Houria Bouteldja : « Homophobie soft »
Acteur(s)
Verbatim
« Donc pour résumer, non seulement nous reconnaissons la possibilité pour les homosexuels indigènes de politiser leur sexualité mais nous n'avons aucun pouvoir pour les en empêcher. En revanche, nous faisons un choix que nous assumons… »







Analyse
Donc pour résumer, non seulement nous reconnaissons la possibilité pour les homosexuels indigènes de politiser leur sexualité mais nous n’avons aucun pouvoir pour les en empêcher. En revanche, nous faisons un choix que nous assumons : celui d’échapper autant que possible au racisme et au libéralisme qui tuent nos communautés et de nous préserver autant que possible de notre ensauvagement programmé. Nous demandons donc à celles et ceux qui font le choix de la revendication, de prendre leurs responsabilités et d’assumer leurs actes. S’ils sont aujourd’hui ballotés entre d’un côté leur famille et leur quartier et de l’autre la démocratie sexuelle blanche, ce n’est pas à cause des décoloniaux mais à cause du racisme. A ce titre, s’ils font le choix de se rendre visibles, qu’ils cessent de nous charger et qu’ils assument jusqu’au bout ce qu’ils savent être au fond d’eux-mêmes un terrain miné et corrupteur d’où ils ne sortiront pas indemnes.
Frères et soeurs décoloniaux, amis de l’émancipation humaine, prenez toute attaque malhonnête contre notre camp comme une épreuve de Dieu. Il faut apprendre à les considérer comme une aubaine pouvant nous permettre d’affûter nos arguments mais aussi de visibiliser nos analyses qui globalement souffrent de déformation et de marginalisation. Une occasion nous est offerte par les tweets de la Dilcrah et d’Isabelle Rome, ministre déléguée chargée de l’égalité entre les hommes et les femmes. Ce serait bête de ne pas en profiter.
Les faits :
Le vendredi 28 octobre, la Dilcrah tweetait :
« La #Dilcrah dénonce ce discours haineux. L’#homophobie n’est jamais « soft ». Elle doit être combattue partout, sous toutes ses formes, car ses conséquences sont bien réelles ».
Immédiatement, Isabelle Rome, lui emboite le pas :
« Ces propos sont absolument intolérables. Il n’y a pas d’homophobie « soft ». L’homophobie n’est pas une opinion. Elle est punie par la loi. Nous continuerons à combattre partout toutes les haines anti-LGBT. Elles sont un poison pour notre cohésion ».
Ces réactions avaient été précédées d’une polémique sur twitter provoquée par l’extrême droite qui a balancé une vidéo tronquée dans laquelle je prononce les mots « homophobie soft ». De ce montage, on ne saura ni le contexte ni le sens puisque la manoeuvre consiste précisément à servir des desseins qui sont tout sauf la lutte contre l’homophobie, lutte qui – Ô ironie – était au cœur de mon propos. La vidéo n’a pas manqué sa cible : les belles âmes se sont émues et le scandale a éclaté jusqu’à chatouiller les oreilles chastes de la Dilcrah et du gouvernement. Waouw !
Je propose ici d’analyser froidement les intentions des acteurs ayant participé à la cabale et ensuite de revenir brièvement sur le sens réel de mon propos.
1/ Les acteurs et leurs intentions :
Il est en effet des intentions transparentes et d‘autres qui le sont moins. Ce qui est transparent c’est la diabolisation de l’antiracisme politique et la manipulation des progressistes de la part de l’extrême droite et du pouvoir. Ce qui l’est moins, ce sont les intentions des faux amis de l’antiracisme et de certains indigènes en mal de notoriété.
– Acteur number 1 : L’extrême droite qui depuis de nombreuses années est passée virtuose dans sa maitrise des failles de la gauche progressiste, et en particulier celle qui a des tendances « islamo-gauchiste » mais dont le progressisme niais et l’humanisme abstrait la rendent ultra vulnérable à n’importe quelle attaque. Il va de soi que l’extrême droite homophobe et/ou homonationaliste (ce n’est pas contradictoire), non seulement se fout de la lutte contre l’homophobie mais il va encore plus de soi qu’elle la soutient dans son projet nationaliste qui ne saurait se passer des structures hétérosexistes de l’Etat national/impérialiste. Cela devrait suffire à la disqualifier lorsqu’elle lance des polémiques sur ce thème, mais c’est le contraire qui se passe. D’abord parce que le pouvoir est de connivence avec elle – puisqu’il la relaie et surenchérit – mais aussi parce que la gauche n’est pas armée intellectuellement pour lui répondre. Tel un emmental, on y entre par toutes ses béances. L’extrême droite aurait tort de se refuser ce plaisir.
- Acteur number 2 : Le pouvoir et ses appareils idéologiques (la Dilcrah par exemple) qui, je viens de le dire, relaient l’extrême droite d’abord et avant tout parce que les islamo-gauchistes sont plus menaçants pour l’ordre capitaliste que l’extrême droite. « Plutôt Hitler que le Front Populaire ». Adage apparu au milieu du 20éme siècle mais dont l’esprit est aussi ancien que la lutte des classes. Tellement transparent qu’il est inutile de s’y attarder plus.
- Acteur number 3 : Les faux amis de l’antiracisme politique du genre Illana Weizman, la nouvelle conscience « antiraciste » qui prêche depuis son perchoir (oui parce que la « conscience » est toujours en surplomb, ce qui oblige les petites gens comme nous à lever la tête quand on la regarde). Plus subtile que la catégorie des idiots utiles (voir plus bas), elle ne dit pas explicitement que je suis homophobe mais elle me situe dans la chaine de causalité qui produit l’homophobie : « Parler de soft ou de hard discriminations quelles qu’elles soient, c’est faire l’erreur d’évacuer la question du système qui a besoin de toutes les occurrences – faibles et fortes pour le dire autrement – pour se maintenir ». Joliment tenté ! Les progressistes vacillent comme ils vacillent quand elle accuse la gauche de nier l’antisémitisme. Je reviendrai dans la deuxième partie de cet article sur la bouffonnerie de cette « démonstration » mais attardons-nous d’abord sur ses intentions. Très simplement, elle cherche à casser la dynamique de l’antiracisme politique qui ne se contente pas d’additionner les racismes et de les dénoncer mais qui d’une part les articule avec l’impérialisme et qui d’autre part révèle la manière dont l’Etat hiérarchise les communautés victimes de racisme, les manipule et les oppose les unes aux autres. S’attaquer à ma supposée homophobie, c’est juste pour elle une occasion de poursuivre sa diatribe déjà commencée contre moi puisque dans un entretien accordé au Bondy Blog elle affirme à mon propos : « Donc être antisémite, pour elle, c’est être révolutionnaire ». Voili voilà ! Si la sorcière est homophobe, elle en sera d’autant plus vraisemblablement antisémite. N’est-ce pas Mathieu (militant antiraciste et féministe de EELV basé à Montreuil) qu’elle est antisémite ???
– Acteur number 4 : Les idiots utiles indigènes que je mets en bas de la hiérarchie des causes du fait qu’ils sont utiles mais pas absolument essentiels. Ils sont en ce sens les « partners juniors » du racisme républicain, catégorie parfaitement identifiée par les militants décoloniaux. Parasites, ils n’existent que parce que nous existons. Sans nous ils seraient orphelins d’un double maléfique grâce auquel ils monnaient une légitimité auprès des milieux gauchisants qui veulent bien être malmenés mais pas par les plus conséquents et les plus politiques des indigènes. Ces indigènes là ne pensent pas réellement, ne créent pas, n’inventent pas mais mangent la laine sur notre dos depuis fort longtemps. Ils sont la face respectable de l’indigénat « décolonial ». Ils font surenchère de radicalité sur les réseaux auprès de la blanchité radicale ou auprès de l’indigénat dressé par l’université mais seraient incapables d’assumer un dixième de leurs préntentions « intersectionnelles » face à un parterre d’indigènes de quartier. Leur légitimité d’un côté et leur salut de l’autre, viennent de ce qu’ils n’officient que sur les réseaux sociaux ou dans les espaces safe du monde académique qui boit leur parole en tant que « premiers concernés » même quand ils disent de la merde. De mémoire, Aimé Césaire disait « je suis le spécialiste de ma condition » et à ce titre, tout indigène à un savoir supérieur sur les Blancs à savoir qu’il connaît autant sa condition qu’il connaît les Blancs. Ce savoir est très utile dans la lutte décoloniale mais il peut aussi servir des projets individualistes : en l’occurrence celui de briller auprès de la frange molle de la gauche blanche que le « concerné » double, triple voire quadruple médaillé en oppressions diverses feint de combattre par un discours « décolonial » où la race est présente mais noyée dans un gloubi-boulga conceptuel dans lequel la dialectique sociale et politique disparaît au profit d’une nouvelle mystique aussi inoffensive qu’inconséquente[[1]](https://qgdecolonial.fr/homophobie-soft-adresse-a-la-dilcrah-a-isabelle-rome-a-leurs-idiots-utiles-mais-aussi-a-tous-les-copains/#ftn1). Reconnaissons cependant à nos idiots de ne l’être que partiellement. Car en fait, des gens qui cherchent la lumière et qui se jouent des ambivalences blanches ne peuvent pas être à 100 % idiots. Ils ont même une intelligence de situation mise à profit pour leur petit commerce de cour, des espèces d’Iznogood de la toile qui au fond n’ont qu’une ambition à deux balles : devenir les califes des décoloniaux. Que cette triste ambition, par son aveuglement, serve aussi l’ambition des fafs, voilà qui n’est pas piqué des hannetons.
On voit bien, à travers les intentions de ces différents acteurs qu’ils ne poursuivent pas les mêmes objectifs mais qu’ils convergent. Les uns cherchent à diaboliser l’antiracisme politique en travestissant la vérité et à manipuler les progressistes, Les autres cherchent la lumière et se placent dans un champ politique concurrentiel, mais à moindre frais et en faisant le jeu de l’ennemi.
2/ Ce que je dis vraiment
Commençons par dire que la formule « homophobie soft » n’est pas un concept et que nous ne l’avons jamais utilisée dans nos écrits. C’est même une formule creuse et superficielle qui ne dit pas grand-chose mais qui a été dite en toute confiance en compagnie de gens bienveillants et une ambiance fraternelle où c’est le contexte d’énonciation qui donne le sens de cette formule. Isolée, elle peut effectivement laisser libre court à des interprétations malheureuses. Or, et c’est là que tout devient intéressant, elle est prononcée dans un contexte particulier, à savoir chez deux streamers de l’underground militant…LGBT.
Les copains Dany et Raz, connus comme le loup blanc de tout internaute de gauche qui se respecte, m’ont en effet invitée en juillet 2022 dans un théâtre des Champs-Elysées et sont tous deux issus du milieu LGBT avec lequel ils ont des débats intenses et parfois conflictuels car défendant des positions minoritaires. Quant à l’audience, d’environ 150 personnes, elle était à l’image de Dany et Raz… principalement LGBT.
Question : alors que la formule incriminée était prononcée dans ce contexte, on peut se demander pourquoi elle n’a suscité aucune réaction négative alors que le stream était diffusé en direct et qu’il a fait au moins 20 000 vues ? On peut aussi se demander pourquoi l’intervention que j’ai faite a été tout le long accompagnée d’applaudissements nourris ? Les esprits les plus tordus diront que les participants ont été envoutés par la sorcière, les autres comprendront que le propos était bien plus complexe qu’il n’y paraît.
Je vais donc une fois de plus, car je l’ai déjà fait à maintes reprises, EXPLIQUER. Je le fais parce que je suis absolument convaincue que dans le tas il y a des gens sincères qui veulent comprendre. Cette explication est pour eux. Les autres, ils peuvent, comme l’a dit récemment Danièle Obono, « aller manger leurs morts ».
Allons-y ! J’ai trois points :
– Premier point : J’ai parlé ce soir là « d’homophobie soft » pour dire que si l’homophobie existe bien dans les quartiers, elle est loin d’être aussi virulente qu’on le croit. Elle est largement partagée mais peut se résorber pour peu que le progressisme blanc renonce à civiliser la sexualité des quartiers selon des normes libérales et blanches. Mon constat n’était alors ni plus ni moins homophobe que celui de Bilal Hassani qui déclarait, en septembre dernier au micro de France Inter – je cite de mémoire – que pour les élèves des établissements scolaires périphériques qu’il a fréquentés, il était le « bizarre » mais il était « leur bizarre » et à ce titre leur protégé et que c’est dans les établissements scolaires plus huppés qu’il s’est fait insulter[[2]](https://qgdecolonial.fr/homophobie-soft-adresse-a-la-dilcrah-a-isabelle-rome-a-leurs-idiots-utiles-mais-aussi-a-tous-les-copains/#ftn2). Aussi, quand Illana Weizman dit de l’homophobie, soft ou hard, qu’elle fait système, elle a raison et je la contredis d’autant moins sur ce point que j’ai toujours parlé de l’hétérosexisme comme d’une structure des Etats nations capitalistes. En revanche, faire l’économie de la différence de degré entre les violences ou encore entre les institutions qui la produisent et les gens qui la reproduisent nuit à l’analyse et donc aux stratégies de lutte. Comme le rappelle avec brio Morgane Merteuil dans une émission de Paroles d’honneur : « il faut hiérarchiser et cesser de faire des équivalences entre toutes les violences masculines. La violence d’un patron du Cac 40 ou de Macron n’est pas équivalente à celle de Quatennens et ses effets sont bien plus ravageurs sur la vie des femmes. En d’autres termes, viser juste, c’est viser l’Etat comme producteur de la chaine de violence ». Donc, voilà, parler d’homophobie « soft » dans ce contexte précis, c’est juste une manière rapide de resituer les reproducteurs de cette homophobie dans la longue chaine de production qui remonte à l’Etat, producteur, lui, de sa version « hard ».
– Deuxième point : Je l’ai dit plus haut, l’idée d’ « homophobie soft » ne fait pas partie de notre vocabulaire théorique mais le mot « ensauvagement » oui. Depuis quelques années, j’ai avancé l’idée que les formes nouvelles d’antisémitisme, de négrophobie, de violence contre les femmes et… d’homophobie sont des manifestations d’ensauvagement des indigènes au sens que lui donnait Aimé Césaire qui prétendait que le colonialisme ensauvageait les colons. Pour moi, il en va de même pour les indigènes intégrés à la modernité occidentale. Le processus d’intégration (à l’antisémitisme ou à l’homophobie) est un processus d’ensauvagement. Pour ce qui concerne l’homophobie, voici ce que j’en disais, il y a déjà quelques années :
« En appelant les homosexuels à se rendre visibles et en s’érigeant comme leur protecteur, le pouvoir blanc tente de fait de neutraliser une masculinité rivale menaçante pour l’ordre social blanc. Ce message est parfaitement bien compris par les hommes de nos quartiers et n’a qu’un seul résultat : le renforcement d’attitudes virilistes et homophobes réactives, un ensauvagement faisant face à l’avancée d’une politique disciplinaire de civilisation forcée. En d’autres termes, plus les indigènes se font civiliser, plus les formes d’ensauvagement réactifs se radicalisent[[3]](https://qgdecolonial.fr/homophobie-soft-adresse-a-la-dilcrah-a-isabelle-rome-a-leurs-idiots-utiles-mais-aussi-a-tous-les-copains/#ftn3). »
Ainsi, si l’homophobie n’est pas globalement virulente dans les quartiers (à ce jour, les indigènes ne s’organisent pas politiquement contre les homos et les agressions verbales ou physiques hautement condamnables restent individuelles, contrairement à des groupes comme Civitas), elle peut le devenir et prendre des formes plus préoccupantes d’où le sous-titre du texte cité précédemment : « Ne pas réveiller le monstre qui sommeille ».
Question : comment une personne qui parle d’ « ensauvagement » en décrivant la progression de l’homophobie chez les indigènes, peut-elle être accusée de « minimiser » le phénomène ? La question est vite répondue mais le but de mes contempteurs en général et d’Illana Weizman en particulier n’est sûrement pas de s’encombrer de ce genre de détails qui ruinerait sa propagande et son image de nouvelle conscience de l’antiracisme qu’elle construit méticuleusement non sans la complaisance de médias indigènes, genre Bondy Blog, qui à ce jour n’a pas répondu à ma demande de droit de réponse.
- Venons-en au troisième point qui est celui de la responsabilité par rapport à des choix politiques concrets. Face à l’idée de politiser la sexualité ou au contraire de refuser cette politisation, les uns et les autres, nous faisons des choix. Le choix du camp auquel j’appartiens est de respecter la tendance massive des indigènes à l’invisibilité. Ce positionnement nous vaut d’être accusés d’ « empêcher » les homosexuels indigènes de se revendiquer publiquement et de nuire à leur émancipation. Or, voilà ce que j’écrivais il y a déjà une dizaine d’années dans un droit de réponse publié au vu et au su de tous, dans le journal Rue 89[[4]](https://qgdecolonial.fr/homophobie-soft-adresse-a-la-dilcrah-a-isabelle-rome-a-leurs-idiots-utiles-mais-aussi-a-tous-les-copains/#ftn4) :
« Par ailleurs, affirmer que ces identités (LGBT) ne sont pas universelles ne signifie pas négation de ces identités quand elles se revendiquent de manière assumée. Les identités peuvent se superposer les unes aux autres. On peut parfaitement bien se revendiquer arabe et homosexuel ou lesbienne puisque ces identités sont disponibles en Europe. Ce que je dis, c’est qu’on ne peut pas aller défendre des hommes ou des femmes sur la base de leur homosexualité si celle-ci n’est pas revendiquée ou assumée par eux comme une identité. Cela pourrait être considéré comme un impérialisme sexuel. »
Donc pour résumer, non seulement nous reconnaissons la possibilité pour les homosexuels indigènes de politiser leur sexualité mais nous n’avons aucun pouvoir pour les en empêcher. En revanche, nous faisons un choix que nous assumons : celui d’échapper autant que possible au racisme et au libéralisme qui tuent nos communautés et de nous préserver autant que possible de notre ensauvagement programmé. Nous demandons donc à celles et ceux qui font le choix de la revendication, de prendre leurs responsabilités et d’assumer leurs actes. S’ils sont aujourd’hui ballotés entre d’un côté leur famille et leur quartier et de l’autre la démocratie sexuelle blanche, ce n’est pas à cause des décoloniaux mais à cause du racisme. A ce titre, s’ils font le choix de se rendre visibles, qu’ils cessent de nous charger et qu’ils assument jusqu’au bout ce qu’ils savent être au fond d’eux-mêmes un terrain miné et corrupteur d’où ils ne sortiront pas indemnes.
Houria Bouteldja
[[1]](https://qgdecolonial.fr/homophobie-soft-adresse-a-la-dilcrah-a-isabelle-rome-a-leurs-idiots-utiles-mais-aussi-a-tous-les-copains/#ftnref1) http://houriabouteldja.fr/race-classe-et-genre-une-nouvelle-divinite-a-trois-tetes-2/
[[2]](https://qgdecolonial.fr/homophobie-soft-adresse-a-la-dilcrah-a-isabelle-rome-a-leurs-idiots-utiles-mais-aussi-a-tous-les-copains/#ftnref2) https://www.youtube.com/watch?v=iu0p6I-up-U
[[3]](https://qgdecolonial.fr/homophobie-soft-adresse-a-la-dilcrah-a-isabelle-rome-a-leurs-idiots-utiles-mais-aussi-a-tous-les-copains/#ftnref3) http://houriabouteldja.fr/de-linnocence-blanche-et-de-lensauvagement-indigene-ne-pas-reveiller-le-monstre-qui-sommeille/
[[4]](https://qgdecolonial.fr/homophobie-soft-adresse-a-la-dilcrah-a-isabelle-rome-a-leurs-idiots-utiles-mais-aussi-a-tous-les-copains/#ftnref4) http://houriabouteldja.fr/droit-de-reponse-a-street-press-et-rue89/
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En juin 2020, au lendemain d’une manifestation contre les violences policières organisée par le Comité Adama, jeune homme Noir mort en 2016 après son interpellation par des gendarmes, Linda Kebbab, déléguée nationale du syndicat de police Unité SGP-FO, est invitée sur franceinfo. Elle affirme alors que, tout en comprenant « la colère et la souffrance » de la famille d’Adama Traoré, son décès n’avait « absolument rien à voir » avec celui de George Floyd aux États-Unis, mort étouffé après son interpellation.
Sur son compte Twitter, Taha Bouhafs commente ces déclarations, en détournant l’acronyme ADS (adjoint de sécurité) et en qualifiant la syndicaliste policière d’ « ADS: Arabe de service ». Un tweet supprimé quelques minutes plus tard car « provoquant », avait-il expliqué.
En raison de ce message, la cour d’appel de Paris a, le 27 octobre dernier, confirmé le jugement du tribunal correctionnel qui, en septembre 2021, avait déclaré Taha Bouhafs coupable du délit d’injure publique à raison de l’origine.
Il a été condamné au paiement d’une amende de 1.000 euros avec sursis, et au versement de dommages et intérêts, d’un montant de 2.000 euros pour Linda Kebbab et 1 euro pour la LICRA.
Pour justifier cette décision, la cour d’appel de Paris a estimé que les propos étaient « outrageants », et avaient « également un caractère raciste puisqu’ils réduisent l’intéressée à son origine arabe, qui lui interdirait de défendre certaines idées sous peine d’être automatiquement présentée comme un alibi de son syndicat ou de l’institution policière ».
En bref, Taha Bouhafs a été condamné pour « racisme » pour avoir qualifié Linda Kebbab d’ « Arabe de service ».
Cette séquence fait étrangement écho avec les mots de Malcom X :
« À l’époque de l’esclavage, quand les Noirs comme moi parlaient aux esclaves, ils ne le tuaient pas, ils envoyaient un nègre de maison, pour contredire ce qu’ils disaient. Vous devez lire l’histoire de l’esclavage pour comprendre ceci. Il y avait deux types de nègres. Il y avait le nègre de maison, et le nègre des champs. Le nègre de maison prenait toujours soin de son maître. Quand le nègre des champs s’éloignait un peu trop, il le retenait, l’empêchait de progresser. Il le renvoyait dans les plantations. Le nègre de maison pouvait se le permettre, car il vivait mieux que le nègre des champs. Il mangeait mieux, s’habillait mieux, et il vivait dans une plus confortable maison. Il vivait juste à côté de son maître, au grenier ou dans le sous-sol. Il mangeait la même nourriture que son maître, et il était habillé de la même façon. Et il pouvait parler comme son maître. Il était éloquent. Et il aimait son maître plus que son maître ne s’aimait lui-même. C’est pourquoi il n’aimait pas voir son maître blessé. Si le maître était malade, il disait : « Que se passe-t-il Monsieur, sommes-nous malades ? » Quand la maison du maître prenait feu, il voulait essayer d’éteindre le feu. Il ne voulait pas que la maison de son maître brûle. Il n’a jamais voulu que la propriété de son maître brûle. Et il la défendait, plus que son maître ne la défendait. C’était le nègre de maison.
Mais alors, vous aviez quelques nègres des champs, qui vivaient dans des huttes, qui n’avaient rien à perdre. Ils portaient les pires vêtements. Ils mangeaient la pire alimentation. Et ils subissaient l’enfer. Ils se prenaient des coups de fouet. Ils détestaient leurs maîtres. Oh oui, ils les détestaient. Si le maître tombait malade, ils priaient pour que le maître meurt. Si la maison du maître prenait feu, ils priaient pour qu’un vent plus fort ravive le feu.
C’était la différence entre les deux. Et aujourd’hui, vous avez toujours des nègres de maison et des nègres des champs.
Je suis un nègre des champs. »
Cette théorisation des « nègres des champs » et des « nègres de maison » a nourri le mouvement décolonial et l’antiracisme politique depuis leurs débuts. Car le racisme d’État, le racisme institutionnalisé, n’a pas cessé, et se retrouve dans tous les pays du monde, avec ses spécificités. Dans l’Algérie coloniale cette réalité décrite par l’énoncé “Arabe de service” existait aussi. Et on pourrait très bien lui substituer le terme « Béni-oui-oui », c’est à dire de la tribu de ceux qui disent toujours oui au pouvoir colonial. Ildésignait les collaborateurs indigènes utilisés comme intermédiaires de sa politique répressive, notamment comme élus dans les assemblées locales. Les indigènes utilisaient également un autre mot les “tourni” à savoir les retournés. En France actuelle, l’on ne parlerait ainsi pas de « nègres de maison », ni de « beni-oui-oui » mais d’ « Arabes/Noirs de service », pour désigner ceux d’entre nous qui participent EN TANT QUE Arabes et Noirs au maintien du système racial.
Sans mettre en doute la conviction de Linda Kebbab de n’être parvenue à la place qu’elle occupe aujourd’hui que grâce à ses propres efforts et compétences, non, ça n’est pas sans importance pour l’institution policière, bras armé de l’État racial, qu’elle soit une femme Arabe, et qu’elle fût dépêchée sur les plateaux télé à la suite d’un rassemblement antiraciste d’ampleur pour torpiller cette mobilisation.
Ça n’était pas non plus un hasard si Rachida Dati, Fadela Amara et Rama Yade avaient été nommées ministres à la suite des émeutes des banlieues de 2005. Il fallait justement éteindre le feu qui couvait et risquait d’embraser la maison des maîtres.
Dire cela n’est que décrire une réalité sociale et politique. Et le condamner revient à criminaliser l’antiracisme politique : si la cour d’appel de Paris était conduite à juger Malcolm X aujourd’hui pour ses propos, ou un Antillais qui emploierait le qualificatif de « bounty », alors elle les condamnerait.
On ne peut donc qu’inviter la justice française, pour paraphraser Malcolm X, à « lire l’histoire de l’esclavage » et de la colonisation « pour comprendre » ce qu’a voulu dire Taha Bouhafs. Lequel ne peut, à la lumière de ces considérations, à aucun moment être considéré comme raciste.
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Ajouté le 9 mai 2024
Mis à jour le 4 février 2026