« Étienne Chouard relaie un article Off Investigation spéculant sur les 'origines juives' de Vincent Bolloré »
Date : 6 janvier 2026
Contexte : fr-societe
Jews as foreign/the other
Representation des Juifs comme corps etranger inassimilable a la nation
La construction des Juifs comme « l'Autre » ou « l'Étranger » désigne le mécanisme par lequel on exclut les personnes juives d'un groupe d'appartenance — qu'il soit national, ethnique, culturel ou simplement « nous ». Cette exclusion peut être explicite (« Tu n'es pas français, tu es juif ») ou implicite (suggérer qu'un Juif devrait s'occuper « de son pays » en désignant Israël).
Ce trope ne porte pas sur une caractéristique attribuée aux Juifs (cupidité, pouvoir, etc.), mais sur leur statut même : ils sont présentés comme n'appartenant pas, comme étant fondamentalement différents et séparés du reste de la société.
La distinction entre « nous » (l'endogroupe) et « eux » (l'exogroupe) est un mécanisme psychologique universel. Nous construisons notre identité en partie par opposition à ce que nous ne sommes pas. Ce processus devient problématique lorsqu'il s'accompagne :
Ce qui distingue l'antisémitisme d'autres formes de xénophobie, c'est que les Juifs ont historiquement été construits comme « l'Autre paradigmatique » (Livak 2010). Vivant souvent à proximité des populations majoritaires tout en conservant une identité distincte, ils ont servi de repoussoir récurrent pour définir les contours de multiples communautés.
David Nirenberg (2013) montre comment l'image du « Juif » a été utilisée à travers l'histoire occidentale comme une limite conceptuelle : le point où « notre » monde s'arrête et où commence un monde radicalement autre. Cette frontière, parce qu'elle est en réalité poreuse (les histoires juives et chrétiennes sont profondément entrelacées), doit être constamment reconstruite.
Il nie la réalité de l'appartenance : des personnes nées et élevées dans un pays, parlant sa langue, participant à sa vie civique, sont déclarées « étrangères » sur la seule base de leur judéité.
Il crée une double contrainte : historiquement, les Juifs ont été accusés de « refuser de s'intégrer » alors même que leurs tentatives d'intégration étaient rejetées. L'image du « Juif errant » — condamné à l'exil perpétuel — inverse la causalité : c'est l'exclusion qui produit l'errance, non l'inverse.
Il essentialise l'identité : être juif devient une caractéristique indélébile qui prime sur toute autre appartenance, y compris la citoyenneté légale.
Ce trope traverse toute l'histoire de l'antisémitisme occidental :
Période antijudaïque (Moyen Âge – début de l'ère moderne) L'exclusion repose sur des fondements religieux : les Juifs sont séparés comme peuple « déicide », condamnés à l'errance en punition de leur rôle supposé dans la crucifixion. Cette exclusion se matérialise dans les ghettos, les interdictions professionnelles, les « zones de résidence » (Pale of Settlement).
Période nationaliste (XVIIIe – XXe siècle) Avec l'émancipation juridique des Juifs et la montée des nationalismes, l'exclusion change de registre : les Juifs, désormais citoyens égaux en droit, restent exclus de la Gemeinschaft — la communauté organique fondée sur le sang, la culture et l'histoire partagée. Ils deviennent une « nation dans la nation », un « État dans l'État » (Katz 1969). L'affaire Dreyfus (1894-1906) cristallise cette tension : un officier français, juridiquement égal, est accusé de trahison précisément parce que sa judéité le rend suspect.
Période nazie Le nazisme radicalise cette logique : les Juifs ne sont plus seulement étrangers, mais « anti-peuple » (Antivolk), parasites sans racines qui ne peuvent survivre qu'en détruisant leurs « hôtes ». Cette construction justifie l'annihilation.
Période contemporaine Deux mutations principales :
Ce trope sert à :
Il existe une critique légitime du nationalisme et de ses logiques d'exclusion. Ce qui distingue l'antisémitisme, c'est l'application spécifique et obsessionnelle de ces logiques aux Juifs, souvent par des personnes qui ne les appliquent pas aux autres minorités, ou qui les appliquent aux Juifs en plus de leur citoyenneté légale et de leur intégration effective.
Ce trope est fondationnel : il n'a pas de « cas » isolés mais traverse toute l'histoire de l'antisémitisme.
Cristallisation emblématique de ce trope. Le capitaine Alfred Dreyfus, officier français de confession juive, est accusé de trahison au profit de l'Allemagne. Malgré les preuves de son innocence, une partie de la société française refuse de l'accepter comme « vraiment français ». La judéité devient le critère ultime d'appartenance — ou de non-appartenance.
Le nazisme institutionnalise le trope : les Juifs sont juridiquement définis comme non-Allemands, quelle que soit leur citoyenneté, leur langue, leur culture, leur intégration. L'appartenance est racialisée et rendue indélébile.
Campagne antisémite soviétique ciblant les « cosmopolites sans racines » — euphémisme pour les Juifs. Accusés de ne pas être vraiment soviétiques, de loyautés doubles, d'appartenir à un « ailleurs » suspect.
« Tu n'es pas français. Tu es juif, et même si tu te convertissais, ça ne changerait rien. »
Ce qui se joue ici :
« Je préférerais que Soros soit en Israël plutôt qu'ici. »
Ce qui se joue ici :
« Tu n'es pas européen, rentre chez toi, c'est pas ton pays !!! »
Ce qui se joue ici :
« Israël n'est pas un pays, c'est une colonie de gens venant principalement d'Europe de l'Est et des États-Unis. »
Ce qui se joue ici :
« Peuple colonial sans terre. »
Ce qui se joue ici :
« (((Ils))) »
Les triples parenthèses (ou « échos ») sont un marqueur sémiotique utilisé dans les milieux d'extrême droite en ligne pour identifier implicitement les Juifs. Cet usage :
« Ayant vécu dans ce pays très longtemps, probablement toute leur vie, [les sionistes] ne comprennent pas l'ironie anglaise. » (Jeremy Corbyn, 2013, à propos de citoyens britanniques juifs)
Ce qui se joue ici :
« Le Conseil central des Juifs d'Allemagne devrait plutôt s'occuper de ce qui se passe dans leur pays. »
Ce qui se joue ici :
« Il est remarquable qu'aujourd'hui, des Juifs participent à des programmes d'échange avec nous, les Allemands. »
Ce qui se joue ici :
Pourquoi ce n'est pas antisémite :
Nuance importante : si le contexte suggérait que « Israéliens » est utilisé comme euphémisme pour « Juifs », l'analyse serait différente.
« Étienne Chouard relaie un article Off Investigation spéculant sur les 'origines juives' de Vincent Bolloré »
Date : 6 janvier 2026
Contexte : fr-societe