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Sur Paroles d'Honneur (PDH) - Note antifasciste
Verbatim
« Paroles d'honneur (PDH) est un média lancé par plusieurs militants autour d'Houria Bouteldja, également à l'origine du site « QG Décolonial », anciennement au Parti des Indigènes de la République. Houria Bouteldja est à la tête de PDH, elle fixe la ligne à suivre, ses militants le revendiquent joyeusement, c'est pourquoi je parlerai de ce petit monde un peu indistinctement. De nombreux textes ont déjà été écrits sur ces différentes personnes et orgas, les recherches sont simples à faire, je vais juste soulever quelques points pas du tout exhaustifs. PDH est un média qui se veut « antiraciste », « décolonial » et « autonome ». À garder en tête pour la suite. Sabrina Waz est une militante de PDH, elle y est régulièrement animatrice ou chroniqueuse et publie abondamment ses réflexions sur Twitter. ## Féminisme et LGBTQ+ Par rapport à l'affaire Quatennens, député LFI auteur de violences conjugales, défendu par Mélenchon, temporairement mis à distance du parti et rapidement réintégré, Waz se demande « Pourquoi demain on va pas virer un député parce qu'il a maltraité son chien ? » Elle précise ensuite qu'elle « ne compare pas une femme à un chien ». Toujours est-il qu'elle relativise à la fois les VSS et les violences faites aux animaux. Ça m'amène à préciser une chose sur le positionnement « autonome » de PDH : ils soutiennent l'émergence d'un parti de masse qui prendrait au sérieux l'antiracisme politique et gagnerait les élections. LFI représente ce parti pour eux et ils vont systématiquement le soutenir contre les critiques, pas juste sur le fond, pas comme rassemblement de militants ou outil d'une classe, mais comme appareil de parti susceptible de gagner une élection. Ce faisant, ils veulent influencer la ligne de LFI sur l'antiracisme. Bouteldja s'est ainsi félicitée que Mélenchon soit un « butin de guerre ». Globalement, pour Waz et PDH, les luttes contre les dominations de genre et l'homophobie sont souvent un obstacle à la lutte antiraciste. Dans un tweet (supprimé après qu'il ait fait polémique), elle se moque en creux des coming-out, utilise le mot « pansexualité » comme s'il s'agissait de sujets risibles et inutilement clivants et blessants (pour « Papy ») et les met en parallèle avec une lâcheté face aux actes racistes dans un autre contexte. Elle reproche à Rokhaya Diallo de promouvoir un MeToo musulman car cela serait « répondre aux basses attentes des islamophobes ». La question du coming-out chez les homosexuels racisés a d'ailleurs été développée plus longuement par Bouteldja : Les racisés faisant « le choix de la revendication » font le jeu du racisme blanc, ils doivent « assumer leurs actes » et il ne faudra pas compter sur elle pour les soutenir. La dernière phrase est un de ses « classiques » : « s'ils font le choix de se rendre visibles, qu'ils cessent de nous charger et qu'ils assument jusqu'au bout ce qu'ils savent être au fond d'eux-mêmes un terrain miné et corrupteur d'où ils ne sortiront pas indemnes. » Le lecteur ne sait pas trop si le « terrain miné et corrupteur » est l'homosexualité elle-même ou avoir le courage de s'en ouvrir à sa famille. C'est l'ambiguïté Bouteldjienne. Quelques autres interventions de Sabrina Waz : • Maintenant que Greta Thunberg soutient la Palestine, Waz regrette ses « moqueries » passées. On ne sait pas si c'est la cause écologiste ou l'autisme qui la faisaient rire. • Quand une femme invente et met en scène un harcèlement antisémite, ça fait aussi bien rire Sabrina qui trouve que « ça commence à faire beaucoup » (de faux actes antisémites) et ne voit pas en quoi cette triste histoire est justement dans son effet un acte antisémite et islamophobe. Le mec à qui elle répond, qui a une forte audience sur les réseaux, multiplie les sorties antisémites depuis des mois. PDH s'est donné pour mission de l'éduquer avec pédagogie. • Elle admire le courage d'un polonais s'étant pointé à Auschwitz avec une pancarte « Israël we see your genocide ». En relayant un compte pro-Soral, conspi, LGBTQphobe. ## Réinvestir l'idée de Patrie Le camp antifasciste n'est sans doute pas un allié naturel pour Waz et PDH qui ont davantage pour projet de rallier les ex-soraliens (plusieurs chroniqueurs de PDH en sont) et les électeurs du RN, dans ce qu'ils appellent « l'alliance des beaufs et des barbares », dérivé du titre du dernier livre de Bouteldja. Cette dernière loue l'intention de Soral de chercher une alliance entre les « français de souche » et personnes issues de l'immigration arabo-musulmane. Elle considère que cette alliance nécessite une « transcendance » basée sur des « affects communs disponibles immédiatement », une union autour de « La France », de « l'idée de patrie » opérée par un « Frexit décolonial » et un « patriotisme internationaliste ». Elle assume aussi sa croyance en la nécessité d'une « avant-garde », « une direction politique » capable d'« impulser, diriger, encadrer, organiser et tracer des lignes stratégiques ». ## Antiracisme Le « Beauf » ou le « Petit Blanc », c'est à dire le Blanc de classe populaire est le public cible de PDH. Cependant, la « Blanchité » telle que la présente PDH n'a pas grand chose à voir avec le fait de ne pas subir de racisme. C'est plutôt une conscience politique. Ainsi, sur PDH, Judith Bernard (patronne du média Hors-Série) dit se sentir « pas très Blanche », depuis qu'elle a été « augmentée par les analyses décoloniales ». De même, selon elle, l'humoriste Blanche Gardin, soutien récent de la cause palestinienne, est devenue moins Blanche que l'humoriste réac Sophia Aram. ## Internationalisme La cause palestinienne est la lutte que PDH investit le plus pleinement pour bien montrer son engagement « décolonial ». Pourtant, ils ne sont pas tout le temps du côté du colonisé. Par exemple, le Sahara Occidental est un grand absent de leurs débats. Wissam Xelka, un des animateurs, assume de ne pas en parler car ça ne changerait pas la situation. En septembre, pour une émission sur le Maroc, PDH a invité Omar Bendjelloun, un avocat ouvertement pro-colonisation. L'anti-impérialisme de PDH est surtout un campisme. Le chroniqueur régulier Youssef Boussoumah affiche clairement son positionnement pro-Iran en toutes circonstances, au mépris des tentatives de révolte, surtout lorsqu'elles viennent de femmes, sous prétexte qu'elles seraient récupérées par l'Occident, voire faites « pour l'Occident ». Après l'emprisonnement de Ahou Daryaei qui s'était dévêtue devant son université à Téhéran, il nous a pondu de bien beaux aphorismes. Même principe s'agissant de la révolution syrienne. Ce sujet était déjà un clivage au sein du PIR et a conduit au départ Bouteldja et Boussoumah, qui se voulaient critiques des révolutionnaires. Bouteldja explique que leur position « déjà échaudée par le cas Libyen défendait un statut quo qui épargnerait l'État et éviterait le chaos qui s'abattrait fatalement sur les populations. » Naturellement, aujourd'hui, Boussoumah soupçonne l'ingérence américaine et s'inquiète des relations avec « l'Axe de la Résistance », notamment avec le Hezbollah. La boussole anti-impérialiste de PDH semble animée de manière générale par une méfiance envers l'autonomie des peuples et notamment des peuples arabes et musulmans. --- Voilà quelques raisons pour lesquelles je pense qu'on peut trouver de meilleurs interlocuteurs pour parler d'islamophobie au sein d'un événement antifasciste. Je ne suis pas naïf, PDH jouit de nombreux soutiens, à LFI, mais aussi à l'UCL, au NPA-A, à l'AFA-PB, qui participent à leurs émissions ou organisent des événements conjointement. Lancer le sujet au sein de la coordo antifa ne va pas être simple. »
Description
Analyse critique du média PDH et de ses positions sur le féminisme, les LGBTQ+, le patriotisme, l'antisémitisme et le campisme pro-Iran/Assad.
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Source
Ajouté le 7 mars 2025
Mis à jour le 4 février 2026