Réflexions sur l’usage du terme « Shoah » et la lutte contre l’antisémitisme dans le discours officiel - UJFP Communiqués de l'UJFP
Acteur(s)
Verbatim
« Nous devons nous interroger sur ce nouveau discours sur « la Shoah » terme improbable adopté par Israël en 1951 pour définir ce qu'a été la destruction organisée des Juifs d'Europe par les nazis [...] Nous devons nous interroger sur le sens et le bruit entretenu à propos de la lutte contre l'antisémitisme, réel ou supposé, contre l'antisémitisme seul, alors que nous ne cessons d'affirmer que nous ne pouvons pas dissocier l'antisémitisme de la lutte contre le racisme en général dont l'antisémitisme est l'une de ses composantes, mais pas la principale aujourd'hui en France. [...] La destruction des Juifs au cours de la seconde guerre mondiale est l'histoire spécifique de l'Europe occidentale habituée par ailleurs à traiter les indigènes des colonies qu'elle occupait en sous-hommes [...] La nouveauté dans la destruction des Juifs d'Europe a résidé dans le fait qu'ils étaient blancs et européens. [...] Les 37.612 enfants d'étrangers indésirables d'aujourd'hui pèseraient-ils moins que les 11.500 enfants Juifs déportés ? [...] Évoquer alors « la Shoah » pour masquer ces crimes actuels relève de l'indécence, est une atteinte à la mémoire de nos familles, à notre histoire. La Commission antiracisme politique, pour la Coordination nationale de l'UJFP le 29 avril 2021 »
Description
Article de l'UJFP (29 avril 2021) qui : 1) Qualifie « Shoah » de « terme improbable adopté par Israël » ; 2) Affirme que l'antisémitisme n'est « pas la principale » forme de racisme en France ; 3) Relativise la spécificité de la Shoah en soulignant que « la nouveauté a résidé dans le fait qu'ils étaient blancs et européens » ; 4) Compare les « 37.612 enfants d'étrangers indésirables » aux « 11.500 enfants Juifs déportés » ; 5) Accuse d'« évoquer la Shoah pour masquer ces crimes actuels ».
Contenu
Analyse du texte
1. Relativisation et banalisation de la Shoah
Le texte compare explicitement la déportation et l’internement des enfants migrants actuels en France à la déportation des enfants juifs sous Vichy :
« Les 37.612 enfants d’étrangers indésirables d’aujourd’hui pèseraient-ils moins que les 11.500 enfants Juifs déportés ? Même si, nous le savons, la mort programmée n’est pas la finalité de leur déportation. Il n’y a pas deux poids et deux mesures pour analyser le statut de l’enfant, juif ou non. »
Cette comparaison, tout en reconnaissant que la « mort programmée » n’est pas la finalité de l’expulsion contemporaine, tend à mettre sur le même plan des politiques migratoires actuelles et le projet d’extermination nazie. Cela est généralement considéré comme une banalisation de la Shoah et une forme de relativisation du crime spécifique du génocide juif, ce qui est un ressort fréquent du discours négationniste.
2. Lecture matérialiste niant la spécificité antisémite du nazisme
Le texte affirme :
« La nouveauté dans la destruction des Juifs d’Europe a résidé dans le fait qu’ils étaient blancs et européens. Qu’un certain nombre ont été transformés par les nazis en esclaves aux services des entreprises allemandes travaillant pour l’effort de guerre nazi jusqu’à l’extrême limite de leur résistance physique avant d’être détruits et réduits en cendres. »
Cette analyse réduit la Shoah à une dimension de travail forcé et d’exploitation économique, minimisant l’idéologie raciale et exterminatrice du nazisme. Cette approche, qualifiée d’« hyper-matérialiste » par plusieurs critiques, est historiquement associée à certaines mouvances négationnistes qui cherchent à expliquer la Shoah par des logiques économiques ou coloniales, et non par l’antisémitisme racial.
3. Mise en cause du “discours officiel” sur la Shoah
Le texte invite à « interroger ce nouveau discours sur “la Shoah” », présenté comme un « terme improbable adopté par Israël en 1951 », et suggère que la mémoire de la Shoah serait instrumentalisée pour masquer d’autres crimes ou pour « ériger Israël en un État au-dessus des lois ». Cette rhétorique, qui oppose une “version officielle” à une prétendue vérité cachée, est un registre typique du complotisme négationniste.
4. Relativisation de l’antisémitisme contemporain
Le texte affirme que l’antisémitisme n’est « pas la principale [composante du racisme] aujourd’hui en France », et s’interroge sur le « bruit entretenu à propos de la lutte contre l’antisémitisme, réel ou supposé, contre l’antisémitisme seul ». Cette posture tend à minimiser la spécificité et la persistance de l’antisémitisme, ce qui est fréquemment dénoncé comme une forme de banalisation ou de déni de la réalité antisémite.
5. Réactions et consensus critique
- L’UJFP elle-même a reconnu que le texte « pourrait faire croire que le génocide est nié », et l’a retiré en présentant des excuses.
- Plusieurs organisations juives, chercheurs et militants antiracistes y voient une relativisation du génocide, une lecture historiciste qui minore la dimension raciale et exterminatrice du nazisme, et une mise en concurrence des mémoires.
En résumé
- Négationnisme : Le texte n’affirme pas explicitement que la Shoah n’a pas eu lieu, mais en relativisant sa spécificité, en la réduisant à une exploitation économique et en la mettant sur le même plan que d’autres politiques répressives, il s’inscrit dans une zone grise du négationnisme contemporain.
- Antisémitisme : Par la minimisation de la spécificité antisémite du nazisme, la mise en cause du “discours officiel” sur la Shoah, et la banalisation de l’antisémitisme actuel, le texte reprend des schémas problématiques fréquemment associés à l’antisémitisme d’ultragauche
Relativisation de la Shoah
« Les 37.612 enfants d’étrangers indésirables d’aujourd’hui pèseraient-ils moins que les 11.500 enfants Juifs déportés ? Même si, nous le savons, la mort programmée n’est pas la finalité de leur déportation. Il n’y a pas deux poids et deux mesures pour analyser le statut de l’enfant, juif ou non. »
Le texte
Nous devons nous interroger sur ce nouveau discours sur « la Shoah » terme improbable adopté par Israël en 1951 pour définir ce qu’a été la destruction organisée des Juifs d’Europe par les nazis et ses complices français en ces temps où le racisme d’État et ses discours contre les Musulmans ou supposés tels occupent une place importante de l’espace médiatique, de la presse écrite ou parlée, est repris sans état d’âme par la classe politique française, tous bords confondus.
Nous devons nous interroger sur le sens et le bruit entretenu à propos de la lutte contre l’antisémitisme, réel ou supposé, contre l’antisémitisme seul, alors que nous ne cessons d’affirmer que nous ne pouvons pas dissocier l’antisémitisme de la lutte contre le racisme en général dont l’antisémitisme est l’une de ses composantes, mais pas la principale aujourd’hui en France. Nous interroger lorsqu’Éric Dupont Moretti – Garde des Sceaux – adresse une lettre 1 aux procureurs et aux présidents des tribunaux les enjoignant à condamner les auteurs d’appels au boycott des produits israéliens – pour cause de discrimination à l’égard d’une nation – de pratiquer une politique pénale empreinte de pédagogie et de privilégier en guise de condamnation les auteurs de ces appels légitimes à des stages de citoyenneté orientés sur la lutte contre les discriminations (notamment ceux organisés au Mémorial de la Shoah, au Struthof et au camp des Milles). Érigeant Israël en un État au dessus des lois, lui garantissant l’impunité2.
La destruction des Juifs au cours de la seconde guerre mondiale est l’histoire spécifique de l’Europe occidentale habituée par ailleurs à traiter les indigènes des colonies qu’elle occupait en sous-hommes, taillables et corvéables à merci. Réduits la plupart du temps à l’état d’esclavage. La nouveauté dans la destruction des Juifs d’Europe a résidé dans le fait qu’ils étaient blancs et européens. Qu’un certain nombre ont été transformés par les nazis en esclaves aux services des entreprises allemandes travaillant pour l’effort de guerre nazi jusqu’à l’extrême limite de leur résistance physique avant d’être détruits et réduits en cendres.
La France a largement participé à ce processus, engagé en amont, dès 1938, avec la création sur son propre territoire de multiples camps de concentration et l’institution du travail forcé à travers la création des CTE – Compagnie de Travailleurs Étrangers (décret du 12/04/1939) transformés ensuite en GTE – Groupe de Travailleurs Étrangers (loi du 27/09/1940) déclinés en sous-groupes selon les nationalités enrôlées de force dans cette entreprise criminelle.
Vieil héritage colonial et esclavagiste transposé sur le territoire national et qui peut ressurgir à tout moment si les circonstances étaient à nouveau réunies. Vieil héritage depuis longtemps occulté, aujourd’hui totalement masqué par le terme sacralisé de Shoah, que nul n’ose interroger et associer à la longue politique antisémite de la France, de ses résurgences actuelles à travers les multiples tentatives de réhabilitation des chantres de l’antisémitisme vichyssois, Pétain compris. Vieil héritage colonial où la déportation et le travail forcé étaient le moyen de réduire au silence les opposants progressistes, comme après l’écrasement de la Commune de Paris, jamais totalement abandonné tout au long de la Troisième République, érigé sous Vichy en politique d’État
Pratiques toujours à l’œuvre aujourd’hui encore que viennent de dénoncer dans un rapport accablant à propos des CRA (Centre de Rétention Administratifs) la Cimade, le Forum Réfugiés et d’autres organisations humanitaires révélant qu’entre 2010 et 2019, 490.480 personnes dont 37.612 enfants ont été séquestrés. 438.815 d’entre elles ont été expulsées après avoir été contraintes à l’illégalité, à la clandestinité et finalement à la disparition par l’expulsion/élimination.
Tal Bruttman notait dans son étude sur le rôle de l’administration française et l’application de la législation antisémite sous Vichy, à propos de la déportation des Juifs, que, passés la frontière, l’État était indifférent au sort des déportés3. Aujourd’hui encore, malgré les leçons de la politique de Vichy, la France continue, imperturbable, à perpétuer à grande échelle des pratiques toutes autant criminelles tout en clamant bruyamment son souci de la mémoire de la Shoah et ses enseignements auprès de la jeunesse française, etc. Les 37.612 enfants d’étrangers indésirables d’aujourd’hui pèseraient-ils moins que les 11.500 enfants Juifs déportés ? Même si, nous le savons, la mort programmée n’est pas la finalité de leur déportation. Il n’y a pas deux poids et deux mesures pour analyser le statut de l’enfant, juif ou non. Un enfant est un enfant au regard du Droit International moderne. L’arrestation, l’internement et la déportation des enfants est formellement interdit dans quelque pays que ce soit dans le Droit International, la France ne peut y déroger.
Aucune lutte cohérente contre le racisme – antisémitisme compris – ne peut être envisagée si nous ne commençons pas par dénoncer et lutter contre ces pratiques intolérables perpétrées contre des groupes entiers de populations fragilisées à l’extrême, dépouillées de leur humanité, de leur dignité, rendues invisibles avant d’être déportées. Évoquer alors « la Shoah » pour masquer ces crimes actuels relève de l’indécence, est une atteinte à la mémoire de nos familles, à notre histoire.
Le racisme en France, quelles qu’en soient ses formes, doit être envisagé dans sa globalité – nationale et coloniale – à travers l’histoire moderne française depuis la constitution de ce qui a été appelé l’Empire français sous la Troisième République jusqu’à aujourd’hui, ses pratiques répressives – politiques et spatiales – jamais véritablement éradiquées et susceptibles de ressurgir à tout moment.
Notre antiracisme politique est avant tout notre droit d’inventaire de notre propre histoire, notre devoir impératif à faire front, ensemble, côte à côte avec celles et ceux victimes aujourd’hui des mêmes maux que ceux qui nous ont frappés hier. Notre Mémoire est tout cela réuni, vivante, tournée vers l’avenir. Nous refusons la répétition.4
La Commission antiracisme politique, pour la Coordination nationale de l’UJFP le 29 avril 2021
Note
1. lettre du 20 /10/ 2020.
1. Lettre ouverte à Mr Dupont Moretti: Mediapart le 9/02/2021
1. Tal Bruttman. Au bureau des affaires juives L’administration française et l’application de la législation antisémite ( 1940/1944 )
1. Edward Saïd , se souvenir de Deir Yassine, dans Israel-Palestine, l’égalité ou rien. La fabrique 1999
Contexte(s)(survolez pour plus d'infos)
Trope(s) identifiés
Source
Ajouté le 29 février 2024
Mis à jour le 4 février 2026