Méthodologie
Cette page détaille nos critères d'inclusion, nos sources, notre système de classification, nos niveaux de certitude et nos procédures de correction.
Cadre scientifique
Classification. Notre système repose sur la taxonomie du projet Decoding Antisemitism (Becker et al., TU Berlin, 2024), construit à partir de la définition de travail de l'IHRA : 46 concepts répartis en six parties, référence européenne pour l’analyse du discours antisémite implicite. La grille que nous employons en est une adaptation locale, décrite plus bas : elle n’est pas la typologie originale.
Définitions. La définition de travail de l'IHRA et la Déclaration de Jérusalem sur l'antisémitisme (JDA) sont présentées intégralement et comparées par leurs convergences, leurs différences et leurs usages. Notre seuil entre critique d’Israël et antisémitisme est énoncé plus bas et nous appartient.
Le Nexus Document complète ce travail par sa notion de conditions systémiques qui empêchent les Juifs de participer à égalité à la vie sociale. Nous ne retenons une telle condition qu'à partir d'un ensemble daté de règles, de pratiques ou de pièces qui permet d'identifier la population exposée, la durée et l'effet discriminatoire.
Les limites de cette méthode, notamment les biais de sélection et de disponibilité des sources, sont documentées sur une page dédiée.
Tout est vérifiable et contestable. Notre positionnement et notre indépendance sont présentés dans la page À propos.
Nous n'arbitrons pas la bêtise
Une obsession, une erreur ou une politique indigente reste hors de notre champ tant qu'elle ne mobilise aucun mécanisme antisémite documenté. Nous suivons les structures qui traversent les époques et les aires géographiques, réapparaissent dans des centaines de pièces et mettent en danger des millions de Juifs. Voir notre dossier sur l'anticapitalisme tronqué.
Critères d'inclusion
Pour qu'un propos soit inclus dans l'Observatoire, il doit remplir les critères suivants :
- Notoriété : L'auteur doit avoir une audience significative (personnalité publique, élu·e, journaliste, influenceur·euse).
- Vérification : Le propos doit être vérifiable via une source primaire archivée.
- Caractère antisémite : Le propos doit mobiliser un ou plusieurs tropes antisémites identifiés dans notre lexique.
- Contexte : Le contexte du propos doit être documenté pour éviter toute décontextualisation.
Nous ne sondons pas les coeurs ni n'évaluons des intentions. Nous documentons les modalités et les conséquences d'un type de discours politique, le discours antisémite, sur la sécurité des personnes, dans un objectif de pédagogie et de prévention.
Sources et vérification
Chaque contenu doit pouvoir être vérifié à partir des pièces qui le fondent.
Nous indiquons l'état exact d'une procédure et ce qu'il permet d'affirmer. Lire le guide sur les décisions de justice.
Propos publics
La date et le support apparaissent lorsqu'ils sont documentés. Les adresses, archives et empreintes du dossier de provenance restent internes ; la fiche publique de Veille montre les médias que la rédaction a explicitement inclus dans la recension. Si la pièce primaire devient inaccessible sans archive vérifiée, nous signalons cette limite et réduisons la portée de la conclusion.
Analyse des préjugés
Chaque qualification renvoie au critère du préjugé et aux travaux qui l'établissent. Elle porte sur le propos documenté et ne se transfère pas à une personne, à une organisation ou à une autre pièce.
Données quantitatives
Chaque série indique sa source, son périmètre, son unité et ses ruptures de méthode. Les chiffres de la CNCDH, du ministère de l'Intérieur, du SPCJ ou de la FRA ne sont rapprochés que lorsque leurs appareils de mesure le permettent.
Cas historiques
Chaque cas renvoie aux travaux historiques qui établissent les faits et leur contexte. Une lacune dans les sources reste une lacune : nous ne la comblons pas par déduction.
Notre système de classification
Nous utilisons la taxonomie scientifique du projet Decoding Antisemitism (TU Berlin, Becker et al., 2024), qui compte46 concepts répartis en six parties. Ce que la liste ci-dessous présente est notreadaptation locale, et non cette typologie : nous en retenons 42 concepts, regroupés en six familles selon notre propre découpage, et nous y ajoutons une septième famille de deux formes qui est la nôtre. Soit 44 formes en sept familles, dont l’attribution se lit ainsi : six familles adaptées de Becker et al., une ajoutée par nous et signalée comme telle.
- 1Stéréotypes séculaires (8) - Stéréotypes pré-modernes et modernes
- 2Fantasmes de domination (5) - Accusations de contrôle occulte
- 3Antisémitisme de relativisation (11) - Formes liées à la mémoire de la Shoah
- 4Réactions post-Shoah (4) - Concepts apparus après 1945
- 5Antisionisme et délégitimation d'Israël (9) - Critique d'Israël (certains antisémites selon contexte)
- 6Propos haineux (5) - Insultes, menaces, appels à la violence
- 7Harcèlement ciblé (2) - Ajout Doykayt : doxxing et listes
Note : Pour la catégorie 5 (Antisionisme), le seuil énoncé plus bas s’applique : le sujet visé ne classe pas, un critère propre démontré classe. La Déclaration de Jérusalem sur l'antisémitisme (JDA) formule une frontière voisine et rejoint l’IHRA sur plusieurs critères.
Qualification & niveaux de certitude
Pour les citations, on identifie le trope mobilisé (meurtre rituel, contrôle financier, double allégeance, etc.), la structure argumentative, et le contexte d'énonciation.
Pour les faits, on qualifie le mobile selon une échelle de certitude :
| Qualification | Définition |
|---|---|
| Revendiqué antisémite | L'auteur a explicitement invoqué des motifs antisémites |
| Revendiqué antisioniste | L'auteur a invoqué des motifs liés à Israël/Palestine |
| Revendiqué mixte | Les deux types de motifs sont présents |
| Qualifié par une autorité citée | Le mobile est retenu par une enquête, un parquet ou une juridiction. Il est publié sous le nom de cette autorité et au stade exact de sa procédure, enquête ouverte, garde à vue, mise en examen, renvoi, condamnation, non-lieu ou relaxe. Un stade n’en vaut jamais un autre, et l’issue est écrite quand elle existe. |
| Présumé, c’est-à-dire inféré par Doykayt | Le mobile n’est ni revendiqué ni retenu par une autorité : il est inféré d’indices cités, jamais de la seule identité de la cible, et publié comme inférence de Doykayt et non comme fait observé. C’est la qualification que portent les mentions « présumé antisémite » et « présumé lié au contexte ». |
| Inconnu | Aucune information fiable sur le mobile |
Ces six catégories n’ont pas la même valeur probatoire. Les trois premières reprennent le motif annoncé par l’auteur. La quatrième attribue la qualification à une autorité nommée. Elle la date et la situe dans la procédure. La cinquième signale explicitement une inférence de Doykayt. La dernière constate l’absence d’information fiable. Un propos ambigu ne suffit jamais à reconstituer une intention. Faute de source, nous publions « Mobile inconnu », « contexte non documenté » ou « allégation non vérifiée ».
Limites de la méthode
Succession et causalité. La présence d'un discours avant un acte ne suffit pas à démontrer qu'il l'a causé. Nous distinguons chronologie, corrélation documentée et mécanisme causal.
Prévision. Nous ne prédisons pas les violences futures. Les données publiées décrivent des propos, des actes et des schémas récurrents déjà documentés.
Périmètre documentaire. Nous rendons visible ce qui circule afin que les pièces et leur qualification puissent être vérifiées et discutées.
Israël et Palestine. Un propos sur Israël ou la Palestine entre dans le corpus lorsqu'il accomplit l'un des mécanismes antisémites documentés. Le seuil appliqué est énoncé ci-dessous.
Notre seuil sur Israël et la Palestine
Critiquer Israël, le sionisme, un gouvernement, une guerre, une occupation ou un nationalisme ne rend pas un propos antisémite par son sujet. Un propos le devient quand la pièce accomplit un critère propre et le démontre. Un seul critère démontré suffit ; nous n’exigeons jamais d’en cumuler deux. La Déclaration de Jérusalem sur l'antisémitisme (JDA) (2021) formule une frontière voisine. Ses lignes 6 à 15 se lisent ensemble et dans leur contexte. Elle rejoint l’IHRA sur la conspiration, la responsabilité collective, la double allégeance et l'application aux Juifs de ce que fait Israël.
Critères de qualification
- ✗Mobilise des préjugés de conspiration juive mondiale (lobby tout-puissant, contrôle des médias, double allégeance)
- ✗Tient les Juifs collectivement responsables des actions d'Israël
- ✗Exige des Juifs qu'ils se positionnent sur Israël du fait de leur identité
- ✗Déshumanise les Israéliens ou les Juifs (comparaisons nazies systématiques, accusations de meurtre rituel)
Sujets et positions non antisémites en soi
- ✓Critiquer les politiques du gouvernement israélien
- ✓Soutenir les droits des Palestiniens, y compris leur droit à l'autodétermination
- ✓Qualifier la situation d'« apartheid » sur base factuelle : ce qu'ont fait Amnesty, Human Rights Watch, B'Tselem
- ✓Soutenir le mouvement BDS
- ✓Considérer que l'occupation est injuste, que la colonisation viole le droit international, que les bombardements sont disproportionnés
Aucune de ces positions n’entre dans la qualification d’un propos. Sa présence ne change pas la qualification des autres éléments de la pièce. Nous examinons séparément chaque proposition, cible et acte, dans son co-texte. Un appel au BDS, par exemple, n’est pas classé comme antisémite du seul fait qu’il appelle au boycott. Lorsque le co-texte accomplit un trope, que l’auteur endosse une proposition antisémite ou que la cible politique sert explicitement de substitut aux Juifs, nous qualifions cet élément précis. Le même examen porte sur le déni et la relativisation de l'antisémitisme lorsque le débat sur les définitions sert à éluder des mécanismes reconnus.
Responsabilité de publication
La méthode assiste une décision éditoriale ; elle ne la remplace pas. Une personne humaine demeure responsable de chaque pièce rendue publique, de sa qualification et des effets prévisibles de sa présentation.
- Qualifier ce qui est observable. Nous décrivons un propos, un acte, une source et un contexte, jamais une essence personnelle ni une intention supposée.
- Conserver la source exacte. Une citation doit pouvoir être rapportée à son support primaire, à sa date et à un contexte suffisant pour la comprendre.
- Dissocier les propositions. La qualification d'un élément ne s'étend pas aux autres propos de la même personne. Une critique politique recevable et un trope voisin conservent chacun leur qualification.
- Publier le degré d'incertitude. Les sources incomplètes, les désaccords et les qualifications provisoires sont indiqués au lieu d'être comblés par inférence.
- Corriger sans effacer la traçabilité. Une erreur est rectifiée et le droit de réponse reste accessible depuis la méthode et les contenus concernés.
Comment contester ou corriger
Au-delà du droit de réponse, l'Observatoire accueille les contributions : signalement de propos, proposition de sources, corrections factuelles. Chaque contribution est examinée selon nos critères d'inclusion.
Toute personne nommée dans l'Observatoire dispose d'un droit de réponse. Pour l'exercer, signaler une erreur ou proposer une contribution :
- Utilisez notre formulaire de droit de réponse
- Contactez-nous à contact@doykayt.org
Approfondir
Archivage des sources
Adresse normalisée, empreinte disponible, archive Wayback et limites de preuve.
Limites et biais
Les angles morts du corpus et les bornes de son interprétation.
Taxonomie des actes
Classification F1-F4 des actes antisémites, alignée sur les standards internationaux.
Analyse de réseau
Construction du graphe, détection de communautés, validation des résultats.
Sources et repères
Les cadres, travaux et séries de données employés dans plusieurs dossiers.