Signaler un contenu illicite en ligne : PHAROS

Retour

Un air de déjà vu

0 / 12

Comparer les pièces et comprendre comment les accusations contre les Juifs se reprennent ou se transforment.

Un air de déjà vu

Les accusations d’hier nous semblent souvent absurdes : des Juifs empoisonneraient les puits, commanderaient aux gouvernements ou provoqueraient eux-mêmes les persécutions qu’ils subissent. Ces récits restent-ils aussi faciles à reconnaître lorsqu’ils viennent d’une voix qui nous est proche ?

Les documents qui suivent permettent de comparer les accusations et les preuves avancées. Certaines reprennent un texte ancien ; d’autres reproduisent le même raisonnement avec des mots nouveaux. Le contexte de chaque époque reste visible.

Les degrés de preuve

Les citations et les documents permettent de distinguer une reprise explicite, une transmission établie ou un rapprochement de raisonnements. Une ressemblance visuelle s’examine aussi, sans la présenter comme une filiation.

  1. Reprise directe (1)
  2. Transmission documentée (1)
  3. Réactivation forte (6)
  4. Analogie étayée (3)
Reprise directe
Le texte ou l’image ancienne est explicitement nommé, cité, republié ou revendiqué.
Transmission documentée
Des publications, traductions, institutions ou intermédiaires identifiés relient les deux usages.
Réactivation forte
Une configuration ancienne suffisamment spécifique réapparaît. Aucune transmission consciente n’est imputée.
Analogie étayée
Le parallèle historique éclaire la pièce contemporaine, mais ne suffit pas à établir une réactivation.
Étape 1 sur 12: Les Protocoles dans la charte du Hamas de 1988
Passer le contenu défilant
Comparaison 1 sur 12Reprise directe

Les Protocoles dans la charte du Hamas de 1988

Un faux de 1903, démasqué en 1921, cité comme preuve en 1988

Document ancien · 1903

Un faux prétend révéler un plan juif de domination mondiale. Sa fabrication est établie dès 1921.

Les Protocoles des Sages de Sion paraissent en feuilleton dans le journal russe Znamia en 1903. En 1921, le Times de Londres établit qu’il s’agit d’un faux, largement démarqué d’un pamphlet politique français de 1864. Le texte est malgré tout traduit en des dizaines de langues et publié dans le monde entier.
Mémorial de l’Holocauste des États-UnisRésumé du document.

Document récent · 1988

La charte du Hamas de 1988 invoque ce même texte pour expliquer les événements présents.

« Leur plan est exposé dans les Protocoles des Sages de Sion, et leur conduite actuelle est la meilleure preuve de ce que nous disons. »
Charte du Hamas de 1988, article 32Notre traduction.

En 1921, le Times démontre que les Protocoles sont un faux. En 1988, la charte du Hamas les cite comme la preuve d’un plan juif de domination mondiale : elle fait expliquer le présent par un complot fabriqué, réfuté depuis soixante-sept ans. Le document du Hamas de 2017 abandonne cette référence.

Sources et compléments

Que change le document de 2017 ?

Il abandonne les Protocoles et distingue le conflit avec le projet sioniste d’une hostilité aux Juifs en raison de leur religion, sans déclarer formellement abroger la charte de 1988. La référence examinée est datée : c’est celle de 1988.

Références des documents

  1. Mémorial de l’Holocauste des États-Unis, notice « Les Protocoles des Sages de Sion »
  2. Charte du Hamas, article 32, 18 août 1988, texte de référence de l’Avalon Project

    article 32

    Langue d’origine : arabe, d’après la traduction anglaise de l’Avalon Project.

Le faux en arabe et à la télévision

Les traductions rendent les Protocoles disponibles en arabe bien avant 1988. Le faux continue aussi de circuler après la publication de la charte.

Document du Hamas de 2017, texte intégral

Comparaison 2 sur 12Réactivation forte

L’accusation d’empoisonnement des puits

Des autorités juives auraient organisé l’empoisonnement de l’eau

Document ancien · 1348

Pendant la peste noire, une confession obtenue sous la torture devient la preuve supposée d’un complot juif.

Sous la torture, à Châtel, un Juif nommé Agimet « avoue » qu’un rabbin lui a remis un petit paquet de poison à jeter dans les puits de Venise, puis d’Italie et de France. La confession est recopiée, envoyée de ville en ville, et sert de preuve.
Confession d’Agimet, 20 octobre 1348Résumé du document.

Document récent · 2016

Le 23 juin 2016, Mahmoud Abbas s’exprime devant le Parlement européen.

« Un certain nombre de rabbins en Israël ont tenu des propos clairs, demandant à leur gouvernement d’empoisonner l’eau pour tuer les Palestiniens. »
Mahmoud Abbas, Parlement européen, 23 juin 2016Traduction de la source.

L’accusation de 2016 était fausse. Le 25 juin, la présidence palestinienne la reconnaît sans fondement et la retire. Aucun appel de rabbins à empoisonner l’eau n’a été établi. La rumeur avait pourtant atteint la tribune du Parlement européen. Elle réunit les mêmes éléments qu’en 1348 : des autorités juives donneraient l’ordre de tuer des non-Juifs en empoisonnant leur eau. Les faux aveux médiévaux avaient, eux aussi, circulé comme des preuves ; ils ont servi à justifier des massacres.

Sources et compléments

D’où venait la rumeur de 2016 ?

Elle invoquait un rabbin et un conseil introuvables sous les noms donnés, ainsi que l’organisation Breaking the Silence, qui a démenti l’avoir diffusée. Des personnes et des organisations aux noms voisins ont été mêlées à ce récit. L’enquête permet de suivre cette fabrication, indépendamment des problèmes réels d’accès à l’eau en Cisjordanie.

Références des documents

  1. Confession d’Agimet de Genève, Châtel, 20 octobre 1348, Internet Jewish History Sourcebook, université Fordham
  2. Mahmoud Abbas, discours devant le Parlement européen, 23 juin 2016

    Langue d’origine : arabe, traduction rapportée par France 24.

Autres documents sur cette accusation

Document ancien · 1349

La chronique de la crémation des Juifs de Strasbourg rapporte que les Juifs furent accusés en toutes terres d’avoir causé la peste par le poison qu’ils auraient mis dans l’eau et les puits. Selon ce chroniqueur, environ deux mille personnes auraient été brûlées le 14 février 1349. Il ajoute que ce fut bien l’argent qui tua les Juifs.
Chronique strasbourgeoise du XIVe siècle, « The Cremation of Strasbourg Jewry », Internet Jewish History SourcebookRésumé du document.

Conspiracy Watch, 26 juin 2016, pour l’origine de la rumeur et la rétractation du 25 juin

Comparaison 3 sur 12Réactivation forte

L’accusation de déicide

Une exécution romaine devient une culpabilité juive collective

Document ancien · IIe siècle

Méliton de Sardes impute la mort du Christ à Israël. Cette accusation contribuera à faire porter une culpabilité collective aux Juifs.

« Dieu a été mis à mort, celui qui est le roi d’Israël est écarté par une main israélite. »
Méliton de Sardes, Sur la Pâque, § 96Traduction de la source.

Document récent · 2020

La journaliste vient de comparer les forces de l’ordre à Jésus sur la croix. Jean-Luc Mélenchon répond en attribuant la crucifixion aux compatriotes de Jésus.

« Je ne sais pas si Jésus était sur la croix. Je sais qui l’y a mis, paraît-il, ce sont ses propres compatriotes. »
Jean-Luc Mélenchon, RMC et BFMTV, 15 juillet 2020

Jésus a été crucifié sur l’ordre du préfet romain Ponce Pilate. En attribuant cette exécution à « ses propres compatriotes », la réponse fait disparaître le pouvoir romain sans préciser quelles autorités elle met en cause. Ce raccourci rappelle l’accusation de déicide, qui a fait porter aux Juifs une culpabilité collective. L’Église catholique l’a explicitement rejetée en 1965. Une intervention de certaines autorités juives dans les récits de la Passion ne rend responsable ni tout un peuple ni ses descendants.

Sources et compléments

Le « paraît-il » ne marque-t-il pas une distance ?

Il marque une hésitation, dans une réponse improvisée à une comparaison religieuse de la journaliste. Il ne précise cependant pas qui a ordonné l’exécution. La formule laisse circuler l’imputation collective ; Nostra aetate la récuse explicitement pour les Juifs de l’époque comme pour ceux des siècles suivants.

Références des documents

  1. Méliton de Sardes, Sur la Pâque, § 96, vers 160-170, traduction O. Perler

    Sur la Pâque, § 96, Sources Chrétiennes 123, 1966

    Langue d’origine : grec, traduction O. Perler.

  2. Jean-Luc Mélenchon, RMC et BFMTV, 15 juillet 2020, en réponse à la journaliste qui venait de comparer les forces de l’ordre à « Jésus sur la croix qui ne réplique pas »

Autres documents sur cette accusation

Document ancien · 1965

« Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ, ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. »
Concile Vatican II, déclaration Nostra aetate, § 4, 28 octobre 1965§ 4

Amitié judéo-chrétienne de France, communiqué daté du 16 juillet 2020, repris par le CRIF le 17

Comparaison 4 sur 12Réactivation forte

Un pouvoir mondial prêté aux Juifs

Un système juif caché expliquerait les décisions du pays.

Document ancien · 1889

Dans La Fin d’un monde, Drumont attribue aux Juifs un système de contrôle des lois et de la presse.

« La force des Juifs est de ne plus procéder comme autrefois, par des méfaits isolés; ils ont fondé un système où tout se tient, qui embrasse le pays tout entier, qui est muni de tous les organes nécessaires pour fonctionner, ils ont fortifié les points sur lesquels on pourrait les prendre, ils ont modifié sans bruit les lois qui les gênaient ou obtenu des arrêts qui paralysent l’action de ces lois, ils ont soumis la presse au capital, de façon à ce qu’elle soit dans l’impossibilité de parler. »
Édouard Drumont, La Fin d’un monde, 1889, p. 79

Document récent · 2013

Dans cet entretien, les « organisations israéliennes » désignent le CRIF et la LICRA.

« Il y a vraiment une volonté d’extermination méthodique, organisée, systématique de ces organisations israéliennes. Je pense qu’ils se sont installés en France pour contrôler à peu près tous les secteurs de l’activité de ce pays, que ce soit au niveau politique ou médiatique, ainsi que toutes les institutions judiciaires ou administratives. »
Dieudonné, Algérie patriotique, 14 février 2013

Le CRIF et la LICRA sont des associations françaises. Dieudonné les transforme en organisations israéliennes venues contrôler le pays, puis leur attribue la maîtrise de la politique, des médias, de la justice et de l’administration. Rien, dans l’entretien, ne démontre ce contrôle. Comme chez Drumont, des décisions prises par des acteurs différents deviennent l’œuvre d’un même pouvoir juif caché. Faire du lobbying ne donne pas le pouvoir de commander à toutes ces institutions.

Sources et compléments

Comment examiner leur influence réelle ?

En identifiant leurs demandes, les responsables contactés et les décisions obtenues. Leurs prises de position et leurs moyens déclarés peuvent être étudiés comme ceux de toute association. L’entretien de Dieudonné n’établit aucun de ces liens avant de leur attribuer le contrôle du pays.

Références des documents

  1. Édouard Drumont, La Fin d’un monde, Albert Savine, 1889, p. 79, chapitre « Les monopoles »
  2. Dieudonné M’bala M’bala, entretien à Algérie patriotique, 14 février 2013. Les « organisations israéliennes » désignent, dans l’échange, le CRIF et la LICRA, deux associations de droit français

Autres documents sur cette accusation

Document ancien · 1898

Caricature antisémite montrant Rothschild enserrant le globe
Rothschild enserrant le globe.
Charles Léandre, Le Rire, no 180, 16 avril 1898Résumé du document.

Document ancien · 1897

Dreyfus n’est « évidemment qu’un agent subalterne du grand syndicat de trahison cosmopolite dont Rothschild est le généralissime ».
Édouard Drumont, La Libre Parole, 11 décembre 1897, cité par Grégoire Kauffmann, Archives Juives, 2009Résumé du document.

Les associations visées

Le CRIF fédère des institutions juives françaises ; la LICRA lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

  • CRIF Le Conseil représentatif des institutions juives de France fédère des institutions juives françaises. Il prend publiquement position sur des sujets politiques. Présentation du CRIF
  • LICRA La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme est une association française de lutte contre les discriminations. Présentation de la LICRA
Comparaison 5 sur 12Analogie étayée

À la demande du CRIF

Un rapport parlementaire en 1892, une déclaration ministérielle en 2024

Document ancien · 1892

En mai 1892, Drumont conteste un rapport parlementaire. Son avocat Émile de Saint-Auban reproduit l’article et revient sur cette accusation dans sa défense publiée en 1895.

Drumont accuse le député Auguste Burdeau d’avoir reçu son rapport sur la Banque de France déjà rédigé, par l’intermédiaire d’un domestique de Rothschild. Dans le même article, il affirme que le projet place les ressources de la France entre les mains d’un « Juif de Francfort ».
Drumont contre Burdeau, 1892, d’après Émile de Saint-AubanRésumé du document.

Document récent · 2024cas-limite

Le CRIF avait publiquement demandé à la France de revoir sa réaction aux demandes du procureur de la CPI. À l’Assemblée, le ministre Stéphane Séjourné maintient son soutien à l’indépendance de la CPI tout en refusant une équivalence politique entre le Hamas et Israël. Rima Hassan écrit ensuite :

« À la demande du crif. »
Rima Hassan, X, 22 mai 2024Le 24 mai, Rima Hassan distingue expressément le CRIF des Juifs et dit critiquer le lobbying de l’association.

Le CRIF avait bien demandé publiquement à la France de revoir sa position. Cette demande précède la déclaration du ministre ; elle ne démontre pas qu’elle l’a déterminée. Une demande n’est pas un ordre. Drumont accusait Burdeau de recevoir un rapport déjà écrit par Rothschild ; les quatre mots de Rima Hassan ne décrivent pas cette soumission. Ce cas-limite oblige à distinguer une influence possible d’un contrôle affirmé.

Sources et compléments

Quels éléments permettraient d’établir une influence ?

Un échange avec le ministre, un témoignage ou un document reliant la démarche du CRIF à sa déclaration. La chronologie rend l’hypothèse possible ; elle ne suffit pas à trancher. Le ministre maintient par ailleurs son soutien à l’indépendance de la CPI tout en refusant une équivalence politique entre le Hamas et Israël.

Références des documents

  1. Édouard Drumont, La Libre Parole, 13 mai 1892, article cité et accusation exposée par Émile de Saint-Auban, L’Histoire sociale au Palais de justice, 1895, « Affaire Drumont-Burdeau »

    Chapitre « Le renouvellement du privilège de la Banque de France », p. 181 et suivantes. L’avocat présente le détail du domestique comme une plaisanterie ; le texte ci-dessus résume son exposé et ne constitue pas un verbatim de Drumont.

  2. Rima Hassan, message publié sur X le 22 mai 2024, partageant une déclaration de Stéphane Séjourné à l’Assemblée nationale la veille

Ce qui est public les 21 et 24 mai

Le communiqué, la déclaration du ministre et la réponse de Rima Hassan permettent de vérifier la chronologie.

La réponse de Rima Hassan du 24 mai 2024

Comparaison 6 sur 12Réactivation forte

Les « cosmopolites » en URSS et Soros en Hongrie

Soros et son réseau décrits comme un ennemi sans patrie

Document ancien · 1949-1953

Le pouvoir soviétique lance une campagne contre des intellectuels juifs qu’il accuse de manquer de patriotisme.

La Pravda ouvre la campagne par un article intitulé « À propos d’un groupe antipatriotique de critiques théâtraux », qui emploie dix-huit fois le mot cosmopolitisme. Les cibles sont des intellectuels juifs, accusés de manquer de patriotisme et d’entretenir des fidélités étrangères. La campagne durera jusqu’à la mort de Staline.
Pravda, 28 janvier 1949, étude publiée par l’ALARMERRésumé du document.

Document récent · 2018

Le 15 mars 2018, Viktor Orbán décrit l’adversaire qu’incarneraient George Soros et son réseau. Il lui prête clandestinité, puissance internationale et spéculation financière, puis annonce qu’il renverra Soros et son réseau en Amérique.

« il n’a pas de patrie, parce qu’il croit que le monde entier est à lui. »
Viktor Orbán, discours du 15 mars 2018Traduction de la source.

Orbán prête au réseau de Soros un projet de possession du monde et une absence de patrie. Ni la fortune d’un homme ni ses dons à des associations ne prouvent ce projet. Le discours remplace l’examen de ses activités par le portrait d’un ennemi clandestin, financier et étranger aux nations. Sans prononcer le mot « Juif », cet assemblage reprend les traits du « cosmopolite sans racines » dirigés contre des intellectuels juifs en URSS. Chez Lesquen, cité en complément, le lien avec l’origine juive est explicite.

Sans patrie, ou au service d’un autre État

Chez Orbán, Soros serait sans patrie. Dieudonné présente le CRIF et la LICRA comme des organisations israéliennes venues contrôler la France. Aucun pays dans le premier récit, Israël dans le second : deux façons de désigner des Juifs comme des étrangers infiltrés, hostiles à la société où ils vivent.

La double loyauté, dans la comparaison suivante
Sources et compléments

Les financements de Soros peuvent-ils être critiqués ?

Oui : une enquête peut nommer les sommes, les bénéficiaires, les objectifs et les effets des financements. Le discours de 2018 leur substitue un adversaire collectif qui voudrait posséder le monde. Le texte de Lesquen va jusqu’à présenter l’origine juive de trois auteurs comme l’explication de leurs positions politiques.

Références des documents

  1. Pravda, 28 janvier 1949 ; Assia Kovriguina et Lisa Vapné, « Les formes d’hostilités antijuives de l’État soviétique à l’époque stalinienne », revue de l’ALARMER, 12 décembre 2020
  2. Viktor Orbán, discours à Budapest du 15 mars 2018, traduction française publiée par les services du Premier ministre hongrois

    Commémoration de la révolution de 1848. Le pronom désigne l’adversaire collectif associé à Soros et à son réseau dans le discours.

    Langue d’origine : hongrois.

Autres documents sur cette accusation

Document récent · 2017

Le gouvernement hongrois oppose le visage de George Soros à une majorité censée rejeter l’immigration. L’affiche ne mentionne pas son origine juive.

« Ne laissons pas Soros rire le dernier ! »
Campagne d’affichage du gouvernement hongrois, juillet 2017, analysée par John E. Richardson et Ruth Wodak, « Anti-Sorosism: Reviving the “Jewish world conspiracy” », dans « Reviving the “Jewish world conspiracy” », John Benjamins, 2022, chapitre 17Notre traduction.L’intéressé a déclaré publiquement être « affligé » par l’usage d’une imagerie antisémite dans cette campagne. La principale organisation juive de Hongrie, la Mazsihisz, a écrit au chef du gouvernement que ces « messages empoisonnés nuisent à la Hongrie tout entière » et demandé l’arrêt de la campagne. Le gouvernement a annoncé son retrait le 12 juillet, pour le 15.Affiches déployées dans tout le pays à partir du 5 juillet 2017, portant en vis-à-vis une seconde ligne, « 99 % rejettent l’immigration illégale ». Le visage de l’intéressé, riant, occupe le fond. La judéité n’est pas nommée.

Document récent · 2025

Henry de Lesquen invoque explicitement l’origine juive de trois auteurs pour expliquer leurs positions.

« Les trois personnages qui se sont réclamés le plus ouvertement de l’idéologie cosmopolite en France depuis 1968 [...] ont été Bernard-Henri Lévy, Guy Scarpetta et Daniel Cohn-Bendit, tous les trois juifs. Ce n’était évidemment pas le fait du hasard. »
Henry de Lesquen, « Dissertation sur le cosmopolitisme », lesquen.fr, 20 mai 2025

Times of Israël, 11 juillet 2017 : réaction de l’intéressé, lettre de la Mazsihisz et relevé des graffitis tracés sur les affiches

On vous fait pas un dessin

Affiche néerlandaise du film De eeuwige Jood, Le Juif éternel, réalisé par Fritz Hippler en 1940
Le Juif éternel, Fritz Hippler, 1940. Affiche néerlandaise : De eeuwige Jood.
Affiche de La France insoumise visant Cyril Hanouna, diffusée puis retirée en mars 2025
Affiche visant Cyril Hanouna, La France insoumise, mars 2025. Le texte de campagne est conservé.

Sourcils accentués, regard assombri, bouche crispée : le traitement du visage de Hanouna rappelle ici une imagerie antisémite. Dans Le Juif éternel, le titre et l’étoile désignent les Juifs comme groupe. L’affiche de LFI présente Hanouna comme un relais de l’extrême droite et en fait une figure menaçante par ces mêmes procédés visuels.

La ressemblance porte sur ces choix visuels. Elle ne suffit pas à établir une copie de l’affiche de 1940 ni l’intention de ses auteurs.

Paul Vannier a déclaré que le visuel avait été produit avec Grok et reconnu une erreur. LFI a retiré l’affiche.

Comparaison 8 sur 12Réactivation forte

Les soupçons de double loyauté

Des Juifs français sommés de se désolidariser d’un État étranger

Document ancien · 1890

Drumont présente les Juifs comme des étrangers de passage, incapables d’appartenir à la société où ils vivent.

« La race juive ne peut vivre dans aucune société organisée, c’est une race de nomades et de bédouins ; quand elle a installé son campement quelque part, elle détruit tout autour d’elle. »
Édouard Drumont, La Dernière Bataille, 1890

Document récent · 2025

Sur France Inter, Jean-Louis Bourlanges s’adresse aux Juifs de France au sujet de la politique israélienne.

Il a appelé « les Juifs de France » à « prendre leurs distances avec la politique israélienne », estimant qu’« ils [en] sont largement solidaires ».
Jean-Louis Bourlanges, France Inter, 29 septembre 2025Propos rapportés ; citations entre guillemets.

Être juif ne dit pas quelle politique on soutient et ne rend pas responsable des décisions du gouvernement israélien. Bourlanges demande pourtant aux « Juifs de France » de se désolidariser collectivement d’un État étranger. Même si certains soutiennent sa politique, cette demande ne peut être adressée à tous du seul fait de leur origine. Il fait ainsi de l’origine juive une raison d’exiger de citoyens français qu’ils se justifient collectivement sur la politique israélienne.

Sources et compléments

Et le mot « camper » employé en 2023 ?

Le message de Jean-Luc Mélenchon vise le déplacement de Yaël Braun-Pivet en Israël. Le vocabulaire du campement rappelle les textes de Drumont et de Bedel, mais une ressemblance de mots ne suffit pas à établir la même accusation. Ce cas-limite reste distinct de l’injonction explicitement adressée aux Juifs de France en 2025.

Références des documents

  1. Édouard Drumont, La Dernière Bataille, 1890, cité par Pierre Birnbaum et rapporté par Thierry Pech, La Grande Conversation

    Citation en français rapportée par une source secondaire.

  2. Jean-Louis Bourlanges, ancien président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, France Inter, 29 septembre 2025, propos rapportés par Times of Israël

    Aucune réponse publique de Jean-Louis Bourlanges à ces reproches n’a été trouvée lors de la vérification citée ci-dessous.

    Une plainte a été déposée par une association ; aucune décision de justice n’est connue à ce jour. Times of Israel, 4 octobre 2025, sur le depot de plainte État vérifié le 2026-09-04.

Autres documents sur cette accusation

Document ancien · 1937

« Le président du conseil venu d’une race errante camper en Île-de-France par un hasard qui l’eût aussi bien mené à New York. »
Maurice Bedel écrivant sur Léon Blum, 1937, cité par Pierre Birnbaum et rapporté par Thierry Pech, La Grande ConversationCitation en français rapportée par une source secondaire.

Document récent · 2023cas-limite

Ce message vise le déplacement de Yaël Braun-Pivet en Israël. Le mot « camper » rappelle les textes anciens, mais la phrase ne nomme pas sa judéité : ce cas reste une limite de la comparaison.

« [...] camper à Tel-Aviv pour encourager le massacre. [...] Pas au nom du peuple français ! »
Jean-Luc Mélenchon, message public du 22 octobre 2023 sur le déplacement de la présidente de l’Assemblée nationale en Israël, fragments cités par La Libre le 23 octobre 2023

Thierry Pech, « Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et l’antisémitisme », La Grande Conversation, 3 janvier 2024, d’après les relevés de Pierre Birnbaum

Comparaison 9 sur 12Analogie étayée

Le rayon paralysant

Discréditer une alerte avant d’en examiner les raisons

Document ancien · 1952

Au procès fabriqué de Prague, onze des quatorze accusés sont juifs. Le procureur Josef Urválek récuse les dénonciations d’antisémitisme :

« Quand se sont élevées les voix du peuple contre les sionistes, ils ont commencé à hurler contre le danger de l’antisémitisme pour couvrir le fait qu’ils mettaient en avant les intérêts de classe de la bourgeoisie juive et, via le sionisme international, ceux de l’impérialisme américain. »
Josef Urválek, réquisitoire du procès de Prague, 26 novembre 1952Traduction de la source.

Document récent · 2017

Jean-Luc Mélenchon répond à la demande du CRIF de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël.

Il s’est dit « hostile à tous les communautarismes », celui du CRIF étant « particulièrement agressif », puis : « C’est une association communautaire qui en plus manie un rayon paralysant. Dès que vous dites quelque chose qui ne leur plaît pas, pouf ! vous voilà repeint en antisémite. »
Jean-Luc Mélenchon, Europe 1, 17 décembre 2017Propos rapportés ; citations entre guillemets.En décembre 2019, Jean-Luc Mélenchon affirme qu’il défendra chaque Juif mis en cause parce qu’il est juif, et maintient son accusation contre le CRIF : « Inventer des antisémites, c’est grave et le CRIF passe son temps à ça. »

Une accusation d’antisémitisme peut être fausse : il faut alors montrer quels faits elle déforme. « Dès que vous dites quelque chose qui ne leur plaît pas » dispense de cet examen. Toute alerte devient la manœuvre supposée d’une association, y compris lorsqu’elle est fondée. Le procureur de Prague utilisait déjà ce raisonnement pour écarter les dénonciations d’antisémitisme. Son réquisitoire servait un procès fabriqué conduisant à des exécutions ; en 2017, la formule est une charge politique à la radio.

Sources et compléments

Que reprocher précisément au « rayon paralysant » ?

La formule ne réfute aucune accusation particulière : elle prête au CRIF une manière automatique de faire taire ses contradicteurs. On peut contester sa position sur Jérusalem ou une accusation qu’il porte en examinant ses arguments. Lui attribuer ce pouvoir général transforme par avance ses signalements en preuves de sa malveillance.

Références des documents

  1. Josef Urválek, procureur général, réquisitoire final du procès Slánský, Prague, 26 novembre 1952, dans la traduction publiée par Radio Prague International le 29 octobre 2021, d’après le film de Ruth Zylberman « Le Procès, Prague 1952 »

    Réquisitoire prononcé le matin du septième jour du procès. Onze des quatorze accusés étaient juifs, et l’acte d’accusation les désignait comme tels. Le passage figure aussi, en anglais, dans les actes radiodiffusés publiés en 1953 : « they shouted about the danger of anti-Semitism in order to hide the fact that they were pursuing the class interests of the Jewish bourgeoisie ».

    Langue d’origine : tchèque.

    Copie archivée
  2. Jean-Luc Mélenchon, Le Grand Rendez-vous, Europe 1, 17 décembre 2017, après la demande du CRIF de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël ; propos rapportés par Europe 1 le jour mêmeCopie archivée

Actes du procès diffusés par la radio tchécoslovaque, édition anglaise de 1953, cent quarante-deux pages : le réquisitoire du 26 novembre occupe les pages 121 à 139, le passage cité est page 138

Comparaison 10 sur 12Analogie étayée

Tous rangés parmi les « sionistes »

Une étiquette commune dispense d’examiner ce que chacun dit

Document ancien · 1951-1952

Artur London raconte que son interrogateur cherche lesquels de ses contacts sont juifs, puis les désigne comme « sionistes ». C’est l’accusateur qui parle à un accusé juif. La « démocratie populaire » désigne ici le régime communiste tchécoslovaque.

« Nous sommes dans l’appareil de sécurité d’une démocratie populaire. Le mot juif est une injure. C’est pourquoi nous écrivons sioniste. »
Artur London, L’Aveu, 1968, p. 217-218

Document récent · 2024

Le 30 mars 2024, Houria Bouteldja vise le RAAR, Juives et Juifs révolutionnaires (JJR) et Golem :

« L’offensive des sionistes de gauche dans l’extrême gauche a un seul objectif. Intimider et faire plier les derniers bastions politiques qui soutiennent la Palestine, refusent de se soumettre au chantage à l’antisémitisme et qui continuent de faire vivre une certaine idée de l’internationalisme. »
Houria Bouteldja, intervention du 30 mars 2024

Dès février 2023, JJR affirmait sa solidarité anticolonialiste avec la cause palestinienne et récusait l’étiquette « sioniste ». Lui attribuer en 2024 l’objectif de neutraliser cette solidarité contredit cette position publiée. La lutte contre l’antisémitisme devient elle-même la preuve supposée d’une hostilité aux Palestiniens. À Prague, la substitution de « juif » par « sioniste » était explicite ; ici, une identité politique imposée permet d’écarter ce que les organisations disent réellement.

Sources et compléments

Ces organisations ont-elles toutes les mêmes positions ?

Le RAAR, JJR et Golem ont leurs propres textes et leurs propres désaccords. Le sionisme est une position politique qu’on peut examiner et critiquer ; attribuer à ces trois organisations un objectif unique exige de le montrer dans leurs actes. Le soutien de JJR à la cause palestinienne suffit à contredire la généralisation proposée.

Références des documents

  1. Un interrogateur de la Sécurité d’État tchécoslovaque, s’adressant à Artur London avant le procès de Prague. Témoignage publié dans L’Aveu, Gallimard, 1968, p. 217-218, cité par Léon Poliakov

    Léon Poliakov, De l’antisionisme à l’antisémitisme, 1969, note 71, citant L’Aveu, p. 217-218. L’interrogateur demande lesquels des contacts de London sont juifs, puis écrit « sioniste » dans le procès-verbal.

  2. Houria Bouteldja, intervention du 30 mars 2024 visant le RAAR, Juives et Juifs révolutionnaires et Golem, transcription publiée par QG décolonial

Ce que disent les organisations visées

Leurs textes permettent d’examiner l’objectif qui leur est prêté, au lieu de le déduire d’une étiquette.

  • RAAR Son manifeste associe la lutte contre l’antisémitisme à celle contre tous les racismes, et refuse d’exiger une position préalable sur Israël pour dénoncer la haine des Juifs. Manifeste du RAAR
  • Juives et Juifs révolutionnaires Dans un texte du 15 février 2023, JJR récuse sa qualification de « sioniste », affirme son soutien anticolonialiste à la cause palestinienne et explique son combat contre l’antisémitisme. La position publiée par JJR en février 2023
  • Golem Dans sa charte de juillet 2024, postérieure à l’intervention de Bouteldja, le collectif soutient le Nouveau Front populaire et lui demande des engagements contre l’antisémitisme. Charte de Golem, 14 juillet 2024

Artur London : entretien et biographie, radio publique tchèque, 25 octobre 2022

Comparaison 11 sur 12Transmission documentée

Mahmoud Abbas : de la thèse de 1982 au discours de 2018

Mahmoud Abbas reprend dans un discours les arguments de son livre

Document ancien · 1984

Ce livre en arabe est issu de la thèse qu’Abbas a soutenue à Moscou en 1982. Il attribue au mouvement sioniste une collaboration avec les nazis.

Mahmoud Abbas publie L’Autre Face : les relations secrètes entre le nazisme et le sionisme. Il présente les démarches d’émigration juive comme une entente avec les nazis, conteste le bilan de six millions de morts et cite Robert Faurisson sur les chambres à gaz.
Mahmoud Abbas, L’Autre Face, 1984, analysé par Stéphanie Courouble ShareRésumé du document.

Document récent · 2018

Le 30 avril 2018, devant le Conseil national palestinien, Mahmoud Abbas reprend des arguments de son livre de 1984.

Il a affirmé qu’Hitler avait facilité l’émigration juive vers la Palestine par un accord de transfert d’avoirs financiers, et présenté la Shoah non comme le résultat de l’antisémitisme mais du « comportement social, de [l’imposition] d’intérêts et d’affaires financières ».
Mahmoud Abbas, discours du 30 avril 2018Propos rapportés ; citations entre guillemets.Le 4 mai 2018, Abbas présente des excuses aux personnes offensées et condamne de nouveau la Shoah et l’antisémitisme. Il avait déjà condamné la Shoah en 2003 et en 2014.

L’accord Haavara de 1933 permettait à des Juifs persécutés de quitter l’Allemagne avec une partie de leurs avoirs. Cet accord commercial favorisait aussi les exportations allemandes et divisait les opposants au nazisme sur le boycott. Ces négociations ne prouvent pas une adhésion au projet nazi. Abbas en fait pourtant l’argument d’une entente avec le persécuteur. Attribuer la Shoah au comportement financier des Juifs inverse ensuite la responsabilité du crime : les nazis ont organisé leur extermination au nom de leur idéologie raciale.

Des antifascistes juifs accusés de servir l’ennemi

En décembre 1941, le pouvoir soviétique accuse Henryk Erlich et Victor Alter d’espionnage pour l’Allemagne, alors qu’ils préparent un comité juif anti-hitlérien. Une autre affaire frappe le Comité antifasciste juif en 1952 : ses membres sont poursuivis pour trahison et espionnage, notamment au profit des États-Unis. Les accusations diffèrent ; leur engagement antifasciste ne les protège pas du soupçon fabriqué par l’État soviétique.

Les deux affaires dans Tradition !

La thèse d’Abbas et ses suites

Le même auteur reprend ces arguments dans une thèse, un livre puis un discours.

  1. 1982 Mahmoud Abbas soutient à Moscou une thèse sur les relations entre sionistes et nazis, dirigée par Vladimir Kisselev. Son résumé de soutenance est accessible ; la thèse complète reste en fonds réservé. Étude de la thèse et des documents accessibles
  2. 1984 La thèse devient L’Autre Face : les relations secrètes entre le nazisme et le sionisme, publié en arabe à Amman. Le livre conteste le bilan de six millions de morts et cite Robert Faurisson sur les chambres à gaz. Analyse du livre par Stéphanie Courouble Share
  3. 2018 Devant le Conseil national palestinien, Abbas invoque de nouveau un accord entre Hitler et le mouvement sioniste et attribue la Shoah au comportement social et financier des Juifs. Il présente ensuite des excuses. Le discours du 30 avril 2018

Izabella Tabarovsky, « Mahmoud Abbas’ Dissertation », Tablet, 3 août 2023, sur la thèse et sa conservation, dans la reprise consultable de madan.org.il ; « L’antisionisme soviétique et l’antisémitisme de gauche aujourd’hui », Fathom, mai 2019, traduit par Conspiracy Watch, sur la campagne et ses canaux

Sources et compléments

Les démarches d’émigration peuvent-elles être discutées ?

Elles l’ont été dès l’époque. L’accord de transfert entrait en conflit avec le boycott antinazi et servait aussi des intérêts économiques allemands. Cette histoire permet d’examiner les choix faits sous la persécution. Elle ne justifie ni la négation du nombre des victimes ni la mise en doute des chambres à gaz, que le livre d’Abbas reprend en citant Faurisson.

Références des documents

  1. Mahmoud Abbas, L’Autre Face : les relations secrètes entre le nazisme et le sionisme, Amman, 1984, livre étudié par Stéphanie Courouble Share dans Nonfiction, 1er juillet 2015
  2. Mahmoud Abbas, discours devant le Conseil national palestinien, Ramallah, 30 avril 2018, propos rapportés par le Times of Israël

Autres documents sur cette accusation

Document ancien · 1985

Un comité soviétique publie une brochure qui présente le mouvement sioniste comme l’allié du nazisme.

Le Comité antisioniste de l’opinion publique soviétique, créé en 1983, publie un ouvrage dont le titre énonce à lui seul la thèse de la campagne : « L’Alliance criminelle du sionisme et du nazisme ».
Comité antisioniste de l’opinion publique soviétique, 1985, d’après Izabella Tabarovsky, Fathom, mai 2019, dans la traduction publiée par Conspiracy WatchRésumé du document.

Document ancien · 1969

Le livre « Attention : sionisme ! » paraît chez Politizdat, à Moscou, tiré à 70 000 exemplaires et réimprimé trois fois. Son auteur, employé du KGB et de l’appareil du Comité central, avait ouvert la campagne deux ans plus tôt par un article paru simultanément dans plusieurs publications soviétiques.
Youri Ivanov, Politizdat, Moscou, 1969, d’après Izabella Tabarovsky, Fathom, mai 2019, dans la traduction publiée par Conspiracy WatchRésumé du document.

Note de l’ambassade polonaise du 8 décembre 1941 sur Erlich et Alter, PISM, document 148, p. 266-268

Comparaison 12 sur 12Réactivation forte

Les « sionistes nazis », encore

Des accusations d’alliance avec Hitler au message de Rima Hassan de 2026

Document ancien · 1967

Un magazine soviétique accuse les sionistes d’avoir financé Hitler et participé à ses crimes. Le texte est traduit en français en 1968.

« Les banquiers sionistes allemands ont généreusement offert leurs coffres à Hitler. Ce n’est pas pour rien que Mendelsohn, l’un des pionniers du sionisme en Allemagne, avait été promu par Hitler au rang d’“Aryen d’honneur”. Les chambres à gaz de Treblinka ont été reconstruites avec l’argent des sionistes “aryens”… Les sionistes italiens ont aidé Mussolini à s’emparer du pouvoir… Maintenant, même les sionistes les plus orthodoxes seraient incapables de nier que tous les crimes majeurs contre l’humanité n’aient été commis avec la participation des sionistes »
Perets, octobre 1967, traduction reproduite par Léon PoliakovTraduction de la source.

Document récent · 2026

Rima Hassan répond à une image relayée par Jean Quatremer, montrant Hitler avec un keffieh. Elle invoque les négociations d’un dirigeant sioniste avec les nazis et une autorisation prétendument exclusive du mouvement sioniste.

« Jean Quatremer, journaliste chez @libe a publié cette image sur tous ses réseaux sociaux. Le nazisme est une histoire européenne non palestinienne. Faut-il rappeler à ce journaliste que Haïm Arlosoroff, le directeur politique de l’Agence juive du mouvement sioniste prônait des négociations avec les nazis. Le mouvement sioniste était la seule organisation juive autorisée en Allemagne nazie. »
Rima Hassan, X, 30 mai 2026

L’affirmation d’une autorisation exclusive est fausse : le Centralverein, qui défendait l’intégration des Juifs dans la société allemande, poursuivait aussi ses activités, jusqu’à sa dissolution forcée en 1938. Les négociations de 1933 ont bien existé ; elles visaient à permettre une émigration sous la persécution. En faire un privilège prouvant une proximité avec le nazisme reprend le renversement des textes précédents : les persécutés deviennent les partenaires du persécuteur. L’image relayée par Quatremer mérite d’être contestée ; elle ne rend pas ce récit vrai.

Sources et compléments

Quelles autres organisations existaient en Allemagne ?

Le Centralverein et le Hilfsverein apportaient notamment une aide aux Juifs cherchant à émigrer. La Représentation des Juifs allemands, créée en septembre 1933, fédérait différentes organisations. Elles subissaient une répression croissante, avant leur dissolution ou leur mise sous tutelle : cette histoire contredit l’autorisation exclusivement accordée au mouvement sioniste.

Références des documents

  1. Magazine ukrainien Perets, octobre 1967, cité par le bulletin Les Juifs en Europe de l’Est, n° 24, mai 1968, p. 28, et reproduit par Léon Poliakov, De l’antisionisme à l’antisémitisme, Calmann-Lévy, 1969, chapitre « L’ère des persécutions », note 118

    Le livre de Poliakov est reproduit en ligne par PHDN, où la citation et sa note ont été relevées. La traduction française est celle publiée par le bulletin cité, reprise par Poliakov.

    Langue d’origine : ukrainien.

    Copie archivée
  2. Rima Hassan, députée européenne, message publié sur X le 30 mai 2026, au sujet d’une image relayée par Jean Quatremer, journaliste à Libération (Hitler en uniforme, keffieh au cou, brassard « HATE »), image jointe au message

    Message long, relevé et archivé le 6 septembre 2026 sur une copie tierce (fxtwitter), le service d’archive n’acceptant pas x.com ; la syndication de X le marque comme modifié après publication, et le texte cité est la version en ligne à la date de la capture.

    Aucune réponse publique à l’analyse de ce message n’a été trouvée lors de la vérification de septembre 2026.

    Copie archivée

Autres documents sur cette accusation

Document ancien · 1996

« le groupe sioniste allemand, qui pourtant, à l’époque, était très minoritaire, prit une attitude inverse et, de 1933 à 1941 s’engagea dans une politique de compromis et même de collaboration avec Hitler. Les autorités nazies, en même temps qu’elles persécutaient les juifs, par exemple, en un premier temps, en les chassant des fonctions publiques, dialoguaient avec les dirigeants sionistes allemands et leur accordaient un traitement de faveur en les distinguant des juifs “intégrationnistes” auxquels ils faisaient la chasse. »
Roger Garaudy, Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, chapitre « Le mythe de l’antifascisme sioniste », p. 31 de l’édition numérique diffusée par l’auteur (texte du samizdat de 1996). Ancien député et sénateur communiste, exclu du PCF en 1970 ; condamné pour ce livre par la cour d’appel de Paris le 16 décembre 1998 (contestation de crimes contre l’humanité, diffamation publique envers la communauté juive, provocation à la discrimination et à la haine raciales), pourvois rejetés le 12 septembre 2000, requête déclarée irrecevable par la Cour européenne des droits de l’homme le 24 juin 2003Verbatim relevé sur le fichier de l’édition numérique (métadonnées au nom de l’auteur, mars 2003), dont la pagination n’est pas celle des éditions imprimées de 1995 et 1996 ; apostrophes et guillemets mis à la typographie du site, mots inchangés. Le lien mène à la décision de la Cour, qui établit le livre, ses éditions et les condamnations.

L’accusation dans des textes français

La traduction de Perets, la brochure soviétique de 1985, Garaudy et Le Grand Soir font circuler en français l’accusation d’une alliance entre sionistes et nazis.

Les organisations d’aide à l’émigration, Mémorial de l’Holocauste

Flèches haut et bas : naviguer · Début et Fin : première et dernière étape

Des mensonges qui rendent la violence acceptable

Une rumeur répétée peut devenir assez crédible pour justifier des discriminations, des expulsions et des tueries. Les faux aveux de 1348 ont servi à légitimer des massacres. En 2016, une accusation d’empoisonnement tout aussi fausse a été prononcée devant le Parlement européen.

La proximité politique d’un orateur ne rend pas ses accusations plus vraies. Désigner les Juifs comme un pouvoir caché, les rendre collectivement responsables de la politique d’un État ou de leurs propres persécutions reste aussi absurde et antisémite aujourd’hui qu’hier. Soutenir les droits des Palestiniens et combattre l’antisémitisme procèdent du même refus de la domination.

Le retour du soupçon contre les Juifs nous concerne ici et maintenant, dans nos propres milieux aussi. Une émancipation qui les laisse exposés à la haine reconduit une domination. Nous vous appelons à combattre ces accusations avec nous.

Voir des exemples contemporains