Témoignage: En France, une justice à deux vitesses contre les musulmans
Acteur(s)
Verbatim
« Juge frappant le marteau sur une plaque pour fermer une séance au tribunal. ## En exclusivité pour Nouvelle Aube, la militante contre l'antisémitisme Nadia Meziane dénonce le traitement judiciaire différencié entre les actes islamophobes et les accusations visant les militants pro-palestiniens. L'activiste met en lumière l'impunité relative dont bénéficie l'extrême-droite violente en France. Est-il possible de poser une grenade devant une mosquée et de s’en sortir sans aucune inculpation pour infraction à caractère terroriste, et une condamnation à du sursis ? S’il s’agit d’une mosquée, en France, c’est le cas: 300 personnes avaient pourtant marché en soutien aux fidèles et à la mosquée visée par cet acte d’intimidation destiné à semer la terreur, dans la commune de Saint Omer, et le maire lui-même avait dénoncé un acte odieux. Mais la communauté musulmane devra se contenter d’une audience où la prévenue a été qualifiée de dérangée psychologiquement, ce qui est peut-être le cas. Mais dans ce cas, qui peut garantir qu’elle ne recommencera pas ? Si cette affaire était isolée, la peur ne serait pas aussi grande chez les musulmans de France. Malheureusement, elle semble au contraire exemplaire de la relégation de la violence islamophobe et du suprémacisme raciste armé au rayon fait divers et ce dans le contexte de la criminalisation accrue des militants antifascistes musulmans. On peut le constater dans des affaires beaucoup plus graves: par exemple celle du groupe des Barjols qui menaçait de commettre des attentats de manière imminente et dont les membrés ont été arrêtés lorsque parmi leurs projets, l’un s’est avéré concerner non seulement des musulmans mais Emmanuel Macron. En première instance, plusieurs des membres de ce groupe ont été relaxés et les autres condamnés à des peines légères puis remis en liberté sous contrôle judiciaire. Problème, plusieurs d’entre eux considérés comme dangereux ne se sont pas présentés à l’ouverture des audiences en appel. Imaginons le même scénario concernant des inculpés musulmans dans une affaire qualifiée de terrorisme, l’alerte serait donnée sur tous les grands médias et occasionnerait un débat national sur la mise en danger des citoyens. Rien de ce type lorsque l’extrême-droite est concernée. Des militants emblématiques pour la Palestine comme Elias d’Imzalene sont trainés au tribunal pour avoir simplement osé prononcer le mot « intifada » lors d’un rassemblement pacifique, et accusés d’inciter à la violence contre les Juifs dans toute la presse Bolloré et sur les principales chaînes d’information française. Une jeune femme comme Amira Zaiter, mère de famille et aide-soignante a passé deux mois en prison pour de simples tweets. En revanche, l’homme qui a sorti une arme et violenté des manifestantes en filmant ses agressions dans une manifestation parisienne pour Gaza a été laissé libre jusqu’à son procès au printemps prochain. En France on peut aller en prison deux ans pour des tags à caractère antisémite s’ils font le lien avec la Palestine, comme cela a été le cas pour la condamnation d’un sexagénaire à Strasbourg. En revanche à l’occasion du procès d’un néo-nazi Angel B arrêté de justesse avant de passer à l’acte contre une synagogue, on a appris que le jeune homme postait depuis des années des contenus publics sous le nom d’Heinrich Himmler 88. On citera quelques extraits de la prose en question, répétitive et faite également sur Telegram en compagnie d’autres néo-nazis dont aucun n’a été inquiété après l’arrestation d’Angel B: « Préparez vos armes, ça va être un massacre. Préparez-vous les juifs, les bougnoules, les négros : on va tous venir vous exterminer un par un. », « J’appelle à pulvériser la vermine juive ». Il a été condamné à neuf ans de prison. Une peine plutôt légère pour un attentat arrêté seulement par l’intervention des forces de l’ordre. Que l’on peut comparer aux quinze ans de prison dont a écopé le militant antiraciste et pour la Palestine Abdelhakim Sefrioui pour une vidéo où il n’appelait à aucun moment à la violence. Ces quelques exemples puisés dans l’actualité judiciaire récente traduisent une situation extrêmement inquiétante pour les musulmans: le contexte légal criminalise potentiellement toute expression de soutien à la lutte du peuple palestinien et plus globalement l’activisme antiraciste contre l’islamophobie. Dans le même temps, l’extrême-droite la plus violente s’exprime massivement sans presque jamais être inquiétée, ce qui favorise évidemment le sentiment de toute puissance et ne peut que conduire à des passages à l’acte de plus en plus violents. Dans un pays où les procédures pour apologie du terrorisme touchent même des députés, le manifeste d’Anders Breivik est disponible dans une maison d’édition tenue par un pro-israélien fanatique et dans toutes les librairies d’extrême-droite. S’il ne s’agit pas de nier tout antisémitisme chez des personnes musulmanes, le fait est qu’il est le plus souvent supposé d’emblée, et en tout cas puni avec une extrême sévérité. A Paris dès novembre 2023, le préfet Laurent Nunez indiquait avoir mobilisé six enquêteurs uniquement sur une affaire, celle des étoiles bleues peintes sur des murs, qui se sont avérées être une entreprise de déstabilisation étrangère et n’avoir aucun lien avec la mobilisation pour la Palestine. Jamais aucune communication de ce type n’a été faite concernant l’activisme antisémite et islamophobe néo-nazi. Comment dans ce contexte ne pas comprendre le sentiment d’injustice et de deux poids deux mesure des musulmans ? Et celui que la lutte contre l’antisémitisme n’existe que pour les criminaliser ? Et ce d’autant plus que le CRIF lui-même, peu susceptible d’un parti pris musulmanophile indique dans son dernier rapport que 30 pour cent des actes antisémites évoquent la Palestine. On en déduit que 70% ne sont donc pas liés à ce sujet, les deux tiers dont il n’est jamais question dans le débat public. Les perspectives globales sont donc sombres en ce qui concerne à la fois la sécurité des musulmans de France mais aussi celles de tous les citoyens : l’attentat de Magdebourg contre un marché de Noel à montré si besoin était que la pathologie islamophobe armée pouvait très bien finir par concerner aussi des non musulmans. En France, l’on s’émeut brusquement que des juges et des avocats soient menacés par le site Riposte Laïque. Il était temps, ce site étant un de ceux fréquentés par l’assaillant de la mosquée de Bayonne en 2019, et publiant des apologies explicites du terrorisme islamophobe depuis des années ; on y trouve notamment des apologies explicites du responsable de la mort de dizaines de musulmans lors de l’attentat de la mosquée de Christchurch. Nadia Meziane, militante contre l'antisémitisme et fondatrice du collectif Lignes de Crête ## A lire également: Islamophobie d’Etat en France: le cas Abdourahmane Ridouane 3 janvier, vendredi France/islamophobie: discrimination d'une candidate à l'embauche 30 septembre, lundi Islamophobie en France: Le CFCM répond à Philippe Val 21 mai, mardi France / Islamophobie: le directeur de l’ONG CAGE interdit de territoire 24 juillet, lundi Islamophobie: partir ou rester, le difficile choix des musulmans de France 7 mai, mardi Islamophobie en France: L'imam Ismaïl interdit de prôner le vivre ensemble 24 mai, vendredi Islamophobie: Le collège Avicenne de Nice gagne son procès contre l'Etat 2 juillet, mardi #France #justice #islamophobie #extrême-droite #antisémitisme #terrorisme #militants pro-palestiniens #discrimination #deux poids deux mesures #suprémacisme Commentaires Bonjour, les commentaires que vous partagez sur notre site sont une ressource précieuse pour les autres utilisateurs. Veuillez respecter les autres utilisateurs et les différentes opinions. N'utilisez pas de langage grossier, offensant, humiliant ou discriminatoire. »

Analyse
Juge frappant le marteau sur une plaque pour fermer une séance au tribunal.
En exclusivité pour Nouvelle Aube, la militante contre l'antisémitisme Nadia Meziane dénonce le traitement judiciaire différencié entre les actes islamophobes et les accusations visant les militants pro-palestiniens. L'activiste met en lumière l'impunité relative dont bénéficie l'extrême-droite violente en France.
Est-il possible de poser une grenade devant une mosquée et de s’en sortir sans aucune inculpation pour infraction à caractère terroriste, et une condamnation à du sursis ?
S’il s’agit d’une mosquée, en France, c’est le cas: 300 personnes avaient pourtant marché en soutien aux fidèles et à la mosquée visée par cet acte d’intimidation destiné à semer la terreur, dans la commune de Saint Omer, et le maire lui-même avait dénoncé un acte odieux. Mais la communauté musulmane devra se contenter d’une audience où la prévenue a été qualifiée de dérangée psychologiquement, ce qui est peut-être le cas. Mais dans ce cas, qui peut garantir qu’elle ne recommencera pas ?
Si cette affaire était isolée, la peur ne serait pas aussi grande chez les musulmans de France. Malheureusement, elle semble au contraire exemplaire de la relégation de la violence islamophobe et du suprémacisme raciste armé au rayon fait divers et ce dans le contexte de la criminalisation accrue des militants antifascistes musulmans.
On peut le constater dans des affaires beaucoup plus graves: par exemple celle du groupe des Barjols qui menaçait de commettre des attentats de manière imminente et dont les membrés ont été arrêtés lorsque parmi leurs projets, l’un s’est avéré concerner non seulement des musulmans mais Emmanuel Macron.
En première instance, plusieurs des membres de ce groupe ont été relaxés et les autres condamnés à des peines légères puis remis en liberté sous contrôle judiciaire. Problème, plusieurs d’entre eux considérés comme dangereux ne se sont pas présentés à l’ouverture des audiences en appel. Imaginons le même scénario concernant des inculpés musulmans dans une affaire qualifiée de terrorisme, l’alerte serait donnée sur tous les grands médias et occasionnerait un débat national sur la mise en danger des citoyens. Rien de ce type lorsque l’extrême-droite est concernée.
Des militants emblématiques pour la Palestine comme Elias d’Imzalene sont trainés au tribunal pour avoir simplement osé prononcer le mot "intifada" lors d’un rassemblement pacifique, et accusés d’inciter à la violence contre les Juifs dans toute la presse Bolloré et sur les principales chaînes d’information française.
Une jeune femme comme Amira Zaiter, mère de famille et aide-soignante a passé deux mois en prison pour de simples tweets. En revanche, l’homme qui a sorti une arme et violenté des manifestantes en filmant ses agressions dans une manifestation parisienne pour Gaza a été laissé libre jusqu’à son procès au printemps prochain.
En France on peut aller en prison deux ans pour des tags à caractère antisémite s’ils font le lien avec la Palestine, comme cela a été le cas pour la condamnation d’un sexagénaire à Strasbourg. En revanche à l’occasion du procès d’un néo-nazi Angel B arrêté de justesse avant de passer à l’acte contre une synagogue, on a appris que le jeune homme postait depuis des années des contenus publics sous le nom d’Heinrich Himmler 88. On citera quelques extraits de la prose en question, répétitive et faite également sur Telegram en compagnie d’autres néo-nazis dont aucun n’a été inquiété après l’arrestation d’Angel B: "Préparez vos armes, ça va être un massacre. Préparez-vous les juifs, les bougnoules, les négros : on va tous venir vous exterminer un par un." , "J’appelle à pulvériser la vermine juive".
Il a été condamné à neuf ans de prison. Une peine plutôt légère pour un attentat arrêté seulement par l’intervention des forces de l’ordre. Que l’on peut comparer aux quinze ans de prison dont a écopé le militant antiraciste et pour la Palestine Abdelhakim Sefrioui pour une vidéo où il n’appelait à aucun moment à la violence.
Ces quelques exemples puisés dans l’actualité judiciaire récente traduisent une situation extrêmement inquiétante pour les musulmans: le contexte légal criminalise potentiellement toute expression de soutien à la lutte du peuple palestinien et plus globalement l’activisme antiraciste contre l’islamophobie. Dans le même temps, l’extrême-droite la plus violente s’exprime massivement sans presque jamais être inquiétée, ce qui favorise évidemment le sentiment de toute puissance et ne peut que conduire à des passages à l’acte de plus en plus violents. Dans un pays où les procédures pour apologie du terrorisme touchent même des députés, le manifeste d’Anders Breivik est disponible dans une maison d’édition tenue par un pro-israélien fanatique et dans toutes les librairies d’extrême-droite.
S’il ne s’agit pas de nier tout antisémitisme chez des personnes musulmanes, le fait est qu’il est le plus souvent supposé d’emblée, et en tout cas puni avec une extrême sévérité. A Paris dès novembre 2023, le préfet Laurent Nunez indiquait avoir mobilisé six enquêteurs uniquement sur une affaire, celle des étoiles bleues peintes sur des murs, qui se sont avérées être une entreprise de déstabilisation étrangère et n’avoir aucun lien avec la mobilisation pour la Palestine.
Jamais aucune communication de ce type n’a été faite concernant l’activisme antisémite et islamophobe néo-nazi. Comment dans ce contexte ne pas comprendre le sentiment d’injustice et de deux poids deux mesure des musulmans ? Et celui que la lutte contre l’antisémitisme n’existe que pour les criminaliser ? Et ce d’autant plus que le CRIF lui-même, peu susceptible d’un parti pris musulmanophile indique dans son dernier rapport que 30 pour cent des actes antisémites évoquent la Palestine. On en déduit que 70% ne sont donc pas liés à ce sujet, les deux tiers dont il n’est jamais question dans le débat public.
Les perspectives globales sont donc sombres en ce qui concerne à la fois la sécurité des musulmans de France mais aussi celles de tous les citoyens : l’attentat de Magdebourg contre un marché de Noel à montré si besoin était que la pathologie islamophobe armée pouvait très bien finir par concerner aussi des non musulmans. En France, l’on s’émeut brusquement que des juges et des avocats soient menacés par le site Riposte Laïque. Il était temps, ce site étant un de ceux fréquentés par l’assaillant de la mosquée de Bayonne en 2019, et publiant des apologies explicites du terrorisme islamophobe depuis des années ; on y trouve notamment des apologies explicites du responsable de la mort de dizaines de musulmans lors de l’attentat de la mosquée de Christchurch.
Nadia Meziane, militante contre l'antisémitisme et fondatrice du collectif Lignes de Crête
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#militants pro-palestiniens
#discrimination
#deux poids deux mesures
#suprémacisme
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Trope(s) identifiés
Ajouté le 7 février 2025
Mis à jour le 4 février 2026