossession, elle, est établie par les lois sur la nationalité et les biens.
Égypte : une menace réelle, une catégorie trop large
Après la crise de Suez en 1956, l’Égypte procède à des internements, des séquestres, des expulsions individuelles et des pressions au départ. La loi 391 du 20 novembre 1956 exclut les « sionistes » du bénéfice de certaines dispositions relatives à la nationalité, sans définir la catégorie. Les internements et séquestres relevaient aussi de proclamations militaires distinctes. Des archives diplomatiques et les travaux de Joel Beinin documentent l’application de l’étiquette à des Juifs sans activité sioniste prouvée. Le texte légal et la pratique administrative ne doivent donc pas être confondus. Les statuts des Juifs présents étaient très divers : citoyens égyptiens, ressortissants étrangers ou apatrides. Les politiques visaient aussi des intérêts britanniques et français.
L’opération Susannah donne ici sa meilleure forme à l’argument sécuritaire. Un réseau israélien existait. La poursuite de ses membres répondait à des actes identifiés ; l’extension du soupçon aux Juifs sans lien avec lui substituait l’ascendance à la preuve. Le procès du Caire, ouvert en décembre 1954, s’est clos en janvier 1955 sur deux condamnations à mort, exécutées le 31 janvier, des peines de prison et deux acquittements. Tous les Juifs d’Égypte ne furent pas formellement expulsés ; beaucoup partirent sous une combinaison de contraintes qui ne se laisse pas résumer par « choix » ou « expulsion ».
Syrie : les Juifs empêchés de partir
En Syrie, les autorités ont longtemps surveillé les Juifs, restreint leurs droits patrimoniaux et leur ont surtout interdit d’émigrer. Les restrictions au départ ne furent largement levées qu’en 1992. L’État ne cherchait donc pas principalement à les expulser. Il traitait une communauté entière comme susceptible de rejoindre Israël.
Le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, la Libye et le Liban présentent encore d’autres combinaisons. Le Maroc indépendant tenta aussi l’intégration et limita un temps l’émigration ; le départ des Juifs d’Algérie relève d’une décolonisation où ils étaient majoritairement citoyens français ; le Liban accueillit d’abord des Juifs venus de Syrie. Aucun modèle ne couvre ces cas.
Cette histoire répond à une question distincte de la dépossession palestinienne : des États qui se déclaraient antisionistes ont-ils appliqué leur politique à des Juifs en raison de leur identité ? En Irak, en Égypte et en Syrie, la réponse est oui. Leur profession d’antisionisme a servi à politiser un classement collectif des Juifs.
Après 1967, les vocabulaires circulent sans se confondre
Le penseur palestinien Fayez Sayegh publie Zionist Colonialism in Palestine en 1965, avant la guerre de 1967. Son texte inscrit le sionisme dans une analyse coloniale et distingue explicitement judaïsme et sionisme. Cette chronologie interdit d’attribuer tout le vocabulaire anticolonial palestinien à la propagande soviétique.
Après 1967, des répertoires soviétiques, arabes et issus des non-alignés se rencontrent pourtant. Le mot peut alors agréger colonialisme, impérialisme, racisme et parfois conspiration mondiale. En 1975, l’Assemblée générale des Nations unies adopte la résolution 3379 qui qualifie le sionisme de forme de racisme et de discrimination raciale. Elle l’abroge en 1991.
Cette convergence diplomatique réunit des acteurs aux origines et aux intentions différentes. Elle favorise une ambiguïté durable. Une critique de la domination exercée sur les Palestiniens peut employer le même mot qu’un récit attribuant une puissance mondiale aux Juifs. Pour les distinguer, il faut suivre la cible et le raisonnement, pas la seule filiation proclamée.
En France, plusieurs canaux se croisent
L’après-guerre français ne transmet pas une seule tradition antisioniste. En 1948, Maurice Bardèche publie Nuremberg ou la Terre promise, ouvrage fondateur du négationnisme français. Sa contestation des crimes nazis lie très tôt la mémoire de l’extermination, la naissance d’Israël et une accusation de manipulation. Cette lignée vient de l’extrême droite et ne doit rien à la défense des droits palestiniens.
En janvier 1953, le quotidien communiste Ce soir relaie le faux complot des médecins soviétiques dans une série intitulée « Les assassins en blouse blanche ». Le vocabulaire stalinien du sionisme, du cosmopolitisme et des organisations juives étrangères entre ainsi directement dans la presse française de gauche. Des communistes juifs, attachés à l’URSS antifasciste qui avait vaincu le nazisme, eurent beaucoup de difficulté à nommer cet antisémitisme venu de leur propre camp. Certains rompirent plus tard, notamment après la campagne polonaise de 1968.
En 1967, Maxime Rodinson publie dans Les Temps modernes « Israël, fait colonial ? ». Son analyse marxiste nomme un processus historique, discute ses acteurs et reconnaît aussi la société nationale produite en Israël. Rodinson fournit un contre-exemple français majeur : une critique coloniale radicale peut décrire des institutions et des rapports de force sans inventer d’agents juifs cachés.
Dans les années 1970, François Duprat travaille au contraire à réunir antisionisme, négationnisme et conspiration dans l’extrême droite. Au même moment, une autre circulation conduit le négationnisme vers des milieux issus de l’ultragauche, autour de La Vieille Taupe. Leur relation s’établit par les textes, les éditeurs et les lectures qui les font se croiser, pas par la seule ressemblance des mots.
Robert Faurisson réalise publiquement la jonction en décembre 1980. Sur Europe 1, il nie les chambres à gaz et le génocide, puis décrit ce mensonge supposé comme une escroquerie dont Israël et le « sionisme international » seraient les bénéficiaires, tandis que les peuples allemand et palestinien en seraient les victimes. La critique des usages politiques de la mémoire ou des crimes israéliens serait parfaitement légitime. Faurisson fait autre chose : il rend l’extermination elle-même mensongère, prête à ses bénéficiaires une entreprise mondiale et installe les Palestiniens dans le rôle de victimes de la reconnaissance du crime.
Vingt-huit ans plus tard, la même construction monte sur la scène du Zénith. Dieudonné y fait acclamer Faurisson, puis lui remet un prix par un homme en pyjama rayé portant une étoile jaune. Faurisson se dit alors « traité dans [son] pays en Palestinien » et explique qu’il ne peut s’empêcher de faire cause commune avec les Palestiniens ; Dieudonné enchaîne sur son « soutien indéfectible à la Palestine ». La décision de la Cour européenne des droits de l’homme reproduit l’échange, les cris et les applaudissements qui l’accompagnent.
Dans cette scène, « Palestinien » ne désigne plus une personne privée de ses droits. Le mot rebaptise un négationniste qui se présente en persécuté et lui transfère la dignité de la victime. La Palestine n’explique pas son négationnisme : elle lui sert d’innocence. La scène montre comment une solidarité palestinienne peut être convertie en brevet d’antiracisme ou de vérité. Tétines, doudous et fétiches examine la « preuve par la Palestine » quand elle prétend délivrer ce brevet.
Roger Garaudy offre en 1995 un croisement individuel documenté. Ancien dirigeant communiste, il publie chez La Vieille Taupe Les Mythes fondateurs de la politique israélienne. L’ouvrage ne se contente pas de critiquer Israël ou le sionisme : il conteste les chambres à gaz et l’extermination des Juifs, puis présente cette histoire comme un mythe exploité à des fins sionistes. Les juridictions françaises le condamnent en 1998 notamment pour contestation de crimes contre l’humanité ; la Cour européenne des droits de l’homme déclare sa requête irrecevable en 2003. Sa décision distingue expressément la critique politique du sionisme, licite, du caractère négationniste de l’ouvrage.
Le négationnisme trouve ici dans « sioniste » un opérateur particulièrement utile. Il peut accuser les Juifs d’avoir inventé ou exagéré leur extermination, expliquer la reconnaissance du crime par leur pouvoir, puis présenter Israël comme le bénéficiaire du mensonge. Le mot politique ne cache pas simplement un autre mot. Il relie une cible juive à une mythologie conspiratrice dont chaque étape peut être vérifiée dans le texte.
« Sioniste » pour ne pas réfléchir
La substitution n’appartient pas seulement aux archives. Dans un entretien vidéo de septembre 2012 dont son organisation publie la transcription, Alain Soral attribue les révolutions du monde arabe à « des révolutions voulues par l’Empire américano-sioniste dans l’intérêt de la Banque, c’est-à-dire de l’hégémonie du dollar ». Il poursuit en attribuant à cet Empire le pouvoir exercé « via l’armée », au motif que les armées seraient armées et encadrées par les Américains. Une influence américaine ou israélienne, une décision bancaire ou un financement d’armée peuvent être documentés séparément. Le passage ne les sépare pas : il fait d’une seule entité le sujet des révolutions, de la banque, du dollar et des armées.
L’objection la plus forte est que « américano-sioniste » pourrait désigner une alliance d’États, et « Banque » une hégémonie monétaire, sans viser les Juifs. Pris seul, l’extrait établirait un récit conspirateur monocausal, pas sa cible juive.
Dans cette transcription, Soral donne lui-même le référent de ses périphrases. Il nomme plus loin un « Empire judéo-protestant américain » et présente le rapport entre « les Juifs, le capitalisme et la domination par l’argent » comme une question sérieuse. Le critère antisémite propre est donc l’attribution aux Juifs, sous ce réseau de périphrases, d’un pouvoir financier caché qui dirigerait États et peuples. L’interprétation repose sur la pièce entière et qualifie ce cas précis.
La pièce tranche : elle donne la cible juive et la puissance cachée qu’elle lui attribue. Les autres emplois du mot « sioniste » se jugent par leur propre référent et leur propre contexte.
Ce que les années Soral ont laissé replace ce vocabulaire dans la doctrine politique et les supports qui l’ont diffusé.
Remplace, à titre d’essai, « les sionistes » par « les Juifs ». Si la phrase conserve la même accusation et fait apparaître une responsabilité collective, une essence ou un pouvoir caché, l’hypothèse d’un mot de couverture doit être instruite. Si la substitution change l’objet ou rend la phrase incohérente, elle fournit un contre-exemple.
Limite : ce test ne démontre pas qui est visé. Le référent doit encore être établi par la pièce, son contexte ou un usage documenté. Le résultat ouvre ou ferme une hypothèse ; il ne qualifie jamais le propos à lui seul.
« Les sionistes contrôlent les médias » réactive, après substitution, un trope classique et appelle l’examen du référent. À l’inverse, « cette organisation sioniste défend la création d’un État juif » perd son objet politique si l’on remplace « sioniste » par « juive ». Dans ce second cas, le mot peut être descriptif. Le contexte reste décisif dans les deux cas.
Une autre opération consiste à faire de l’étiquette un droit d’entrée. À Sciences Po, en mars 2024, une enquête interne a confirmé que la phrase « ne rentre pas si tu es sioniste », ou une formulation équivalente, avait été prononcée. Le fait établi est une condition d’accès fondée sur une position attribuée. Trois personnes disent l’avoir entendue ; l’auteur, la cible et l’indice employé pour reconnaître un « sioniste » n’ont pas été identifiés, et le dossier complet est dans Shibboleths : quand un mot devient un test de loyauté.
Le mécanisme existe aussi sans porte ni slogan. En 2019, le collectif Juives et Juifs révolutionnaires, qui combat le sionisme comme nationalisme et le colonialisme israélien, décrivait dans Ballast des militants juifs sommés de prendre d’abord position sur la Palestine. Il rapportait aussi qu’un Juif signalant un propos antisémite pouvait être soupçonné d’être un « militant sioniste infiltré ». Le témoignage documente ces scènes et leur logique depuis un collectif antisioniste ; mesurer leur fréquence dans toute la gauche exige un corpus distinct.
Demander à quelqu’un ce qu’il pense du sionisme est une question politique. Ne demander cette preuve qu’aux Juifs suppose qu’ils arrivent déjà chargés d’une doctrine et d’une loyauté. Même une personne juive engagée contre la destruction de Gaza peut alors devoir produire le bon mot, avec la bonne radicalité, avant d’être entendue sur l’antisémitisme. Le désaccord sur le sionisme reste entier. Le tri, lui, ne porte plus sur des actes communs à tous : il porte sur l’identité de celui qui parle.
Le test : qui est rangé dans le camp, et par qui
Quel est le référent exact ?
Une doctrine, un courant daté, un gouvernement, une organisation, une personne qui se déclare sioniste, ou des Juifs regroupés sans autre critère ?
Comment l’appartenance est-elle établie ?
Une adhésion, un texte, un financement et une action peuvent constituer des pièces. Un nom, une ascendance, une synagogue ou le refus de condamner ne suffisent pas.
Les contre-exemples sont-ils traités ?
La catégorie inclut-elle les sionistes non juifs ? Peut-elle exclure un Juif antisioniste ? Si elle échoue dans les deux cas, elle suit probablement l’identité juive.
Quelle propriété est attribuée au groupe ?
Soutenir une loi, un parti ou un régime de droits est une position politique. Contrôler secrètement les médias, les banques ou les gouvernements reprend un imaginaire antisémite, même si le collectif reçoit un autre nom.
Quelle preuve ferait abandonner l’étiquette ?
Si aucun acte, aucune déclaration et aucune trajectoire ne peuvent disculper la personne, le mot n’est plus descriptif. Il attribue une essence.
Ce test porte sur l’énoncé, pas sur la personne entière. Une citation n’engage pas automatiquement celui qui la relaie. L’antisémitisme établi dans une phrase ne se transmet ni au parti, ni au média, ni aux proches de son auteur. L’erreur inverse est identique : l’innocuité d’un propos ne disculpe pas toutes les autres déclarations de la même personne.
La Déclaration de Jérusalem, un instrument de vérification
La Déclaration de Jérusalem sur l’antisémitisme formule deux bornes utiles. Ses lignes 11 à 15 protègent la défense des droits palestiniens, l’opposition au sionisme comme nationalisme, la discussion d’autres arrangements constitutionnels, les analyses coloniales et les campagnes de boycott contre un classement automatique. Ses lignes 7 et 8 retiennent au contraire la responsabilité collective des Juifs et l’exigence faite à une personne, parce qu’elle est juive, de condamner Israël ou le sionisme.
Doykayt emploie ce texte comme une grille de vérification. Le sujet ne classe pas : une critique d’Israël reçoit un verdict antisémite lorsqu’un critère propre est établi. Inversement, la formule « je parle des sionistes » ne protège aucune responsabilité collective, double allégeance ou conspiration présente dans la suite de la phrase.
L’accusation d’antisémitisme peut être utilisée pour disqualifier une défense légitime des Palestiniens. L’article Tétines, doudous et fétiches examine des accusations justifiées et une accusation qui allait au-delà de sa pièce. La vérification cas par cas protège ensemble la critique d’Israël et la qualification d’un mécanisme antisémite.
Le boycott ne donne pas la réponse
Une campagne de boycott fournit un bon contre-exemple aux classements par étiquette. Des militants du collectif Palestine 68 avaient appelé, dans un hypermarché d’Illzach, à boycotter les produits importés d’Israël. Ils ont été définitivement relaxés : la cour d’appel de Paris a rétabli la relaxe le 14 mars 2024, et la Cour de cassation a rejeté le 4 novembre 2025 les pourvois dirigés contre cette décision.
Le trajet avait été long. Relaxés à Mulhouse le 15 décembre 2011, condamnés à Colmar le 27 novembre 2013 pour provocation à la discrimination, déboutés en cassation le 20 octobre 2015, ils ont obtenu à Strasbourg le constat d’une violation de l’article 10 de la Convention, faute de motifs pertinents et suffisants et de nécessité dans une société démocratique : c’est l’arrêt Baldassi et autres contre France, devenu définitif le 11 septembre 2020. La Cour de révision et de réexamen a ensuite annulé l’arrêt de Colmar le 7 avril 2022 et renvoyé l’affaire à Paris.
Ce constat vaut pour ces actions et ces requérants. La Cour a relevé qu’ils n’avaient pas été condamnés pour avoir proféré des propos racistes ou antisémites, ni pour avoir appelé à la haine ou à la violence, et elle n’a prononcé aucun certificat général sur leurs opinions. Sur le terrain de l’article 7, elle a d’ailleurs estimé qu’ils pouvaient savoir qu’ils risquaient une condamnation sur le fondement de l’article 24, alinéa 8, de la loi du 29 juillet 1881. Chaque campagne future sera jugée sur sa propre teneur.
La campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel (PACBI) affirme de son côté viser les institutions, pas les personnes en raison de leur identité ou de leur seule affiliation. Cela établit la règle qu’elle revendique, pas la conformité de chaque action menée sous son nom. « Boycott d’Israël » ne prononce donc aucun verdict, dans un sens comme dans l’autre. Il faut encore regarder qui est visé, pour quel acte et par quels moyens.
Ce que l’histoire établit : « plus jamais ça », c’est fini ?
L’antisionisme a plusieurs histoires. Certaines sont juives et socialistes, d’autres palestiniennes, arabes, soviétiques, françaises ou issues de l’extrême droite. Elles ne forment ni une essence ni une chaîne continue. Elles ont parfois circulé et convergé ; il faut démontrer ces passages au lieu de les supposer.
L’histoire établit en revanche un usage répété. Des accusations de Lénine contre le Bund aux campagnes soviétiques, des mesures prises dans plusieurs États arabes à la Pologne de 1968 et au négationnisme français, « sioniste » a pu être attribué à des Juifs indépendamment de leurs actes et de leur doctrine. Le mot devient antisémite dans une scène lorsque cette assignation accomplit un mécanisme antisémite : culpabilité collective, loyauté étrangère, pouvoir caché ou obligation de se disculper.
Ce constat ne retire rien à la critique du sionisme. Il lui demande de faire ce que toute critique matérialiste devrait vouloir faire : nommer les acteurs, les institutions, les décisions et les rapports de pouvoir qu’elle combat. Une critique gagne en précision lorsque les Juifs qui n’y sont pour rien cessent d’être son matériau.
Sources
Origines et oppositions distinctes
- Programme de Bâle, texte adopté au premier congrès sioniste en 1897.
- Abigail Green, « Multiple Origins of Zionism », Modern Languages Open, 2023. Sur Nathan Birnbaum et la pluralité des origines intellectuelles du sionisme.
- Bund, résolution du sixième congrès sur les courants sionistes socialistes, octobre 1905.
- Vladimir Ilitch Lénine, « The Position of the Bund in the Party », 22 octobre 1903, et « Anti-Jewish Pogroms », enregistrement de mars 1919.
- Roni Gechtman, « National-Cultural Autonomy and “Neutralism”: Vladimir Medem’s Marxist Analysis of the National Question », Canadian Journal of History, vol. 43, no 1, 2008, p. 31 à 58.
- Umar Ryad, « From the Dreyfus Affair to Zionism in Palestine: Rashid Rida’s Views of Jews in Relation to the “Christian” Colonial West », Entangled Religions, vol. 13, no 2, 2022, en accès libre, pour la trajectoire de Rashid Rida.
- Jonathan Marc Gribetz, Defining Neighbors: Religion, Race, and the Early Zionist-Arab Encounter, Princeton University Press, 2014, et Emanuel Beška, « Political Opposition to Zionism in Palestine and Greater Syria: 1910-1911 », Jerusalem Quarterly, no 59, 2014.
- Institut PASSIA, lettre de Yusuf Diya al-Khalidi à Theodor Herzl, 1899, et réponse de Herzl conservée par PalQuest.
- Base historique du vocabulaire français, entrée « antisioniste ». L’occurrence de 1902 est une attestation lexicographique, pas la preuve du premier emploi imprimé.
- Catherine Nicault, « Le sionisme dans la France d’avant 1948 », Les Cahiers de la Shoah, no 1, 1994.
URSS, Pologne et mémoire des massacres
- Discours d’Andreï Gromyko aux Nations unies, 14 mai 1947, sur la partition de la Palestine.
- YIVO Encyclopedia of Jews in Eastern Europe, « The Black Book », « Jewish Anti-Fascist Committee », « Solomon Mikhoels », « Anticosmopolitan Campaign » et « Doctors’ Plot ».
- Yiddish Book Center, « The Night of the Murdered Poets ».
- Agence fédérale des archives de Russie, transfert du manuscrit de Vie et destin saisi en 1961, 2013. La notice indique la première publication en Suisse en 1980 et la publication soviétique incomplète en 1988.
- Åsmund Borgen Gjerde, « The Meaning of Israel: Anti-Zionism and Philo-Zionism in the Soviet Union, 1948-1973 », Patterns of Prejudice, vol. 52, 2018, p. 331 à 353.
- Dariusz Stola, « Anti-Zionism as a Multipurpose Policy Instrument: The Anti-Zionist Campaign in Poland, 1967-1968 », Journal of Israeli History, vol. 25, no 1, 2006, p. 175 à 201.
- Centrum Dialogu im. Marka Edelmana, biographie de Marek Edelman, sur son renvoi en avril 1968 en raison de son origine juive.
États arabes et circulations internationales
- Fayez Sayegh, Zionist Colonialism in Palestine, Centre de recherches de l’OLP, 1965.
- Assemblée générale des Nations unies, résolution 3379 du 10 novembre 1975 et résolution 46/86 du 16 décembre 1991 qui l’abroge.
- Gouvernement irakien, lois de 1950 et 1951 traduites dans le recueil des Nations unies ; Moshe Gat, The Jewish Exodus from Iraq, 1948-1951, Frank Cass, 1997 ; Orit Bashkin, « The Iraqi Communist Party and the Question of Palestine », 2012.
- Égypte, traduction officielle de la loi 391 du 20 novembre 1956 ; Département d’État américain, télégramme diplomatique du 27 décembre 1956 ; Joel Beinin, The Dispersion of Egyptian Jewry, University of California Press, 1998, notamment l’introduction et le chapitre 4 pour l’issue du procès du Caire et les exécutions du 31 janvier 1955.
- Nations unies, rapport du rapporteur spécial sur les restrictions imposées aux Juifs de Syrie, 1993, et George H. W. Bush Presidential Library, annonce de la levée des restrictions au départ en 1992.
- Michael M. Laskier, North African Jewry in the Twentieth Century, New York University Press, 1994, et Kirsten E. Schulze, The Jews of Lebanon, Sussex Academic Press, 2008.
France, négationnisme et critères contemporains
- Zoé Grumberg, « L’antisémitisme est l’auxiliaire obligatoire du fascisme: Jewish Communists, Antifascism and Antisemitism in France, 1944-1960s », Fascism, vol. 9, 2020, p. 75 à 97.
- Maxime Rodinson, « Israël, fait colonial ? », Les Temps modernes, no 253 bis, 1967, p. 17 à 88 ; édition reprise dans Peuple juif ou problème juif ?, La Découverte.
- Valérie Igounet, « Les premières voix françaises du négationnisme (1948-1965) », Archives Juives, vol. 49, no 2, 2016, p. 56 à 66, et Histoire du négationnisme en France, Seuil, 2000.
- MRAP, « Le procès Faurisson », Droit et Liberté, no 413, juillet-août 1982, p. 2 et 5. Le dossier reproduit la déclaration de Faurisson du 17 décembre 1980 et discute explicitement la fonction de sa référence au peuple palestinien.
- Centre d’histoire sociale des mondes contemporains, présentation de la recherche sur l’affaire Garaudy.
- Cour européenne des droits de l’homme, décision Garaudy c. France, 24 juin 2003.
- Cour européenne des droits de l’homme, décision M’Bala M’Bala c. France, 20 octobre 2015, paragraphes 8 à 16 et 39 à 41. La décision reproduit les échanges du Zénith et examine la mise en scène dans son ensemble.
- Julien Giry, « Le “complotisme 2.0”, une étude de cas de vidéo recombinante : Alain Soral sauve Glenn et Tara dans The Walking Dead », Quaderni, no 94, 2017, et Lucie Raymond, « De la colère à la haine dans les discours “antisystème” : la rhétorique du ressentiment chez Alain Soral », Quaderni, no 104, 2021. Sur la fonction du « lobby sioniste », de l’« oligarchie américano-sioniste » et de leurs périphrases dans le corpus soralien.
- Alain Soral, entretien vidéo de septembre 2012, transcription publiée par Égalité et Réconciliation, et copie archivée de la transcription, passages sur les révolutions arabes, la banque, les armées et l’« Empire judéo-protestant américain ». Cette pièce primaire fonde le cas examiné dans l’article ; les deux travaux précédents décrivent un corpus plus large.
- Sciences Po, procès-verbal du conseil d’administration du 22 mai 2024, p. 10 et 11. Le procès-verbal rapporte les limites et les conclusions de l’enquête interne sur les propos du 12 mars.
- Collectif Juives et Juifs révolutionnaires, entretien avec Ballast, 20 mai 2019.
- Déclaration de Jérusalem sur l’antisémitisme, texte officiel en français, 25 mars 2021.
- Cour européenne des droits de l’homme, Baldassi et autres contre France, arrêt définitif du 11 septembre 2020.
- Cour de révision et de réexamen, décision du 7 avril 2022, annulation de l’arrêt de Colmar et renvoi devant la cour d’appel de Paris.
- Cour de cassation, chambre criminelle, arrêt du 4 novembre 2025, pourvoi no 24-82.420, rejet des pourvois contre la relaxe prononcée le 14 mars 2024.
- Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel, règles du boycott académique.