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L’universalisme comme alibi

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Quels moyens concrets permettent d’exercer les mêmes droits ?

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Protéger un lieu de culte menacé

Un lieu de culte fait l’objet d’une menace documentée. Faut-il renforcer sa protection ? La liberté de culte est la même pour tous ; les moyens nécessaires pour l’exercer peuvent dépendre du risque. Reste à établir ce risque, à comparer les réponses et à vérifier leurs effets.

La liberté de culte est reconnue à tous. Une menace documentée contre un lieu peut pourtant en empêcher l’exercice. La question porte sur les moyens de rendre ce droit effectif.

Une protection renforcée peut permettre aux personnes exposées d’exercer la même liberté. Elle doit être justifiée par le risque et comparée aux autres réponses possibles.

Le risque doit être établi. Il faut ensuite apprécier les effets de la mesure, ses coûts et les conditions de sa révision.

Les inconvénients d’une protection ciblée

Une protection ciblée peut avoir des inconvénients : assigner les personnes à une identité, répartir injustement les moyens ou soumettre les personnes protégées à une surveillance.

Comparer les résultats d’une protection ciblée à ceux d’une règle commune.

Si une règle commune protège aussi bien, ou si le risque particulier n’est pas prouvé, l’accusation d’alibi tombe.

L’accusation d’alibi porte ici sur le refus d’examiner un obstacle documenté au nom de la règle générale. Elle tombe si cette règle protège aussi bien ou si l’obstacle invoqué n’est pas établi.

Documents et développements

En 2025, le ministère de l’Intérieur a recensé 1 320 actes antisémites et 326 actes antimusulmans.

Ces données indiquent des risques distincts. Elles ne mesurent pas tout le phénomène et ne comparent pas les populations.

Source : Ministère de l’Intérieur, tendances 2025

Citoyenneté et institutions juives

1789 : « tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus ».

Clermont-Tonnerre défend leur citoyenneté. Il la formule aussi comme la disparition politique du collectif juif.

Source : Assemblée nationale, rapport sur les principes républicains, citation du discours de 1789

En 1791, les Juifs deviennent citoyens français à part entière.

C’est une émancipation réelle. Sa limite apparaît lorsque l’égalité exige que les institutions, les langues ou les solidarités juives deviennent invisibles.

Un siècle plus tard, Alfred Dreyfus est officier, polytechnicien et français.

Aucune assimilation supplémentaire ne pouvait le protéger de l’accusation qui faisait de sa judéité une preuve de trahison.

Dreyfus est condamné à tort en 1894. La mobilisation et la révision de son procès aboutissent à sa réhabilitation en 1906. La citoyenneté n’avait pas empêché l’injustice ; des institutions et des personnes ont permis de la réparer.

Source : United States Holocaust Memorial Museum, Alfred Dreyfus et l’affaire Dreyfus

Fondé en 1897, le Bund défend l’organisation des travailleurs juifs au sein du mouvement socialiste. Il revendique des droits là où ils vivent, avec leurs institutions et leur langue.

Le Bund organise des travailleurs juifs et défend l’usage du yiddish. Syndicats, entraide et institutions culturelles leur donnent des moyens de participer à la vie politique en tant que Juifs.

Source : YIVO Encyclopedia, Bund

Dans les écoles yiddish, les élèves peuvent apprendre dans leur langue. Ces institutions leur permettent de participer à la vie collective en conservant cette pratique. Elles contredisent l’idée qu’il faudrait abandonner sa langue pour devenir un citoyen à part entière.

Documents et développements

Le réseau scolaire laïque TSYSHO enseigne en yiddish.

Une culture minoritaire devient un instrument d’éducation, d’organisation et d’universel concret.

Source : YIVO Encyclopedia, TSYSHO

Chercher refuge hors de son pays

Les 1er et 2 juin 1941, le Farhoud frappe les Juifs de Bagdad. Des soldats et des policiers irakiens, des membres d’un mouvement de jeunesse pro-Axe et des civils participent aux violences. Les accusateurs présentent les Juifs comme des collaborateurs des Britanniques ou des sympathisants sionistes.

Des Juifs fuient l’Irak après le pogrom ; beaucoup reviennent lorsque la situation se stabilise. D’autres cherchent une protection dans l’autodéfense, le communisme ou le sionisme. Les départs massifs des années suivantes ont lieu dans un autre contexte : le pogrom de 1941 ne permet pas, à lui seul, de les expliquer.

Cette histoire donne des raisons de demander des protections crédibles aux projets politiques. Elle ne rend aucune solution inévitable et n’écarte pas les droits des Palestiniens.

Source : Esther Meir-Glitzenstein, Le Farhoud, USHMM

La censure du Livre noir

La formule officielle « citoyens soviétiques pacifiques » pouvait désigner les victimes sans préciser que les Juifs avaient été assassinés parce qu’ils étaient juifs. Le pouvoir soviétique empêche aussi la publication du Livre noir et détruit des institutions juives.

Le Livre noir rassemble des témoignages directs sur l’extermination.

En 1947, la censure interdit sa publication soviétique et fait détruire les formes typographiques.

Source : YIVO Encyclopedia, Black Book

Le pouvoir soviétique avait mobilisé le Comité antifasciste juif pendant la guerre. Il a ensuite empêché la publication de ses témoignages et réprimé ses membres. L’omission de l’identité juive des victimes accompagne ces persécutions.

Documents et développements

Pendant la guerre, le pouvoir soviétique mobilise le Comité antifasciste juif.

Ses membres collectent des soutiens et documentent le massacre des Juifs soviétiques.

Le 13 janvier 1948, les services de sécurité assassinent Solomon Mikhoels.

Le meurtre maquillé en accident ouvre la liquidation des personnes et des institutions que le régime avait utilisées.

Source : YIVO Encyclopedia, Solomon Mikhoels

En 1949, le théâtre yiddish d’État, les maisons d’édition et presque toute la presse juive sont fermés.

Le commun soviétique n’intègre pas ces institutions. Il les supprime.

Le 12 août 1952, treize accusés sont exécutés après un procès secret.

Ils ont été arrêtés, torturés et contraints à des aveux. La plupart appartenaient au Comité antifasciste juif.

Source : YIVO Encyclopedia, Jewish Anti-Fascist Committee

La campagne contre les « cosmopolites sans racines » transforme la culture juive en signe d’allégeance étrangère.

Puis le « complot des blouses blanches » remet en circulation l’accusation de conspiration juive.

Source : YIVO Encyclopedia, Russian Literature

Quels droits pour les Juifs et les Palestiniens ?

Pour examiner une proposition contemporaine, demandons quelles institutions, quelles langues ou quelles protections elle exige d’abandonner, de qui elle l’exige et quelles garanties elle propose en retour.

Exiger d’une personne juive qu’elle condamne le « sionisme » avant de l’écouter est un test de loyauté.

L’accusation d’alibi suppose ici de montrer que cette exigence est imposée aux Juifs et épargnée à d’autres personnes dans des situations comparables.

Établir un double standard demande des cas comparables, un même critère et l’examen des différences qui pourraient expliquer l’écart de traitement.

Quel droit veut-on rendre effectif ?

Quel obstacle est établi, et par quelles pièces ?

Quelle réponse réduit cet obstacle, avec quels coûts et quelles alternatives ?

Comment ses effets seront-ils contrôlés et la mesure révisée ?

Appliquer ces questions aux situations comparables, en explicitant les différences pertinentes.

Une proposition d’État commun, binational ou fédéral peut défendre des droits égaux pour tous. Son désaccord avec un État défini par une appartenance nationale ou religieuse ne suffit pas à la qualifier d’alibi. Il faut examiner les institutions proposées, les risques qu’elles reconnaissent et les protections qu’elles organisent pour les personnes.

À l’inverse, une garantie proclamée ne dispense pas d’examiner les exclusions que le projet maintient. Le même critère doit pouvoir invalider notre conclusion si les protections sont crédibles et appliquées de façon comparable.

La forme politique proposée doit permettre aux Juifs comme aux Palestiniens d’exercer leurs droits et de vivre en sécurité. Pour en juger, il faut des engagements précis sur les institutions et les recours prévus.

Les persécutions évoquées ici donnent des raisons de demander ces garanties. Elles ne décident pas, à elles seules, du régime à construire. Parler d’alibi se justifie si le projet ignore un danger établi ou refuse à certains les protections qu’il accorde à d’autres. Des garanties crédibles, appliquées de façon comparable, doivent pouvoir nous faire réviser cette accusation.

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