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Analyse d'une structure argumentative
Acte 1
La promesse
Cet argument est familier.
« Les femmes ont les mêmes droits que les hommes depuis des décennies. La parité, c'est du favoritisme. Une entorse au principe d'égalité. »
On sait ce qui cloche.
L'égalité formelle — le droit écrit — ne corrige pas les structures réelles. Sans la loi sur la parité de 2000, les femmes représenteraient encore moins de 10% des élus.
Le principe abstrait ne suffisait pas. Il a fallu une mesure concrète.
« Nous sommes tous citoyens français maintenant. Les discriminations coloniales, c'est le passé. Tournez la page. »
On sait aussi ce qui cloche.
Les études documentent des discriminations persistantes — à l'embauche, au logement, dans les contrôles policiers. La citoyenneté formelle n'a pas effacé les conséquences structurelles.
Le principe abstrait ne suffisait pas. Des mesures de reconnaissance sont nécessaires.
Ces deux arguments partagent une structure :
Cette structure, quand elle vient de la droite, on la reconnaît immédiatement.
Que se passe-t-il quand elle s'applique ailleurs ?
Acte 2
L'échec
Il existe une troisième version de cet argument.
« L'universalisme protégera les Juifs comme il protège tout le monde. Un État-refuge ? C'est du particularisme. Incompatible avec les valeurs démocratiques. »
Ici, quelque chose de différent se passe.
Pour beaucoup, cet argument semble raisonnable. Évident, même.
Avant de juger, regardons ce que l'universalisme a concrètement offert aux Juifs.
France, 1791
Première émancipation des Juifs par un État chrétien. La Révolution leur accorde l'égalité des droits.
La promesse : « Tout aux Juifs comme individus. »
France, 1894
Alfred Dreyfus, capitaine juif, patriote, parfaitement assimilé, est condamné pour trahison sur des preuves fabriquées.
La foule crie « Mort aux Juifs » devant l'École militaire.
Un siècle après l'émancipation.
Allemagne, 1933
Les Juifs allemands sont les plus assimilés d'Europe.
Taux de mariage mixte : 22% chez les hommes.
Première Guerre mondiale :
morts au combat
Croix de fer
En 1916, l'armée allemande avait ordonné un recensement — le Judenzählung — pour « prouver » que les Juifs évitaient le front.
Les résultats montraient le contraire : 80% servaient en première ligne.
Ils ne furent jamais publiés.
1941-1945
Ce qui suivit, on le sait.
Les Juifs les plus assimilés, les plus patriotes, les plus intégrés d'Europe furent exterminés comme les autres.
Union soviétique, 1917-1991
L'internationalisme socialiste promettait d'abolir les distinctions nationales. Les Juifs adhérèrent massivement. Beaucoup furent des révolutionnaires de la première heure.
1948 — Solomon Mikhoels, directeur du Théâtre juif de Moscou, héros de guerre, assassiné sur ordre de Staline.
1952 — « Nuit des poètes assassinés ». 13 intellectuels juifs exécutés.
1953 — « Complot des blouses blanches ». Staline préparait une déportation massive. Seule sa mort l'arrêta.
Années 1970 — Quotas universitaires. Les Juifs : 13,5% des étudiants en 1935, moins de 2% en 1970.
1991 — Fin de l'antisémitisme d'État. Avec l'effondrement de l'URSS.
L'internationalisme n'a pas protégé les Juifs non plus.
États-Unis, 1920-1965
Une démocratie libérale, fondée sur la méritocratie, sans le passé antisémite de l'Europe.
Harvard — Étudiants juifs
Méthode : critères « holistiques », évaluation du « caractère », photographies obligatoires, questions sur les noms de famille.
Classification secrète : J1 (définitivement juif), J2 (probablement juif), J3 (possiblement juif).
Ces pratiques durèrent jusqu'au milieu des années 1960.
Émancipation française → Dreyfus, Vichy
Assimilation allemande → Shoah
Internationalisme soviétique → Antisémitisme d'État
Méritocratie américaine → Quotas de 40 ans
À chaque fois que les Juifs ont fait confiance à un principe abstrait pour les protéger, ce principe a échoué.
Pas une fois. À chaque fois.
C'est exactement ce qu'on reconnaît pour les femmes : l'égalité formelle ne suffit pas.
C'est exactement ce qu'on reconnaît pour les descendants de colonisés : la citoyenneté formelle n'efface pas les conséquences de l'histoire.
Pourquoi serait-ce différent pour les Juifs ?
Acte 3
Les réponses
Face à cet échec répété, les Juifs ont cherché des solutions.
Le sionisme n'était pas la seule.
Vilna, 1897
Le Bund
Fondé la même année que le premier congrès sioniste (1897), le Bund — Union générale des travailleurs juifs — proposait autre chose.
Leur principe : doikayt — « l'ici et maintenant ».
Les Juifs devaient lutter pour leurs droits là où ils vivaient. Obtenir une autonomie nationale-culturelle — écoles en yiddish, institutions, représentation politique — au sein d'États multinationaux.
Ni frontières nouvelles, ni émigration. Ce que Richard Marienstras appellera plus tard un « peuple nationalitaire » : une identité collective sans État-nation.
Pour les bundistes, le sionisme était une erreur.
Il validait l'idée que les Juifs n'appartenaient pas à l'Europe. Il abandonnait la lutte pour transformer les sociétés de l'intérieur.

« Les bundistes ne pensaient pas à émigrer en Palestine. Ils voulaient que la Pologne soit un pays de justice et de droits égaux pour les minorités. »
— Marek Edelman, commandant bundiste du soulèvement du ghetto de Varsovie
Photo : Mariusz Kubik, 2009
Cette position était cohérente.
On peut être anti-nationaliste. Refuser le principe même des États-nations. Vouloir une autre organisation du monde.
C'était la position du Bund. Elle avait sa dignité.
Le Bund n'a pas perdu un débat.
Le Bund a été exterminé — sa langue avec lui.
Sa base sociale — le judaïsme yiddishophone d'Europe de l'Est — a été anéantie dans les chambres à gaz.
Ses militants sont morts dans les ghettos, dans les camps, dans les forêts où ils combattaient en partisans.
Marek Edelman, qui survécut au ghetto de Varsovie, resta bundiste toute sa vie. Il refusa d'émigrer en Israël. Il mourut à Varsovie en 2009 — l'un des derniers.
Les autres solutions connurent le même sort.
Le Birobidjan soviétique — « région autonome juive » créée en 1934 — fut décimé par les purges staliniennes.
Simon Dubnow, théoricien de l'autonomisme, fut assassiné lors de la liquidation du ghetto de Riga en décembre 1941. Ses derniers mots, selon la tradition : « Yidn, shraybt un farshraybt » — « Juifs, écrivez et consignez ».
Ces alternatives n'ont pas échoué parce qu'elles étaient mauvaises.
Elles ont été exterminées parce que leur condition de possibilité — un monde où les Juifs peuvent vivre en sécurité sans souveraineté — n'existait pas.
Il y a un autre pan de cette histoire qu'on oublie souvent.
1948-1970
Entre 800 000 et 900 000 Juifs vivaient dans le monde arabe et musulman.
Irak, Égypte, Maroc, Tunisie, Algérie, Yémen, Libye, Syrie, Iran...
Des communautés présentes depuis des siècles. Parfois depuis l'Antiquité.
En vingt ans, ces communautés furent vidées.
Expulsions, confiscations, violences, départs forcés.
Le Farhud de Bagdad (1941) : pogrom contre les Juifs irakiens, 180 morts.
Après 1948 : lois d'exception, révocation de nationalité, saisie des biens.
Irak : de 150 000 Juifs à moins de 10 aujourd'hui.
Égypte : de 80 000 à moins de 10.
Libye : de 38 000 à zéro.
Algérie : de 140 000 à zéro.
Ces 800 000 personnes — où devaient-elles aller ?
Elles n'avaient pas choisi le sionisme. Beaucoup n'en voulaient pas. Elles voulaient rester chez elles.
On ne leur a pas laissé le choix.
La plupart sont allées en Israël.
Pas par idéologie. Parce qu'il n'y avait nulle part ailleurs.
Acte 4
Le double standard
La question n'est pas : « Peut-on critiquer Israël ? »
La question est : « Pourquoi demande-t-on aux Juifs ce qu'on ne demande à personne d'autre ? »
Ici, une objection.
« D'accord, l'histoire est terrible. Mais Israël s'est construit sur le dos des Palestiniens. Il y a eu la Nakba, les expulsions, l'occupation. Ce n'est pas comparable. »
C'est vrai qu'il y a eu des victimes palestiniennes. Des déplacements. Des morts civils. Une occupation qui dure.
Ce n'est pas contesté ici.
Mais regardons comment d'autres situations comparables sont traitées.
Presque tous les États créés au XXe siècle l'ont été dans la violence. Déplacements, morts civils, nettoyages ethniques.
Pour aucun d'entre eux on ne pose la question du « droit à l'existence ».
Asie, 1947-1953
La partition de l'Inde et la guerre de Corée
Inde-Pakistan, 1947 : 2 à 3 millions de morts. 15 millions de déplacés. Massacres systématiques.
Corée, 1950-1953 : 2 à 3 millions de morts civils. 12 à 15% de la population nord-coréenne exterminée.
Les deux Corées sont membres de l'ONU. Le Pakistan aussi. L'Inde aussi. Personne ne conteste leur légitimité.
Asie du Sud-Est, 1975
La réunification du Vietnam
Après 1975 : 800 000 boat people. 200 000 à 400 000 morts en mer. Camps de rééducation.
Le Vietnam entretient des relations diplomatiques avec 194 pays — tous les membres de l'ONU. Personne ne conteste sa légitimité.
Afrique et Asie récentes
Les États les plus récents
Timor oriental (2002) : 100 000 à 183 000 morts pendant l'occupation indonésienne — 13 à 18% de la population.
Soudan du Sud (2011) : 2 millions de morts dans les guerres précédentes. Nettoyage ethnique documenté par l'ONU.
Les deux ont été admis à l'ONU à l'unanimité. Personne ne conteste leur légitimité.
Pour aucun de ces États — malgré des bilans humains souvent bien plus lourds — on ne pose la question du « droit à l'existence ».
On critique leurs politiques. On dénonce leurs violations. On exige des réparations.
Mais on ne remet pas en cause leur existence même.
« C'est l'occupation. C'est ce qui continue aujourd'hui. »
Le Maroc occupe le Sahara occidental depuis 1975.
La Turquie occupe le nord de Chypre depuis 1974 — 200 000 Chypriotes grecs déplacés.
La Russie occupe la Crimée depuis 2014.
La Chine contrôle le Tibet depuis 1950.
Pour aucun de ces États, on ne pose la question du « droit à l'existence ».
On exige des retraits. On vote des sanctions. On condamne aux Nations Unies.
Mais on ne conteste pas leur légitimité fondamentale comme État.
Critiquer l'occupation israélienne : légitime.
Exiger la fin de la colonisation : légitime.
Exiger des droits pour les Palestiniens : légitime.
Mais poser la question du « droit à l'existence » d'Israël — et de lui seul — demande une justification.
Le mot « ethnostate » revient souvent dans ces discussions.
Ce terme fut forgé entre 1990 et 1995, par des suprémacistes blancs américains — Richard Spencer, le mouvement alt-right — pour désigner leur projet d'État réservé aux Blancs.
Dans le débat contemporain, ce terme est appliqué quasi-exclusivement à Israël.
Pourtant :
→ 23 pays déclarent l'islam religion d'État, avec la charia comme source de législation
→ Le Japon applique un droit du sang strict : naître au Japon ne donne pas la nationalité
→ L'Allemagne accorde automatiquement la citoyenneté aux « Allemands ethniques » où qu'ils soient nés
→ La Grèce, la Hongrie, l'Arménie, la Corée du Sud ont des « lois du retour » similaires à celle d'Israël
→ L'Estonie et la Lettonie ont créé des catégories de « non-citoyens » pour les populations russophones
Un terme créé par des suprémacistes blancs.
Appliqué à un seul État parmi des dizaines de configurations comparables.
Acte 5
La double peine
Reprenons la structure complète de l'argument.
Premier temps
On dit aux Juifs que l'universalisme les protégera.
Comme on disait aux femmes que l'égalité formelle suffisait. Comme on disait aux descendants de colonisés que la citoyenneté effaçait le passé.
Deuxième temps
L'universalisme ne protège pas les Juifs.
Dreyfus. Shoah. URSS. Quotas. Expulsions du monde arabe — l'échec s'est répété à chaque génération.
Troisième temps
Les Juifs cherchent des solutions.
Le Bund propose l'autonomie culturelle. D'autres proposent des territoires alternatifs. Le sionisme propose un État.
Quatrième temps
Les alternatives sont exterminées.
Le Bund meurt dans les chambres à gaz — sa langue avec lui. Les Juifs du monde arabe sont expulsés.
Des solutions proposées alors, seule celle d'un État s'est concrétisée.
Cinquième temps
Cet État, on pouvait ne pas le vouloir. On peut condamner la façon dont il s'est créé. Tant qu'on ne fait pas de double standard.
Or, son « droit à l'existence » est questionné. Il est qualifié d'« ethnostate » — terme suprémaciste. Ses violences fondatrices sont jugées plus disqualifiantes que celles de la partition indo-pakistanaise ou des expulsions d'Europe centrale.
Refuser maintenant aux Juifs l'existence d'Israël, c'est leur dire :
« L'universalisme aurait dû vous protéger. Il ne l'a pas fait, mais c'est votre problème. Votre solution est illégitime. »
C'est les condamner d'avoir été persécutés.
C'est leur reprocher d'avoir survécu.
C'est exiger qu'ils fassent confiance — encore une fois — au système qui les a trahis à chaque génération.
Il y a une ironie ici.
Les mêmes intellectuels qui théorisent la persistance des structures patriarcales au-delà de l'égalité formelle. Qui analysent les conséquences durables du colonialisme sur les sociétés postcoloniales. Qui démontrent l'insuffisance des droits formels pour les minorités.
Ces mêmes intellectuels demandent parfois aux Juifs — et seulement aux Juifs — de faire confiance à l'universalisme abstrait.
Pourquoi cette exception ?
C'est exactement la même chose que dire aux femmes :
« L'égalité des droits existe depuis 1944. Si vous n'êtes toujours pas représentées, c'est votre faute. La parité est illégitime. »
Ou aux descendants de colonisés :
« Vous êtes citoyens depuis les indépendances. Si vous subissez encore des discriminations, c'est votre problème. Vos revendications sont du communautarisme. »
Quand ces arguments viennent de la droite, on les reconnaît.
Quand ils concernent les Juifs, pourquoi deviendraient-ils acceptables ?
Acte 6
La question
Ce parcours ne dit pas :
— Que toute critique d'Israël est antisémite
— Que le gouvernement israélien actuel est défendable — il ne l'est pas
— Que l'occupation est acceptable
— Que les Palestiniens n'ont pas de droits
— Qu'il faut être sioniste — nous ne le sommes pas
— Que l'universalisme est une illusion à abandonner — c'est notre horizon
Ce parcours dit :
— Nous sommes bundistes. Nous pensons que le sionisme était une erreur. Nous nous battons pour une autre voie.
— Mais nous regardons ce qui est, pas ce qui aurait dû être.
— L'égalité reste un horizon. Il faut se battre pour elle. Elle n'est pas encore là.
— Faire comme si elle était déjà acquise — pour refuser des mesures concrètes — c'est l'universalisme alibi.
— Mener des luttes antisémites sous couvert de principes universels, c'est trahir ces principes.
— Critiquer Israël, exiger la fin de l'occupation, combattre son gouvernement fasciste : légitime et nécessaire.
— Contester l'existence d'Israël seul, parmi tous les États du monde : c'est autre chose. Et ça demande une justification.
Nous sommes bundistes.
Nous pensons que le nationalisme — y compris le nationalisme juif — était une impasse. Que le sionisme de Jabotinsky portait en germe ce qui pouvait arriver. Que d'autres voies étaient possibles.
Nous ne faisons pas de métaphysique de la diaspora. Nous ne romantisons pas l'exil. Nous regardons ce qui est.
Ce qui est, c'est qu'Israël existe.
Ce qui est aussi, c'est qu'Israël est aujourd'hui gouverné par des ministres qui tiennent des propos génocidaires. Ben Gvir, Smotrich — des fascistes au pouvoir. Une politique d'occupation et de colonisation qui viole le droit international.
Nous le disons.
Et pourtant, il existe 193 États membres de l'ONU. Beaucoup sont gouvernés par des régimes autoritaires, violents, meurtriers.
Un seul voit son existence même — pas sa politique, son existence — remise en question.
Et c'est le seul État juif.
Contester l'idée d'un État juif ? Oui — mais alors, contester d'abord l'idée d'État.
Contester le nationalisme juif ? Oui — mais alors, contester tous les nationalismes.
Exiger la fin de l'occupation, le respect du droit international, la chute de ce gouvernement ? Oui — comme on l'exigerait de n'importe quel État.
Mais remettre en cause l'existence d'Israël seul — c'est appliquer aux Juifs un standard qu'on n'applique à personne d'autre.
Nous ne défendons pas le gouvernement israélien. Nous le combattons.
Nous ne défendons pas le sionisme. Nous pensons qu'il était une erreur.
Nous défendons la cohérence intellectuelle. Et nous refusons que des luttes antisémites se parent de vertu universaliste.
Mais les bundistes ne sont plus là pour porter cette position avec nous.
Ils sont morts à Treblinka, à Sobibor, dans les forêts de Biélorussie.
Et les 800 000 Juifs expulsés du monde arabe n'avaient pas le luxe de la théorie.
Ils avaient besoin d'un endroit où aller.
Aujourd'hui, sept millions de Juifs vivent en Israël.
Ce sont les descendants de rescapés de la Shoah. De familles expulsées d'Irak, du Maroc, d'Égypte. De réfugiés qui n'avaient nulle part ailleurs.
Contester le « droit à l'existence » d'Israël — qu'est-ce que ça signifie concrètement pour eux ?
Ce n'est pas refuser un droit à des colonisateurs.
C'est refuser à des descendants d'exilés, de chassés, de pogromés — le passeport qu'ils n'ont rien fait pour obtenir. À part naître.
Tenir quelqu'un responsable de ce qu'il est — et non de ce qu'il fait.
C'est la définition de l'essentialisme.
On peut être contre les États-nations. Beaucoup de Juifs l'étaient — le Bund l'était.
C'est une position. Elle se défend.
Mais un internationalisme cohérent concernerait tous les États — pas un seul.
On reconnaît aux femmes que l'égalité formelle ne suffit pas.
On reconnaît aux descendants de colonisés que la citoyenneté n'efface pas l'histoire.
Qu'est-ce qui justifierait de ne pas reconnaître la même chose aux Juifs ?
Et si on n'a pas de réponse à cette question — qu'est-ce que ça dit de la façon dont on traite ce sujet ?
Les mêmes choix existent toujours.
Partir, ou rester.
Rester suppose que les conditions de l'émancipation soient réunies.
Elles ne le sont pas.
En France : 436 actes antisémites en 2022. 1 676 en 2023. 1 570 en 2024.
Après le 7 octobre 2023 : +1000% en trois mois. Autant d'actes qu'en trois ans cumulés.
Les Juifs représentent moins de 1% de la population française. Ils sont victimes de près de la moitié des actes racistes signalés dans les écoles.
Rester suppose aussi qu'on ait les moyens de la lutte.
Qu'il y ait assez de gens pour documenter, pour expliquer, pour répondre, pour ne pas laisser l'antisémitisme passer pour de la vertu.
Nous sommes de moins en moins nombreux à mener ce combat.
C'est pourquoi ce parcours existe.
Pour aller plus loin
Ce parcours s'inscrit dans la tradition du Bund — le mouvement juif socialiste qui pensait qu'une autre voie était possible. Nous y croyons toujours.
Les bundistes ont été exterminés. Leur langue avec eux — ce que Rachel Ertel appelle « la langue assassinée ».
Ce qui reste, ce n'est pas ce qu'on aurait voulu. C'est ce qui est. Le contester aujourd'hui, c'est demander aux Juifs de payer pour une histoire qu'ils n'ont pas choisie.
Mais rester ici, en diaspora, et se battre pour que l'universalisme devienne réel — pas un alibi, pas une abstraction, mais une réalité — c'est notre choix.
Nous ne sommes pas nombreux. Nous sommes de moins en moins.
Mais nous sommes là.
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