Usages et controverses
Le désaccord porte moins sur une phrase isolée que sur ce qu'une institution en fait lorsqu'elle forme, enquête, classe une plainte ou sanctionne.
Sources vérifiées le 31 août 2026.
Une définition ne décide pas toute seule
Dire qu'une institution « adopte » une définition ne permet pas encore de connaître ses effets. Quatre niveaux doivent rester séparés :
- Le texte, avec ses exemples, ses contre-exemples et son exigence de contexte.
- Le statut : outil pédagogique, recommandation, règlement interne ou norme juridique.
- La décision : qui applique le texte, à quels faits et avec quelle conséquence.
- Les garanties : motivation, preuve, contradiction et possibilité de recours.
Une controverse sérieuse doit donc partir d'une décision documentée. Un compteur d'adoptions ou une collection de déclarations ne démontre ni protection effective, ni censure.
Protéger sans fabriquer une présomption
L'International Holocaust Remembrance Alliance présente sa définition comme non juridiquement contraignante et demande de tenir compte du contexte général. La Déclaration de Jérusalem sur l'antisémitisme demande qu'un cadre de définition ne soit ni inscrit dans la loi, ni utilisé pour restreindre la recherche ou le débat public licite.
Ces précautions ne rendent pas l'université impuissante. Elle doit répondre au harcèlement, aux menaces et aux discriminations visant les étudiants juifs, comme tout autre groupe protégé. Le point litigieux est plus précis : une définition suffit-elle à établir qu'un propos politique visait des Juifs, ou faut-il le démontrer à partir des faits ?
Situations documentées
Kenneth Stern devant la Chambre des représentants, 2017
Dans son témoignage écrit du 7 novembre 2017, Kenneth Stern reconnaît l'existence d'hostilités antisémites dans les universités. Il s'oppose cependant à l'incorporation de la définition dans une loi applicable aux établissements : elle risquerait, selon lui, de présumer qu'une action antisioniste vise nécessairement des Juifs. Il demande que le mobile soit établi par les faits.
Association américaine des professeurs d'université, 2022
L'American Association of University Professors qualifie l'antisémitisme de menace grave et rappelle que les lois antidiscriminatoires protègent les étudiants juifs. Elle demande toutefois au ministère américain de l'Éducation de ne pas incorporer la définition de l'IHRA dans un règlement, en raison du risque qu'enseignants et étudiants évitent certains sujets.
University College London, 2019-2023
UCL a adopté la définition de l'IHRA en 2019. Après deux groupes de travail, son conseil académique a proposé en 2023 de la conserver, de lui adjoindre la Déclaration de Jérusalem, le Nexus Document et la définition d'Helen Fein, et d'employer cet ensemble à des fins éducatives plutôt que disciplinaires. Le conseil de gouvernance a différé sa décision après avoir aussi entendu l'association étudiante juive, qui craignait qu'un ensemble de définitions affaiblisse la lutte contre l'antisémitisme. À l'issue de cette réunion, la définition de l'IHRA est restée la seule officiellement reconnue par UCL. La dernière décision publique trouvée pour ce dossier est celle du 27 mars 2023.
Ce cas ne fournit pas un verdict universel. Il montre pourquoi il faut documenter séparément la recommandation académique, la décision de gouvernance, la règle disciplinaire et l'expérience des personnes protégées.
Rapport Irene Khan et réponse de l'IHRA, 2024
Dans le rapport A/79/319 du 23 août 2024, la Rapporteuse spéciale Irene Khan estime que la définition de travail de l'IHRA ne respecte pas les normes internationales de liberté d'expression et ne devrait pas servir à encadrer les politiques publiques ou la parole. Le rapport est celui d'une experte indépendante transmis à l'Assemblée générale, et non une résolution ou une position collective des Nations unies.
Le président de l'IHRA lui a répondu le 15 octobre 2024 que le texte est un outil d'analyse non juridiquement contraignant, compatible avec la critique d'Israël et la liberté d'expression. Le désaccord porte donc sur les effets de ses usages institutionnels autant que sur le texte.
La Trobe University, 2023 puis 2025
En juillet 2023, La Trobe University a retenu la définition de l'IHRA sans ses onze exemples et la Déclaration de Jérusalem sur l'antisémitisme comme lignes directrices. Cette combinaison cherchait à traiter l'antisémitisme tout en protégeant la liberté académique et le débat politique.
La même page indique qu'en février 2025 l'université a adopté la définition commune de Universities Australia. Un usage combiné peut donc évoluer. Sa date, sa version et son rôle dans les procédures comptent davantage que l'étiquette générale d'adoption.
La portée d’une liste de signatures
Le site Scholars for Truth about Genocide a publié en septembre 2025 une lettre ouverte contestant la qualification de génocide appliquée aux actes d'Israël à Gaza. Le site précise qu'il a recueilli des signatures pendant quatre jours et que celles-ci expriment des opinions personnelles. Il ne s'agit donc ni d'une recherche évaluée par les pairs, ni d'un échantillon construit pour mesurer un consensus des spécialistes.
La liste présente en outre un problème de vérification. Deux universitaires ont déclaré que leurs noms y figuraient sans leur accord. Le nombre affiché ne peut donc pas servir de décompte fiable d'experts engagés par le texte.
Le débat juridique sur Gaza doit être instruit à partir des arguments et de leurs sources, indépendamment de ce compteur. Une lettre militante et sa liste de noms ne mesurent pas la connaissance disponible. Il faut aussi établir la compétence de chaque signataire sur la question traitée et vérifier son consentement avant de le compter.
Notre règle de lecture
Doykayt utilise les définitions pour analyser des mécanismes, jamais pour déduire automatiquement une sanction. Nous séparons le propos, son contexte, sa cible, ses effets et la règle éventuellement appliquée par une institution.
Un appel au boycott, au désinvestissement ou aux sanctions peut être non antisémite en soi. Les accusations de complot juif, les exclusions de Juifs et les imputations de responsabilité collective qui peuvent l’accompagner reçoivent chacune leur propre qualification.
Contester une définition exprime d’abord un désaccord sur le cadre d’analyse. Doykayt traite ce désaccord comme une forme de déni seulement lorsqu’il sert à nier ou relativiser un mécanisme antisémite documenté.