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“Les Blancs Les juifs et nous” Bouteldja
Acteur(s)
Verbatim
« “Sartre a survécu. Car l’homme de la préface des Damnés de la terre n’a pas achevé son œuvre : tuer le Blanc. […] La bonne conscience blanche de Sartre… C’est elle qui l’empêche d’accomplir son œuvre : liquider le Blanc. Pour exterminer le Blanc qui le torture, il aurait fallu que Sartre écrive : “Abattre un Israélien, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre.” Se résoudre à la défaite ou à la mort de l’oppresseur, fût-il Juif. C’est le pas que Sartre n’a pas su franchir. C’est là sa faillite. Le Blanc résiste. Le philosémitisme n’est-il pas le dernier refuge de l’humanisme blanc” Page 11 “ **Ce que j’aime chez Genet, c’est qu’il s’en fout d’Hitler. Et paradoxalement, il réussit à mes yeux à être l’ami radical des deux grandes victimes historiques de l’ordre blanc : les Juifs et les colonisés. Il n’y a aucune trace de philanthropie chez lui. Ni en faveur des Juifs, des Black Panthers ou des Palestiniens. Mais une colère sourde contre l’injustice qui leur était faite par sa propre race. N’a-t-il pas accueilli la suppression de la peine de mort en France avec une indifférence cynique alors que la bienséance ordonnait une dévote émotion et célébrait ce nouveau pas vers la civilisation ? La position de Genet tombe comme un couperet sur la tête de l’Homme blanc : « Tant que la France ne fera pas cette politique qu’on appelle Nord-Sud, tant qu’elle ne se préoccupera pas davantage des travailleurs immigrés ou des anciennes colonies, la politique française ne m’intéressera pas du tout. Qu’on coupe des têtes ou pas à des hommes blancs, ça ne m’intéresse pas énormément. » Parce que « faire une démocratie dans le pays qui était nommé autrefois métropole, c’est finalement faire encore une démocratie contre les pays noirs ou arabes ». Il y a comme une esthétique dans cette indifférence à Hitler. Elle est vision. Fallait-il être poète pour atteindre cette grâce ?” Page 13 “Vous qui rêviez de vous fondre dans l’« universel », vous voilà redevenus Juifs au sens sartriendu terme. Mais le pire pour moi n’est pas là. Après tout, vos renoncements vous regardent. Le pire, c’est mon regard, lorsque dans la rue, je croise un enfant portant une kippa. Cet instant furtif où je m’arrête pour le regarder. Le pire c’est la disparition de mon indifférence vis-à-vis de vous, le possible prélude de ma ruine intérieure.” Page 35 “Quand je vous observe, je nous vois. Vos contours existentiels sont tracés. Comme nous, vous êtes endigués. On ne reconnaît pas un Juif parce qu’il se déclare Juif mais à sa soif de vouloir se fondre dans la blanchité, de plébisciter son oppresseur et de vouloir incarner les canons de la modernité. Comme nous.” *Page 22-23 »
Contenu
“Sartre a survécu. Car l’homme de la préface des Damnés de la terre n’a pas achevé son œuvre : tuer le Blanc. […] La bonne conscience blanche de Sartre… C’est elle qui l’empêche d’accomplir son œuvre : liquider le Blanc. Pour exterminer le Blanc qui le torture, il aurait fallu que Sartre écrive : “Abattre un Israélien, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre.” Se résoudre à la défaite ou à la mort de l’oppresseur, fût-il Juif. C’est le pas que Sartre n’a pas su franchir. C’est là sa faillite. Le Blanc résiste. Le philosémitisme n’est-il pas le dernier refuge de l’humanisme blanc”Page 11
“ Ce que j’aime chez Genet, c’est qu’il s’en fout d’Hitler. Et paradoxalement, il réussit à mes yeux à être l’ami radical des deux grandes victimes historiques de l’ordre blanc : les Juifs et les colonisés. Il n’y a aucune trace de philanthropie chez lui. Ni en faveur des Juifs, des Black Panthers ou des Palestiniens. Mais une colère sourde contre l’injustice qui leur était faite par sa propre race. N’a-t-il pas accueilli la suppression de la peine de mort en France avec une indifférence cynique alors que la bienséance ordonnait une dévote émotion et célébrait ce nouveau pas vers la civilisation ? La position de Genet tombe comme un couperet sur la tête de l’Homme blanc : « Tant que la France ne fera pas cette politique qu’on appelle Nord-Sud, tant qu’elle ne se préoccupera pas davantage des travailleurs immigrés ou des anciennes colonies, la politique française ne m’intéressera pas du tout. Qu’on coupe des têtes ou pas à des hommes blancs, ça ne m’intéresse pas énormément . » Parce que « faire unedémocratie dans le pays qui était nommé autrefois métropole, c’est finalement faire encore une démocratie contre les pays noirs ou arabes ». Il y a comme une esthétique dans cette indifférence à Hitler. Elle est vision. Fallait-il être poète pour atteindre cette grâce ?”
Page 13
“Vous qui rêviez de vous fondre dans l’« universel », vous voilà redevenus Juifs au sens sartriendu terme. Mais le pire pour moi n’est pas là. Après tout, vos renoncements vous regardent. Le pire, c’est mon regard, lorsque dans la rue, je croise un enfant portant une kippa. Cet instant furtif où je m’arrête pour leregarder. Le pire c’est la disparition de mon indifférence vis-à-vis de vous, le possible prélude de ma ruine intérieure.” Page 35
“Quand je vous observe, je nous vois. Vos contours existentiels sont tracés. Comme nous, vous êtes endigués. On ne reconnaît pas un Juif parce qu’il se déclare Juif mais à sa soif de vouloir se fondre dans la blanchité, de plébisciter son oppresseur et de vouloir incarner les canons de la modernité. Comme nous.”
Page 22-23
Contexte(s)(survolez pour plus d'infos)
Trope(s) identifiés
Ajouté le 11 mars 2025
Mis à jour le 4 février 2026